Pandémie et démographie: baisse de l’immigration et des naissances, hausse des décès

MONTRÉAL — La pandémie a eu un impact majeur sur la démographie québécoise.

Les données publiées jeudi par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) font état d’une croissance de population famélique en 2020. La population québécoise s’est accrue de 19 300 personnes l’an dernier comparativement à 110 000 en 2019, soit la plus faible croissance en nombre absolu depuis 1978.

Sans surprise, c’est la baisse du nombre d’immigrants et de résidents non permanents qui explique la plus grande part de cette diminution et, dans une moindre mesure, la hausse des décès, tous des facteurs liés à la pandémie. 

Les données sont similaires à travers le Canada: le taux d’accroissement de population, à l’échelle nationale, est passé de 1,4 % en 2019 à 0,4 % en 2020. L’Ontario a vu son taux passer de 1,8 % à 0,4 %, soit le plus faible depuis 1917, alors que la Colombie-Britannique a vu sa croissance de population passer de 1,7 % à 0,4 %, soit le plus bas depuis 1874.

Frontières fermées: chute de l’immigration

Les restrictions instaurées aux frontières à la mi-mars 2020 ont eu un impact significatif du côté de l’immigration, qui a chuté de près de la moitié, alors que le Québec a accueilli 25 200 immigrants l’an dernier, comparativement à 40 600 l’année précédente.

Le nombre de 25 200 pourrait tout de même sembler élevé, mais s’explique par certains facteurs, selon la démographe Chantal Girard, de l’ISQ.

«Une partie de ces immigrants sont des gens qui étaient déjà sur le territoire, par exemple avec un permis d’étudiant étranger et qui avaient fait une demande de statut.»

Aussi, le Québec avait accueilli 8000 nouveaux arrivants entre le début de l’année et le moment où les frontières ont été fermées.

Le solde de résidents non permanents, qui avait atteint un sommet de 60 700 en 2019, est passé à moins 9000, un solde négatif qui signifie qu’il y avait 9000 résidents non permanents de moins à la fin de 2020 qu’au début de l’année. Cette catégorie comprend les travailleurs temporaires, les étudiants internationaux et les demandeurs d’asile. 

Le nombre de décès s’est accru de 10 % l’an dernier pour atteindre 74 550, alors que cette hausse se situe à un peu moins de 2 % par année depuis une dizaine d’années en raison du vieillissement de la population. L’Institut de la statistique qualifie d’«exception» la hausse marquée de 2020 et l’attribue directement à la pandémie de COVID-19. 

Pas de baby-boom de confinement en vue

Pendant ce temps, les 81 850 bébés nés au Québec en 2020 représentent une baisse des naissances de 3 % par rapport à 2019 (84 300) et l’indice de fécondité a chuté en parallèle, passant de 1,57 enfant par femme en 2019 à 1,52 enfant par femme en 2020. L’ISQ note que la très grande majorité des bébés nés en 2020 ont été conçus avant l’instauration des mesures sanitaires. En d’autres termes, l’effet potentiel de ces mesures n’est pas encore connu. 

Contrairement à ce que certains pourraient croire, toutefois, on ne s’attend pas à ce que le confinement et, donc, l’intimité imposée, aient un effet positif sur le nombre de naissances, au contraire.

«Un baby-boom, il n’y a pas grand monde qui y croit», affirme Chantal Girard.

D’une part, l’optimisme n’est pas au rendez-vous: «Toutes les périodes de crise sont souvent corrélées avec des diminutions de la natalité. Le stress, les conditions économiques moins faciles, en général ce sont des choses qui vont plutôt entraîner des baisses de naissances.»

Elle fait valoir qu’avec son lot de pertes d’emplois, de stress élevé, 2020 n’est pas un terreau fertile pour donner naissance et, bien que les chiffres ne soient pas encore disponibles pour le Québec et le Canada, elle dit observer une diminution des naissances en janvier dans d’autres pays. 

D’autre part, la chute de l’immigration expliquerait aussi une partie de la baisse, explique-t-elle.

«Pour les femmes l’immigration et la grossesse se passent souvent au même âge. Étant donné qu’il y a eu moins de femmes qui sont entrées et que le nombre d’immigrants de 2019 avait aussi été un peu plus bas – le plan d’immigration de 2019 avait un objectif autour de 40 000 alors que les années précédentes c’était plus autour de 50 000 – il y a eu un nombre d’immigrantes en âge d’avoir des enfants un peu plus faible en 2019 et beaucoup plus faible en 2020. Pour l’instant, c’est le lien qu’on fait tout en étant bien conscients qu’il ne doit pas y avoir que ça.»

Au 1er janvier 2021, la population québécoise était estimée à 8 576 000.

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