Pas facile de traduire les propos de Donald Trump

De réussir à suivre un intervenant comme M. Trump qui enchaîne souvent les idées sans suite logique apparente, qui s’interrompt et repart dans une direction opposée, et qui ne se gêne pas pour couper la parole de son interlocuteur demande une grande agilité intellectuelle.

Le président Donald Trump fait des mimiques en parlant de son adversaire Joe Biden lors d'un rassemblement de campagne, le 19 octobre, à Tucson, en Arizona. (AP Photo/Ross D. Franklin)

MONTRÉAL — Les interprètes qui auront comme mission de rendre compréhensible pour un auditoire étranger le débat de jeudi soir entre Donald Trump et Joe Biden auraient intérêt à arriver bien préparés et à s’armer d’une bonne dose de patience, a expliqué un expert.

Cela est surtout vrai pour ceux à qui on demandera de traduire en temps réel les propos du président sortant, qui est surtout connu pour ses envolées décousues et son langage coloré, et nettement moins pour son respect du droit de parole de l’autre.

«Pour un intervenant comme M. Trump, il faut savoir se préparer, probablement écouter certains de ses discours précédents pour savoir un peu à quoi s’attendre et s’imprégner de son vocabulaire», a prévenu Anthony Blain, qui pratique le métier d’interprète depuis une douzaine d’années.

Généralement, poursuit-il, de tels événements se déroulent dans un certain décorum, puisque «le propre de la parole publique est de pouvoir entendre les propos de quelqu’un».

Le mot-clé étant, bien évidemment, «généralement».

De réussir à suivre un intervenant comme M. Trump qui enchaîne souvent les idées sans suite logique apparente, qui s’interrompt et repart dans une direction opposée, et qui ne se gêne pas pour couper la parole de son interlocuteur demande une grande agilité intellectuelle.

«Probablement la chose la plus difficile en interprétation est de suivre quelqu’un qui fait du coq à l’âne, parce qu’en interprétation on essaie de traduire des idées plutôt que des mots», a précisé M. Blain.

Si l’interprète sait essentiellement dans quelle direction l’orateur se dirige, il pourra anticiper les mots à venir et élaguer ce qui est inutile pour s’en tenir aux idées essentielles.

«Mais quand ça devient difficile de savoir où l’orateur s’en va avec ses propos, ça devient pratiquement impossible de s’en tenir aux idées, donc on ne fait que traduire des mots, et en traduisant une succession de mots, ça devient du charabia, a dit M. Blain.

«Quand il change d’idée en cours de phrase, ça déroute complètement un interprète.»

Cela étant dit, l’interprète n’a pas non plus la mission de restituer la logique dans les idées de l’orateur, précise-t-il.

«Je me considère chanceux de ne pas être l’interprète (de M. Trump), a conclu M. Blain. J’ai une grande admiration pour les interprètes qui gardent leur sang-froid dans des circonstances aussi difficiles.»

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