Pas de voyage de si tôt pour Trudeau, avec l’annulation de sommets par le Chili

OTTAWA — L’annulation par le Chili de deux sommets prévus prochainement est un signe d’affaiblissement de l’ordre mondial que doivent affronter le premier ministre du Canada Justin Trudeau et ses collègues de la communauté internationale, affirme le président d’un groupe de réflexion sur la politique étrangère canadienne.

Justin Trudeau s’est entretenu mardi avec le président Sebastián Piñera, un jour avant que le président chilien n’annule le sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) qui devait avoir lieu les 16 et 17 novembre. La décision du Chili est justifiée par les manifestations qui perturbent le pays depuis près de deux semaines. Du même coup, Sebastián Piñera a également annulé le sommet international sur le climat qui devait se dérouler à la mi-décembre dans la capitale, Santiago.

Les manifestants chiliens sont descendus dans la rue pour dénoncer les inégalités de revenus et les services publics inadéquats. On a observé des actes de vandalisme et des incendies criminels ainsi que des interruptions forcées des services de transport dans plusieurs stations de métro.

Ben Rowswell, président du Conseil international du Canada (CIC), a déclaré que la situation chilienne s’inscrit dans une tendance mondiale qui lui rappelle les soulèvements du Printemps arabe qui ont secoué plusieurs États en 2011. Ce qui est différent, c’est que les manifestations d’aujourd’hui visent divers types de gouvernements, que ce soit les régimes autoritaires comme la Chine, le gouvernement libanais soutenu par le Hezbollah ou le Chili, un puissant allié politique et économique traditionnel du Canada.

«L’équilibre des pouvoirs entre les États et leurs populations semble changer. Les États ont moins de pouvoir qu’auparavant. Vous avez des populations bien mobilisées qui sont dans la rue et qui sont déterminées à y rester», analyse M. Rowswell.

L’annulation du sommet de l’APEC au Chili signifie que Justin Trudeau ne s’éloignera pas de la maison de si tôt, alors qu’il doit réorganiser son cabinet pour former un gouvernement minoritaire. Le premier ministre a annoncé qu’il dévoilerait la composition de son conseil des ministres le 20 novembre.

Le sommet de l’APEC aurait été l’occasion pour Justin Trudeau de rencontrer les dirigeants des principaux partenaires commerciaux du Canada, dont le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping.

De l’avis de Ben Rowswell, Justin Trudeau et le gouvernement fédéral devraient profiter de ce sursis pour faire un examen approfondi du rôle du Canada dans le monde, à la suite d’une campagne électorale où la politique étrangère n’a fait l’objet d’aucun véritable débat.

«L’annulation de quelques sommets n’aide en rien, mais les bouleversements que l’on constate dans les rues de Santiago ne sont comparables en rien aux bouleversements de l’ordre international que l’on observe plus largement à travers le monde.»

Un résumé de l’appel téléphonique du bureau du premier ministre Justin Trudeau avec celui de Sebastián Piñera ne fait aucune mention directe de la crise actuelle au Chili ni des sommets annulés.

Le Chili est un pays prospère de l’Amérique du Sud avec lequel le Canada a négocié un accord de libre-échange.

Les deux dirigeants auraient «échangé leurs points de vue sur des questions régionales clés, notamment sur l’importance de répondre aux préoccupations de la population face aux opportunités économiques et aux inégalités». Ils ont également discuté des «irrégularités» dans les élections en Bolivie, cette semaine, où le gouvernement d’Evo Morales est accusé de fraude électorale.