Pénurie d’analgésiques: Santé Canada se défend de s’être traîné les pieds

OTTAWA — Ce n’est pas un laxisme des autorités, mais au contraire, c’est bien en raison d’une «tempête parfaite» causée par trois virus respiratoires qui a provoqué une augmentation spectaculaire de la demande que le Canada se retrouve face à une pénurie de médicaments pédiatriques, s’est défendu vendredi Santé Canada.

«Une année normale, on aurait deux fois trop d’acétaminophène ou d’ibuprofène actuellement distribué au Canada. On fait face à des circonstances exceptionnelles», a expliqué le directeur du Bureau des sciences médicales, le docteur Marc Berthiaume, lors d’une conférence de presse virtuelle.

Le gouvernement canadien avait reçu les premiers indices d’un début de pénurie en avril, a admis sa collègue, la docteure Supriya Sharma, conseillère médicale en chef de Santé Canada. À cette période de la fin du printemps et du début de l’été, la demande est généralement moins grande et les compagnies regarnissent leurs stocks en vue de l’automne et de l’hiver, a-t-elle mentionné.

Santé Canada a immédiatement entrepris des discussions avec les manufacturiers et distributeurs qui ont alors doublé leur production, ce qui prédisaient-ils répondrait à la demande, mais cela s’est malgré tout révélé insuffisant, la demande continuant d’augmenter.

L’organisme s’est alors tourné vers l’étranger. Trois propositions ont été approuvées et les produits commencent à recevoir cet approvisionnement, a-t-on soutenu.

Un million de flacons

Seul point positif, toutefois, une commande d’urgence d’acétaminophène et d’ibuprofène pour nourrissons et enfants a commencé à être livrée.

«D’ici la fin de la semaine prochaine, nous aurons reçu plus d’un million de flacons de produits qui serviront à approvisionner les hôpitaux, les pharmacies communautaires et les détaillants. Les produits pourraient être offerts sur les tablettes des magasins dès la semaine prochaine», a indiqué le Dr Berthiaume.

Il est très difficile en ce moment de prédire quelle est la quantité de produits nécessaire, notamment en raison de la demande «atypique» des derniers mois, a déclaré la Dre Sharma. Santé Canada continue donc de chercher des sources supplémentaires d’ibuprofène et d’acétaminophène à l’étranger.

«Ce que nous faisons est que nous importons autant de produits que possible», a-t-elle résumé.

Quant à savoir si les exigences en matière d’étiquetage bilingue ont ralenti l’accès aux produits – ce qu’avait évoqué dans les derniers jours un important journal de Toronto –, le Dr Berthiaume «assure que ce n’est pas le cas».

Les représentants de Santé Canada ont refusé de s’étaler sur une comparaison avec les États-Unis, des voisins qui ne semblent pas avoir un problème similaire à celui que vivent les Canadiens, mais la Dre Sharma a cependant évoqué que même au sud de la frontière il y a des «stocks intermittents» et des «défis pour trouver des produits sur les tablettes».

Pas de solution rapide

Les parents de jeunes enfants devront prendre leur mal en patience: le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, a prévenu plus tôt en journée que le problème se prolongera encore pour plusieurs semaines.

«On s’est très clairement dit que cet enjeu de pénurie n’allait pas disparaître immédiatement, qu’il allait être là pour plusieurs semaines», a-t-il relaté au sujet d’une vidéoconférence tenue la veille avec des fournisseurs, des distributeurs, des importateurs, des associations de pharmaciens, des hôpitaux et des pédiatres.

La commande qui est en train d’arriver au pays représente «plusieurs mois de demandes habituelles» de ces analgésiques pour enfants, s’est-il cependant réjoui en marge d’une annonce à Québec, affirmant qu’Ottawa s’attend ainsi à ce que les comptoirs des pharmacies soient regarnis «dans les deux à trois prochaines semaines».

Le ministre a toutefois appelé les parents à ne pas faire d’importantes réserves de ces médicaments lorsqu’ils seront à nouveau disponibles.

«Comme famille on a aussi un rôle, des responsabilités, a dit M. Duclos. Sachant qu’il va y en avoir pour plusieurs semaines de ces analgésiques, là, il ne faut pas aller en chercher dix à la pharmacie pour priver les autres familles de ces analgésiques qui sont importants pour réduire la douleur et la fièvre des enfants.»

En mêlée de presse après la période des questions, le leader parlementaire du Nouveau Parti démocratique, Peter Julian, a affirmé que le Canada doit être en mesure de produire davantage de médicaments au pays et a reproché au gouvernement de «réagir trop tard».

«On peut imaginer les parents qui ont leur enfant qui doit attendre 20 heures dans une salle d’urgence, les parents qui doivent trouver des médicaments pour leurs enfants et qui ne les trouvent nulle part, a-t-il dit. C’est inquiétant. C’est frustrant. C’est épouvantable. Et on a un gouvernement qui n’agit pas.»

Santé Canada avait annoncé lundi avoir obtenu la garantie de l’approvisionnement en provenance de l’étranger. Le gouvernement fédéral n’a pas précisé son origine, mais il assure que toutes ces importations respecteront les normes de fabrication du Canada et seront étiquetées en anglais et en français.

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