Pêche: les Micmacs ont plus d’influence qu’il y a 20 ans avec leur député

HALIFAX — Lorsque Jaime Battiste était au début de la vingtaine, les chaînes d’information étaient remplies d’images de pêcheurs micmacs du Nouveau-Brunswick qui se battaient contre des agents fédéraux des pêches pour des casiers à homard saisis.

Maintenant, le premier député fédéral micmac est au gouvernement, et il tente d’aider sa communauté alors que le lancement d’une pêche autochtone au homard dans la baie Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse, se heurte à une résistance farouche.

«Je me demande s’ils auraient déjà pensé, il y a 20 ans, qu’ils auraient deux sénateurs micmacs et un député micmac qui pourraient aider à influencer et à travailler avec le gouvernement pour trouver une solution», a déclaré le député libéral lors d’une récente entrevue accordée dans sa circonscription du Cap-Breton.

Son rôle est perçu par certains observateurs comme un signe que l’influence politique des Micmacs s’accroît graduellement par rapport à l’époque des affrontements au large de Burnt Church, au Nouveau-Brunswick, dans la baie de Miramichi, entre 1999 et 2002.

Curtis Bartibogue, un pêcheur de homard micmac qui a été arrêté par des agents du ministère des Pêches et des Océans au cours de cette période, estime que les droits issus de traités demeurent relativement inconnus auprès du grand public, mais les gouvernements sont plus réticents à instaurer des mesures de répression.

«Il y a maintenant une grande différence dans les relations entre le gouvernement et les Autochtones en raison de notre capacité à faire entendre notre voix au sein du gouvernement», a-t-il confié en entrevue depuis sa communauté, maintenant connue sous le nom de Première Nation Esgenoôpetitj.

Il a récemment suivi de près la Première Nation de Sipekne’katik qui a organisé une cérémonie le 17 septembre au quai de Saulnierville, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, pour délivrer cinq permis de pêche au homard.

L’arrêt de la Cour suprême invoqué

Comme la Première Nation Esgenoôpetitj, la communauté de la Nouvelle-Écosse cite la décision de la Cour suprême du Canada de 1999 selon laquelle Donald Marshall fils avait le droit issu de traités de pêcher les anguilles quand et où il le voulait, sans permis.

L’arrêt Marshall a également statué que les Micmacs, Malécites et Passamaquoddy pouvaient chasser, pêcher et se rassembler pour gagner une «subsistance convenable», bien que le tribunal ait donné suite à une clarification deux mois plus tard, affirmant que le droit issu du traité était assujetti à la réglementation fédérale.

Comme dans les crises précédentes, l’opposition des pêcheurs non autochtones repose sur des arguments selon lesquels les Premières Nations devraient respecter les mesures de conservation du gouvernement fédéral, ce qui rendrait la pêche hors saison illégale.

Des centaines de pêcheurs non autochtones se sont rassemblés pour manifester aux quais après l’annonce de la nouvelle pêcherie en Nouvelle-Écosse ce mois-ci, et plus tard, une flottille a sorti 350 casiers micmacs de l’eau.

Ottawa se comporte différemment

Cependant, la réaction d’Ottawa a été différente de celle du début des années 2000.

Les sénateurs Dan Christmas, de la Première Nation de Membertou et Brian Francis, de la Première Nation de Lennox Island, ont publié une lettre indiquant que les Micmacs avaient des droits issus de traités pour chasser, pêcher et gagner leur vie convenablement.

La ministre des Pêches, Bernadette Jordan, et la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, ont déclaré dans un communiqué la semaine dernière qu’elles ne toléreraient pas les actions des pêcheurs non autochtones, soulignant qu’il n’y a «pas de place pour les menaces, l’intimidation ou le vandalisme».

Vendredi, le chef Mike Sack, de la Première nation Sipekne’katik, a confirmé qu’il s’entretiendrait cette semaine avec Mme Jordan et ses fonctionnaires pour définir à quoi pourrait ressembler la pêche de sa communauté.

Et les bateaux des Premières Nations ont continué à pêcher.

Pendant ce temps, M. Battiste et les sénateurs micmacs se sont rencontrés vendredi à la Première nation Membertou, au Cap-Breton, et ont eu des discussions en ligne avec les ministres Jordan et Bennett.

Jaime Battiste, un avocat qui enseignait les traités autochtones à l’université, prône un concept de système de pêche cogéré, avec les représentants micmacs qui auraient directement leur mot à dire dans la réglementation.

«Il pourrait s’agir de l’Office canadien des pêches micmaques. Je ne suis pas certain si une loi fédérale est nécessaire», a-t-il précisé.

Il reste à voir à quel point les opinions du député de 41 ans seront influentes.

Ottawa accusé de «traîner les pieds»

Naiomi Metallic, titulaire de la chaire en droit et politique autochtones à l’Université Dalhousie, croit qu’une solution négociée est nécessaire. Celle-ci devrait reconnaître les droits issus de traités et inclure un «rôle important et significatif pour les Micmacs dans la gestion de leur propre pêche», selon Mme Metallic.

Elle a indiqué qu’à ce jour, l’approche du ministère des Pêches et des Océans a été d’octroyer des permis commerciaux à certaines communautés micmaques désireuses de participer. Mais cela n’a pas réglé l’enjeu de la pêche à «subsistance convenable» sous le contrôle des Autochtones, a-t-elle remarqué.

«Le Canada traîne et traîne les pieds à la table des négociations et les gens en ont assez», a-t-elle ajouté.

Curtis Bartibogue, qui détient maintenant un permis commercial, a expliqué que sa communauté avait accepté les permis du ministère après des années de lutte, mais selon lui la pression pour plus de contrôle reviendra.

Il a dit que sa communauté venait de terminer une «pêche conventionnelle» de deux semaines, où il estimait qu’environ 500 casiers avaient été installés pour une prise totale de homard d’environ 20 000 livres (plus de 9070 kilogrammes).

«Nous avons essentiellement fait comme ce qu’ils font à la baie Sainte-Marie (…) Nous avons fini hier et ça s’est plutôt bien passé», a-t-il soutenu.

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