Partage de lait maternel: les pédiatres doivent demander aux patientes

MONTRÉAL — Les pédiatres doivent demander à leurs patientes si elles ont l’intention de donner à leur bébé le lait maternel d’une autre femme, autrement cette pratique potentiellement dangereuse risque de passer inaperçue, a prévenu jeudi la Société canadienne de pédiatrie (SCP).

«Je pense qu’il y a encore un certain tabou, ou peut-être que les familles ont peur de ne pas avoir notre approbation, a expliqué la présidente de la SCP, la docteure Catherine Pound. Mais quand on le demande, on trouve qu’il y en a plus qu’on le pensait.»

Les mères qui envisagent de donner à leur nourrisson du lait maternel qui n’est pas le leur sont habituellement des femmes qui étaient déterminées à allaiter, mais qui en sont incapables pour une raison quelconque, a-t-elle ajouté.

Elles pourront alors faire appel à une autre membre de leur famille ou à une amie, parfois sans réaliser les dangers que cela comporte.

La femme qui accepte de faire don de son lait pourra par exemple être infectée par le VIH, par le virus de l’hépatite ou par le cytomégalovirus sans le savoir.

«On a beau avoir les meilleures intentions du monde, ça ne veut pas dire que la personne est en pleine santé, elle peut avoir pris des médicaments, a dit la docteure Pound. Oui, certaines femmes se sentent plus en sécurité si elles partagent avec leur soeur ou leur cousine ou une amie, mais il y a ce risque-là qu’on ne peut pas complètement enlever.»

Le transport et l’entreposage de lait maternel non pasteurisé pourront aussi présenter des risques de contamination bactérienne, poursuit la docteure Pound, ce qui pourra être dangereux pour la santé du bébé.

Il est également de plus en plus facile de trouver sur internet des femmes prêtes à donner ou à vendre ce qu’elles affirment être leur lait maternel, mais la plus grande prudence est de mise.

«Si on achète sur internet le lait de personnes qu’on ne connaît pas, des études ont démontré qu’il y a beaucoup d’échantillons de lait qui ne sont tout simplement pas du lait maternel, qu’il y a beaucoup d’autre chose dedans, comme du lait de vache, a prévenu la docteure Pound. Donc c’est certain que si on ne sait pas d’où ça vient, le risque est encore plus élevé.»

Dans un pays développé comme le Canada où «on encourage l’allaitement à 300 %», a-t-elle ajouté, si l’allaitement maternel n’est pas possible pour quelque raison que ce soit, «l’alternative la plus sécuritaire serait d’utiliser du lait maternisé».

Il sera donc important pour les pédiatres d’entamer le dialogue avec leurs patientes pour déterminer quelles sont leurs intentions, et surtout de le faire sans jugement afin de développer une relation de confiance avec elles.

«Même si on recommande de ne pas le faire, il y a probablement des gens qui vont le faire de toute façon, a reconnu la docteure Pound. Donc je pense que c’est important, en tant que pédiatre, de garder une attitude quand même ouverte, de ne pas culpabiliser personne et de donner des recommandations appropriées, mais aussi de comprendre que si les femmes vont le faire d’une manière ou d’une autre, on doit au moins discuter des risques.»

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