Percée québécoise dans le traitement de l’obésité et du diabète de type 2

MONTRÉAL — Une percée réalisée notamment grâce aux travaux de chercheurs du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke pourrait paver la voie au développement d’un nouveau traitement pour le diabète de type 2 et l’obésité.

Les docteurs André Carpentier et Denis Blondin et leurs collègues européens ont ainsi réalisé que les scientifiques qui essayaient d’activer la graisse brune chez l’humain faisaient fausse route.

«On a découvert avec cette nouvelle étude, essentiellement, que la cible pharmacologique qu’on pensait la bonne pour activer la graisse brune, et basée sur des études animales, n’est finalement pas la bonne chez l’humain», a résumé le docteur Carpentier.

La graisse brune aide habituellement le corps à combattre le froid. Le docteur Carpentier la compare à une «petite fournaise» qui, si elle était activée de manière continue, pourrait «nous aider à nous débarrasser d’un petit surplus calorique supplémentaire, qui serait potentiellement suffisant pour aider les gens à mieux contrôler leur maladie».

Ses collègues et lui ont eu accès à des échantillons de graisse brune humaine. Des tests menés en laboratoire leur ont révélé que la cible normale, le récepteur béta-3, n’est pas présente chez l’humain.

«C’est le béta-2 qui est là, et c’est cette cible-là qui, lorsqu’on l’active, va activer ce qu’on appelle la thermogénèse, la dépense calorique de la graisse brune, a dit le docteur Carpentier. Ça change la donne dans les études cliniques chez l’humain qui sont en cours. Ça va rediriger la recherche dans ce domaine-là.»

Des médicaments déjà utilisés dans le traitement de l’asthme sont très sélectifs pour le béta-2, a ajouté le docteur Carpentier. Cela veut dire que les médecins disposent déjà d’une molécule en mesure d’activer cette nouvelle cible pharmacologique.

Ils s’affaireront maintenant à démontrer que l’activation du béta-2 active aussi la graisse brune à brûler son propre contenu en graisse.

«Et si c’est probant pour les sujets en santé, si on démontre que ça active véritablement la graisse brune, l’étape suivante sera de l’essayer chez des gens diabétiques, de voir si c’est aussi efficace chez eux pour activer leur graisse brune, et quel est l’impact sur le contrôle de leur maladie», a expliqué le docteur Carpentier.

Traitement ancillaire

Le principal facteur de mauvais contrôle du diabète de type 2 est l’excédent calorique, rappelle-t-il.

Si l’organisme se trouve en situation de balance énergétique positive, le diabète aura habituellement à se détériorer. Mais si on fait basculer la balance dans l’autre direction — par exemple en mangeant moins et en bougeant plus pour brûler plus d’énergie — la situation pourra s’améliorer.

«L’espoir ici est d’avoir une stratégie supplémentaire à ce qui existe pour aider les patients à réduire leur balance calorique et à mieux contrôler leur diabète, a dit le docteur Carpentier. Toutes ces stratégies-là pourraient nous permettre d’améliorer le traitement.»

Cette stratégie, si jamais elle se concrétise, constituera une stratégie d’appoint aux stratégies existantes, poursuit-il, et il faut être «réalistes»: on n’aura d’autre choix que de continuer à miser sur l’amélioration des habitudes de vie.

«Ce n’est pas une balle magique, mais c’est une cible intéressante à différents égards dans le contrôle du diabète», a-t-il dit en conclusion.

Les résultats de la première phase de recherche ont été publiés dans la revue scientifique Cell Metabolism cette semaine.

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