Pays-Bas: le rejet de Geert Wilders enverra un «signal» à Marine Le Pen

OTTAWA – La défaite vers laquelle semblait se diriger mercredi le politicien d’extrême droite néerlandais Geert Wilders pourrait influencer le niveau d’appui dont jouira Marine Le Pen à l’élection présidentielle française, selon l’ambassadeur des Pays-Bas au Canada.

«Ils sont des alliés politiques, pour ainsi dire, alors si M. Wilders recueillait moins de votes que l’on s’y attendait pendant la campagne, cela pourrait avoir un impact sur les élections en France», a soutenu Henk van der Zwan avant le dévoilement des résultats des élections législatives dans son pays natal.

«Disons que cela pourrait envoyer un signal», a-t-il enchaîné lors d’un entretien avec La Presse canadienne dans les bureaux de l’ambassade des Pays-Bas, à Ottawa, mercredi midi, alors que quatre employés amorçaient le processus de dépouillement des quelque 900 bulletins de vote postaux d’expatriés néerlandais.

La popularité du controversé candidat Geert Wilders s’est effritée dans le dernier droit de la campagne électorale. Le politicien islamophobe et europhobe a longtemps mené dans les sondages, mais au cours des derniers jours, le premier ministre sortant, Mark Rutte, a repris du poil de la bête.

Le scrutin aux Pays-Bas était considéré par plusieurs observateurs politiques comme un baromètre susceptible de fournir un indice sur la vitalité du mouvement populiste en Europe, quelques mois après le «Brexit», mais aussi et surtout, à un peu plus d’un mois du premier tour de l’élection présidentielle française, qui se tiendra le 23 avril prochain.

Selon le politologue Frédéric Mérand, l’impact du résultat néerlandais sur le scrutin dans l’Hexagone serait «très modeste, parce que le paysage politique français est très autoréférentiel et n’est pas facilement influencé par quoi que ce soit d’autre, surtout pas venant d’un très petit pays» de 17 millions d’habitants comme les Pays-Bas.

«En revanche, c’est vrai que ça vient un peu conjurer cette idée qu’il y a une fatalité populiste», a fait remarquer mercredi en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne le directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM).

Car «ce n’est pas parce que (Donald) Trump et le Brexit ont gagné que tout d’un coup, les mouvements populistes vont l’emporter», a soutenu M. Mérand, rappelant que les Autrichiens ont fermé les portes de la présidence au candidat d’extrême droite Norbert Hofer en décembre dernier, après l’élection aux États-Unis.

Et par ailleurs, même si Geert Wilders «est parti en lion», il n’a jamais dépassé les 20 pour cent d’appuis dans les sondages, ce qui est «très loin du score qu’on promet à Marine Le Pen en France ou que Donald Trump a obtenu aux États-Unis», a relativisé le spécialiste de la politique européenne.

À l’instar de la présidente du Front national, le chef du Parti de la liberté (PVV) a mené une campagne hostile aux immigrants, particulièrement à l’endroit des musulmans — il a notamment proposé de fermer les mosquées et de bannir le coran — en promettant lui aussi de divorcer de l’Union européenne (le «Nexit»).

Ce dernier engagement pourrait ne pas avoir séduit un si grand nombre d’électeurs, car les sondages réalisés au fil des ans ont «systématiquement» démontré que les Néerlandais sont «pro-Union européenne plus que tout autre pays» sur le continent, selon M. van der Zwan.

Les résultats définitifs du scrutin n’étaient pas encore connus mercredi soir. Les bureaux de vote ont fermé leurs portes à 21 h, mercredi (16h, heure de Montréal).

Mais déjà, selon un sondage réalisé à la sortie des urnes, les nouvelles semblaient bonnes pour le premier ministre libéral sortant Mark Rutte, que la maison Ipsos donnait vainqueur avec une récolte de 31 sièges sur les 150 que compte la chambre basse du Parlement.

Le PVV de Geert Wilders, pour sa part, se contenterait de 19 sièges, d’après le même sondage. Il en avait décroché 15 aux dernières élections législatives de 2012 et 24 au scrutin de 2010.

Les élections législatives de mercredi seraient vraisemblablement suivies par des semaines, voire des mois, de discussions pour former une nouvelle coalition entre plusieurs formations politiques. Les Pays-Bas ont un mode de scrutin proportionnel, et 28 partis étaient inscrits sur la liste électorale pour ces élections.

Accord Canada-UE

Selon Henk van der Zwan, peu importe la composition du prochain gouvernement, il n’y a rien à craindre pour la ratification, par le Parlement néerlandais, de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’UE.

Le processus de ratification du traité de libre-échange — qui a été avalisé en février dernier par le Parlement européen à Bruxelles — devrait prendre environ un an aux Pays-Bas, estime l’ambassadeur.