Partenariat entre la police en un organisme pour accompagner les hommes violents

MONTRÉAL — Soutenir les hommes violents dans leur apprentissage de meilleurs comportements: c’est le pari que prend la Régie intermunicipale de police Richelieu―Saint-Laurent, en collaboration avec Entraide pour hommes (EPH).

Une intervenante psychosociale spécialisée en violence conjugale a été assermentée par la police et peut donc «consulter tous les rapports d’événements», explique la directrice générale d’EPH, Geneviève Landry, en entrevue téléphonique.

L’intervenante est chargée d’«entrer en contact avec l’auteur de violence» dans les 24 à 72 heures suivant une intervention policière afin de créer un lien de confiance avec lui et de le référer au programme d’accompagnement de l’organisme.

«Les hommes sont très soulagés d’avoir cet appel-là», indique Mme Landry. Depuis le début du projet-pilote, à la mi-mai, «50 % des hommes qu’on a rejoints acceptent de recevoir de l’aide, et le 50 % qui refuse, ce n’est jamais un refus catégorique». 

«C’est sûr qu’une arrestation policière, c’est vraiment un choc», soutient-elle. «Il est laissé à lui-même, il ne connaît pas les ressources» et ce stress entraîne «un risque de récidive qui est encore plus élevé».

Elle rappelle que dans la vague de féminicides qui a frappé le Québec dans les deux dernières années, «tous ces hommes-là étaient connus des services de police». Ainsi, en plus d’encadrer le conjoint violent, l’intervenante peut aider à mieux évaluer ses facteurs de risque. «La jalousie obsessive, la séquestration, le harcèlement» sont souvent des antécédents qu’ont les hommes ayant tué leurs conjointes, donne-t-elle en exemple.

Accompagner les hommes violents

Selon Mme Landry, «si on n’intervient pas auprès de l’auteur, on n’arrêtera pas le cycle de la violence conjugale».

EPH offre un atelier de 20 semaines. Celui-ci cherche d’abord à enseigner l’utilisation de mécanismes pour endiguer les comportements de violence. Mais pour cela, il faut sensibiliser sur tout ce qu’englobe la violence conjugale, car encore aujourd’hui, «beaucoup de gens ne savent pas ce que c’est» et ne connaissent que ses manifestations physiques, explique-t-elle, alors que les abus peuvent aussi être sous forme de «violence verbale, psychologique, jalousie, contrôle».

Ensuite, le groupe apprend à prendre conscience de « l’impact que ces comportements-là ont sur son entourage», à «développer son empathie» et à «travailler sur ses distorsions cognitives».

Mais encore là, il ne faut pas prendre pour acquis que tous les conjoints violents sont identiques et ont besoin des mêmes interventions, prévient Mme Landry: «La violence conjugale c’est toujours un choix, mais il y en a pour qui le choix est conscient et il y en a pour qui le choix n’est pas conscient.» Certains peuvent faire ce qu’on appelle du «terrorisme intime» et créent volontairement un climat de terreur, alors que d’autres ont tendance à être plus dépendants et installent «une dynamique de jalousie et d’obsession», fait-elle remarquer. D’autres encore deviennent violents en réaction à du stress et des tensions situationnels.

En 2021, EPH était intervenu dans 670 situations de violence conjugale sur un territoire couvrant la Vallée-du-Richelieu, des Maskoutains, Samuel-de-Champlain et Pierre-Boucher.

L’organisme espère que le modèle de collaboration avec le service de police sera reproduit ailleurs au Québec. Mme Landry souhaite aussi voir apparaître plus de ressources pour les femmes et les adolescents violents.

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Si vous vivez une situation de violence conjugale, vous pouvez appeler SOS Violence conjugale au 1-800-363-9010 pour une assistance immédiate. Le service est gratuit, anonyme et disponible 24 heures sur 24.

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