Pas encore de rencontre prévue entre Ottawa et les chefs de Wet’suwet’en

OTTAWA — Il n’y a toujours pas de rencontre prévue entre Ottawa et les chefs héréditaires de Wet’suwet’en, au 15e jour des barricades qui bloquent des voies ferrées un peu partout au pays.

Et alors que quatre de ces chefs sont en voyage en Ontario et au Québec jusqu’à samedi, la ministre fédérale qui veut les rencontrer ne sait pas ce que cet ajout à leur calendrier signifie pour la suite de choses.

«Ça dépendra des chefs Wet’suwet’en. Ils ont indiqué que ce sont là des rencontres pour remercier les Mohawks pour leur appui. Mais nous ne savons pas ce que ça veut dire (pour la possibilité d’une rencontre avec des ministres fédéraux)», a admis jeudi Carolyn Bennett qui attend encore une invitation à une réunion en Colombie-Britannique ou ailleurs.

Le premier ministre Justin Trudeau, lui, a répondu à l’invitation de ses homologues provinciaux qui réclamaient une conférence téléphonique. À Québec, François Legault insistait pour que cet appel se tienne jeudi. Le rendez-vous avait donc été pris pour 18h, heure de l’Est, jeudi soir.

Dans un bref communiqué de presse publié jeudi soir, le cabinet de M. Trudeau a notamment raconté que les premiers ministres «[avaient] discuté de l’importance de mettre fin aux blocages le plus rapidement possible et de trouver une solution pacifique et durable qui permettra de renforcer la confiance et le respect entre les parties concernées», tout en louant l’étroite collaboration du gouvernement de la Colombie-Britannique. 

Le cabinet a maintenu que la priorité du gouvernement fédéral «consiste toujours à résoudre cette situation de manière pacifique et à protéger la primauté du droit dans notre pays». 

Plus tard en soirée, le cabinet annoncé que M. Trudeau a convoqué le Groupe d’intervention en cas d’incident «pour discuter des blocages ferroviaires en cours, du soutien aux familles des victimes de la tragédie d’Ukraine International Airlines survenue en Iran et la situation entourant le coronavirus».

De son côté, Legault a indiqué sur son compte Twitter qu’il «avait répété l’urgence de régler le problème des blocages de voies ferrées au cours des prochains jours».

«Le noeud du problème est à Belleville en Ontario qui est le pivot ferroviaire pour l’est du Canada», a-t-il écrit.

Plus tôt, le premier ministre du Québec s’était interrogé sur la volonté du gouvernement fédéral d’intervenir.

«M. Trudeau a dit qu’il avait un plan. On voudrait savoir c’est quoi ce plan-là? Puis, c’est quoi l’échéancier? Parce que chaque jour qui passe, il y a des centaines de millions de dollars de pertes pour l’économie canadienne», a-t-il lors d’un point de presse matinal, dans les couloirs de l’Assemblée nationale.

M. Legault aurait voulu exiger aussi un échéancier précis au gouvernement fédéral, mais il n’y a pas eu unanimité entre les provinces sur ce point.

«Je demeure convaincu qu’on doit avoir un délai et que, une fois ce délai expiré, il doit y avoir une intervention des policiers. Plusieurs des premiers ministres des provinces sont d’accord avec moi», a maintenu M. Legault.

Les forces policières au Québec pourraient intervenir à Saint-Lambert, malgré les avertissements venant d’Ottawa.

«Moi je préconise toujours une voie pacifique», a rappelé le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, à sa sortie de la réunion du conseil des ministres. «On sait tous où ça mène ce genre de démonstrations (des forces policières), a-t-il averti. Nous ne sommes pas en mesure, le gouvernement fédéral, de dire à la SQ quoi faire».

En fin de journée, jeudi, M. Legault a réitéré que c’était maintenant aux policiers de jouer leur rôle.

«L’injonction a été obtenue par le CN. Maintenant c’est le travail des policiers. Évidemment, les policiers de Longueuil vont probablement se concerter avec ceux de la Sûreté du Québec, a-t-il dit lors d’un point de presse, à Mirabel. C’est le travail des policiers maintenant de faire respecter la loi, de faire respecter l’injonction.»

Les conservateurs applaudissent

Le chef par intérim du Parti conservateur approuve une possible intervention policière à Saint-Lambert. «C’est une bonne chose quand la loi est appliquée», a déclaré Andrew Scheer à sa sortie des Communes, jeudi après-midi.

Il ne craignait pas, lui, que les policiers provoquent une escalade de la tension.

«La situation a escaladé à cause de l’inaction du gouvernement. Il y a plusieurs barrages aujourd’hui qui n’étaient pas là (avant)», a-t-il noté.

Quant à cette réunion entre la ministre Bennett et des chefs héréditaires de Wet’suwet’en qui ne se concrétise pas, M. Scheer n’en voit pas, de toute manière, l’utilité.

«Je ne sais pas pourquoi nous avons besoin d’une rencontre pour appliquer la loi. Je ne comprends pas», a-t-il laissé tomber.

Une offre de recul en Colombie-Britannique

Le ministre de la Sécurité publique croit qu’une proposition faite par les policiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en Colombie-Britannique pourrait annoncer le dénouement de la crise.

«(Les policiers de la GRC) ont dit aux chefs Wet’suwet’en qu’ils sont prêts à déployer leurs officiers d’une ville adjacente, Houston, et à quitter la route», a souligné Bill Blair.

«Ça se dirige vers un arrangement moins conflictuel et plus pacifique. (…) J’ai bon espoir que ça va satisfaire (les Autochtones)», a-t-il ajouté.

Les premiers intéressés n’ont pas tardé à donner tort au ministre.

«Nos demandes sont claires. La GRC doit quitter le territoire (…) et cela ne veut donc pas juste dire déplacer le détachement pas trop loin et continuer le même harcèlement. Cela signifie de quitter totalement notre territoire et sans condition», a déclaré Molly Wickham, porte-parole du clan Gidimt’den de la Nation Wet’suwet’en, en marge d’une conférence de presse à Vancouver.

Des compensations

En attendant un dénouement à la crise, la ministre fédérale de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, considère une aide financière pour les agriculteurs.

«C’est vraiment l’accumulation des défis auxquels les producteurs ont eu à faire face en 2019 et maintenant au début de l’année. Que ce soit à cause du climat, que ce soit à cause du commerce, et maintenant des enjeux ferroviaires», a-t-elle fait remarquer.

«Nos programmes de gestion de risque doivent être améliorés. Donc dans l’intervalle, j’essaie de trouver des façons pratiques de pouvoir leur venir en aide», a indiqué la ministre Bibeau.

Le ministre des Finances ne donne cependant aucune indication qu’Ottawa est prêt à délier les cordons de sa bourse.

«La situation est très fluide», a offert, prudent, Bill Morneau.

«Nous pourrons penser à toutes ces choses une fois que nous aurons eu une conclusion», a-t-il dit à propos de la perspective d’offrir des compensations aux entreprises ou aux particuliers.

Reprise chez VIA Rail

Via Rail a annoncé que le service avait repris pour certaines lignes à l’ouest de Toronto et entre Montréal et Ottawa.

Un service complet a été assuré sur les liaisons Toronto-London-Windsor, Toronto-Sarnia et Toronto-Niagara Falls tandis que la liaison Montréal-Ottawa n’a été desservie que partiellement. Le retour à normale aura lieu ce week-end pour cette dernière ligne.

Selon l’entreprise, «tous les voyages se sont déroulés sans incident, même si certains de nos trains ont encouru un certain retard».

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