Pékin accentue le travail en coulisses pour influencer l’opinion canadienne

GUANGZHOU, Chine — Il était un jeune homme curieux de 23 ans dans une gare de train grouillante quelque part en Chine, au coeur de la saison du Nouvel An chinois, la plus achalandée. Ses deux amis et lui-même n’avaient pas de billet, mais cela avait peu d’importance.

«C’était merveilleux», a dit le premier ministre Justin Trudeau cette semaine à Pékin, alors qu’il se remémorait son premier périple dans ce pays à l’âge adulte. Il avait mis les pieds en Chine auparavant, bien sûr — enfant, avec son père en visite officielle —, mais ce voyage était différent.

«Les paysages que j’ai pu voir, ce que j’ai découvert sur moi en parcourant la Chine a été extraordinaire», a-t-il relaté.

M. Trudeau a fait référence maintes fois au caractère formateur de ses expériences en sac à dos en Chine cette semaine, alors qu’il a tenté de vanter les vertus d’une multiplication par deux du nombre de touristes chinois l’an prochain. Avec sa recherche d’un accord de libre-échange, la hausse du tourisme fait aussi partie d’un plan d’envergure pour accroître les relations avec une Chine en ascension économique.

Les tentatives de susciter un élan touristique surviennent parallèlement à des préoccupations sur une forme plus malveillante d’influence interculturelle — un effort délibéré et sans précédent par le président chinois Xi Jinping de projeter une image de puissance de son pays de manières perçues par certains comme de l’ingérence politique internationale.

«La Chine a effectivement une stratégie pour influencer l’opinion publique et l’opinion politique dans d’autres pays sur des enjeux qui sont importants pour la Chine», a souligné David Mulroney, ancien ambassadeur du Canada en Chine et conseiller en sécurité nationale.

Sous la direction de Xi Jinping, la Chine a entrepris une campagne coordonnée connue sous le nom de «front uni» pour exercer une influence sur les événements dans des pays étrangers, incluant le Canada, a indiqué M. Mulroney.

Cela inclut de mobiliser les étudiants chinois et tirer profit de la diaspora au Canada. Lors de visites de dirigeants chinois à Ottawa, l’ambassade chinoise a transporté par autobus des étudiants de Kingston et de Montréal pour faire un contrepoids aux manifestations inévitables contre le gouvernement chinois, a-t-il relevé.

Les manifestations d’opposition sont courantes, que ce soit contre le traitement des minorités religieuses au Tibet ou en réaction aux allégations de trafic d’organes.

«Les communistes chinois associent avec succès le patriotisme au soutien pour le parti et le gouvernement», a souligné M. Mulroney. Des étudiants chinois à l’étranger sont souvent froissés en lisant des critiques de leur pays et se sentent piégés, ce qui peut les amener à être de «super patriotes».

Il y a des similitudes avec ce que fait le Canada aux États-Unis pour vanter les vertus de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) auprès du Congrès, des gens d’affaires et d’autres acteurs — à une différence clé près.

«Nous le faisons de façon transparente, nous le faisons publiquement. La manière de la Chine est différente dans sa volonté d’utiliser les groupes de la diaspora, des gens qui ont des intérêts économiques en Chine, pour travailler en coulisses», a expliqué M. Mulroney.

«Il s’agit d’une forme d’interférence dans les affaires canadiennes», a-t-il ajouté.

M. Mulroney a soutenu que ces efforts comportaient aussi des pressions sur les universitaires et les journalistes pour écrire de façon favorable sur la Chine.

Durant le séjour de M. Trudeau, le «Global Times», dirigé par le Parti communiste, a publié un éditorial s’en prenant avec force à la couverture médiatique canadienne sur la Chine.

Malgré la nouvelle posture de la Chine sous Xi Jinping, le Canada n’a pas d’autre choix que de s’investir et de tenter d’accroître les relations même s’il y a certaines sérieuses implications, a aussi fait valoir Paul Evans, un expert de la Chine à l’Université de la Colombie-Britannique.

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