Pas question de baisser la garde à Austin un an après les débuts de la pandémie

AUSTIN, Texas — Lorsqu’on lui demande comment il a passé les 12 derniers mois, Rod Merritt ne mâche pas ses mots.

«C’était pénible», raille le retraité, le mépris sur son visage couvert en partie par un masque noir arborant les mots «J’ai été vacciné».

En promenade matinale dans le centre-ville d’Austin, M. Merritt et sa femme Deb, une caméra autour du cou, ont le profil d’un couple en vacances dans leurs chemises hawaïennes, leurs chapeaux de soleil et leurs masques assortis.

Mais il s’avère que les résidents de longue date du Texas, qui vivent à Austin depuis près de 30 ans, sont vêtus pour une aventure dont ils ne peuvent que rêver alors que la pandémie de COVID-19 continue de suivre son cours.

«Nous n’avons pas pu voir nos enfants, je n’ai pas pu retourner au Wisconsin pour voir ma mère âgée, et j’ai sept frères et sœurs, donc je n’ai pas pu les voir», souligne Deb.

«Tout ce que nous pouvions faire, c’est trouver des endroits en dehors de la ville où nous pouvions faire de longues promenades ou du vélo, rien que nous deux», ajoute son mari, notant que le couple a «presque 70 ans» et fait partie d’un groupe à haut risque.

«Nous nous accrochons simplement depuis un an.»

Il en va de même pour une grande partie du reste des États-Unis — en particulier les Américains qui ont eu la chance de surmonter une crise mondiale de santé publique dans l’intimité de leurs propres maisons.

Les chiffres racontent une histoire étonnante: près de 30 millions de cas sur 120 millions dans le monde ont été recensés aux États-Unis, avec plus de 530 000 décès à ce jour.

Le Center on Budget and Policy Priorities, un groupe de réflexion américain progressiste, estime que pas moins de 38 millions de personnes vivent dans des familles où au moins un adulte a perdu son travail en raison de la pandémie. On estime que 30% des emplois perdus aux États-Unis au cours de la dernière année ne reviendront probablement jamais.

La Dre Rochelle Walensky, directrice des Centres pour le contrôle des maladies, a offert une lueur d’espoir mercredi lorsqu’elle a déclaré que la moyenne des décès par jour, le nombre de nouveaux cas et les taux d’hospitalisation étaient tous à la baisse.

Vaccinés et masqués

Les vaccinations sont également en hausse  — plus de 98 millions de doses avaient été administrées à travers le pays jeudi, selon les Centres pour le contrôle des maladies. Le président Joe Biden s’attend à avoir au moins une dose de vaccin sous la main pour chaque adulte américain d’ici la fin mai, bien que l’administration de ces doses prendra plus de temps.

Un discours de M. Biden était attendu jeudi soir pour expliquer les prochaines étapes de la stratégie contre la COVID-19 de l’administration et exhorter les gens à garder le cap et à se faire vacciner.

«Je peux vous dire, en tant que personne qui a eu depuis un moment sa deuxième dose, on se sent beaucoup mieux une fois que cela est fait», a déclaré M. Merritt.

«Nous portons toujours des masques pour protéger les autres, mais nous ne nous inquiétons plus du tout pour nous-mêmes. Et j’espère que la vaccination va arriver à tout le monde beaucoup plus rapidement maintenant.»

La vaccination, combinée au fait que plus de 20 millions d’Américains ont déjà eu la COVID-19, retire progressivement au virus le carburant dont il a besoin pour se propager — et encourage un optimisme prudent à travers le pays.

«Nous vous demandons de faire preuve de patience pour mettre en pratique des mesures de prévention éprouvées pendant encore un peu plus longtemps, a plaidé la docteure Walensky. Nous sommes si proches.»

Ce message semblait passer à Austin, où il y avait des indices clairs jeudi que les habitants choisissent la voie de la santé publique plutôt que la liberté brandie par le gouverneur du Texas, Greg Abbott.

M. Abbott a mis fin à l’obligation du masque à l’échelle de l’État et a permis aux entreprises de rouvrir à pleine capacité cette semaine, une décision applaudie dans certaines parties de l’État, mais largement ignorée dans la réputée ville libérale.

Un animateur de Fox News a déclaré: «C’est ça la liberté», tandis que la caméra parcourait un restaurant rempli de clients sans couvre-visage à McKinney, une ville au nord de Dallas. Et le procureur général Ken Paxton poursuit Austin en justice pour ses règles locales sur les masques.

«Oh, diable, non», déclare M. Merritt lorsqu’on lui demande s’il appuie la décision de M. Abbott de mettre fin aux restrictions. «Notre gouverneur est un complet…»

«… idiot,» complète Deb Merritt.

Le maire d’El Paso, Oscar Leeser, a écrit à M. Abbott la semaine dernière pour lui demander de laisser les municipalités du Texas décider elles-mêmes si elles veulent exiger des résidents qu’ils portent un couvre-visage.

Le maire d’Austin, Steve Adler, a relayé jeudi la lettre sur Twitter, qui décrit comment les deux sœurs de M. Leeser et son frère sont venus rendre visite à leur mère malade avant qu’elle ne succombe au virus en novembre.

«Mes sœurs portaient un masque facial et n’ont pas été infectées. Mon frère ne portait pas de masque», a écrit M. Leeser.

«Malheureusement, nous avons perdu mon frère la veille de Noël… Si mon frère avait porté un masque facial, il serait toujours en vie aujourd’hui.»

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