Pandémie: les maisons d’hébergement pour femmes ont noté une escalade de la violence

Les mesures d’isolement et de confinement visant à assurer la sécurité du public ont créé par inadvertance une situation dangereuse : les agresseurs ont utilisé cet isolement accru pour contrôler davantage leurs victimes.

MONTRÉAL — Les maisons d’hébergement pour femmes au pays ont constaté une escalade de la gravité de la violence envers elles durant la pandémie. Elles déplorent de plus cette nouvelle tactique des agresseurs: menacer de transmettre la COVID-19 aux femmes et à leurs enfants.

Le plus récent sondage national mené auprès des maisons d’hébergement qui abritent les femmes et leurs enfants dresse un portrait qui est loin d’être rose.

La pandémie a fait craquer les coutures de ce système de secours durant la crise sanitaire, et la violence a pris de l’ampleur.

«Non seulement notre maison est au maximum de sa capacité, mais le nombre de cas de violence que nous traitons a également augmenté de façon spectaculaire, tout comme leur gravité», a noté l’un de ces refuges.

Selon le regroupement Hébergement femmes Canada qui a mené le sondage, ce commentaire met en évidence une tendance inquiétante signalée par les refuges de tout le pays: une escalade de la gravité de la violence faite aux femmes pendant la pandémie.

«C’est choquant», dit Lise Martin, la directrice générale d’Hébergement femmes Canada.

Lors de la première phase de la pandémie et de son confinement strict, les femmes n’étaient souvent pas autant en mesure de placer des appels pour obtenir de l’aide: coincées à la maison, pas moyen de trouver un moment loin des oreilles du conjoint violent.

«Les tensions ont augmenté de plus en plus, et d’ici à ce que les femmes aient pu rejoindre avec succès une maison, la violence avait augmenté», dit Mme Martin.

Situées dans chaque province et territoire, en zones urbaines comme rurales, elles sont 266 maisons d’hébergement à avoir répondu à ce coup de sonde couvrant la période allant de mars à octobre.

«Les agresseurs ont utilisé la pandémie elle-même comme stratégie pour maltraiter et contrôler davantage les femmes confinées à la maison en raison des restrictions imposées par la COVID-19», peut-on lire dans le rapport analysant les données du sondage dévoilé mercredi pour coïncider avec la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Plus précisément, la montée du contrôle coercitif – isolement, limitation de l’accès aux finances, contrôle des comportements, dégradation, restriction des mouvements – a été signalée encore plus fréquemment qu’à l’habitude.

Les commentaires accompagnant les réponses indiquent aussi que les menaces de transmettre la COVID-19 aux femmes ou à leurs enfants ont été une tactique «courante» utilisée par les agresseurs.

Au printemps, on en savait moins sur la COVID-19, a expliqué Mme Martin: «il était relativement facile pour les agresseurs de semer cette peur».

Quant aux femmes hébergées, 16 % des maisons répondantes ont rapporté qu’elles ont subi des violences beaucoup plus graves durant la période analysée, 36 % un peu plus graves, et 48 % à peu près semblables.

Les maisons d’hébergement qui n’ont pas constaté de changements dans les taux ou les types de violence se trouvaient souvent dans des endroits où la pandémie n’avait pas affecté leur communauté – peu de cas de COVID-19 ou pas de confinement.

En plus des agressions, les femmes ont dû affronter tout le stress lié à la pandémie. Les maisons ont ainsi noté une augmentation significative des crises de santé mentale.

Les défis des maisons

Pour les maisons d’hébergement qui leur viennent en aide, les défis ont été énormes. Mais elles n’ont jamais fermé durant la crise de la COVID-19. Et puis, la majorité d’entre elles ont offert des services à des femmes qui n’étaient pas hébergées dans un refuge.

Elles ont dû fonctionner à capacité réduite en raison des règles sanitaires imposées: 71 % des maisons qui ont répondu au sondage ont indiqué avoir diminué leur capacité d’accueil. Le nombre de chambres a aussi été restreint afin de faire place à une unité d’isolement pour mettre en quarantaine les femmes infectées ou prévenir la contamination lorsqu’arrivaient de nouvelles femmes.

Lorsque la solution a plutôt pris la forme d’un hôtel pour disposer de chambres supplémentaires ou d’un lieu d’isolement, les maisons notent qu’il était plus difficile d’offrir aux femmes les services dont elles avaient besoin et d’assurer leur sécurité – sans parler des coûts supplémentaires engendrés,  venus gruger les budgets déjà maigres de ces organismes.

Les règlements de santé publique ont alourdi la tâche du personnel en ce qui concerne le nettoyage, la réorganisation des espaces pour la distanciation physique et tous les changements nécessaires pour offrir les programmes aux résidantes.

Mme Martin salue l’engagement du personnel de ces maisons, qui n’ont jamais arrêté, leur résilience, ainsi que leur créativité.

Elles ont fait de petits miracles au quotidien.

Craignant que des femmes violentées ne soient pas en mesure de quitter leur domicile, les maisons d’hébergement ont notamment offert du soutien à distance par différents moyens technologiques: textos (plus discrets), chats téléphoniques, vidéoconférences – des solutions que beaucoup souhaitent conserver au-delà de la pandémie.

Certaines maisons ont préparé et servi tous les repas des résidantes pour leur éviter la manipulation des aliments et des ustensiles de cuisine. Plusieurs maisons d’urgence ont indiqué qu’elles allaient retenir diverses pratiques de santé et de sécurité telles que la planification en cas de pandémie, le stockage d’équipements de protection individuelle et le lavage des mains.