Petite-Bourgogne: des citoyens veulent souligner l’histoire de la communauté noire

MONTRÉAL — Dans le quartier de la Petite-Bourgogne, à Montréal, où la communauté noire anglophone de la ville est enracinée, certains habitants cherchent à faire revivre une institution qui servait autrefois de carrefour communautaire.

Un groupe de citoyens espère pouvoir reconstruire sur l’ancien site du Negro Community Center, une institution de la communauté noire qui a duré pendant près de 70 ans avant de sombrer dans des difficultés financières et d’être finalement démolie en 2014.

«Cet endroit était précieux pour notre communauté, et tant d’aînés à qui nous parlons parlent avec affection et amour de cet espace et (disent) que ce qui s’est passé lors de sa disparition a été très malheureux», a témoigné David Shelton, chef aux opérations du Service de sécurité incendie de Montréal et habitant de la Petite-Bourgogne.

Selon lui, le moment est venu de faire revivre le centre. Il envisage une installation qui comprendrait un petit musée ou un espace consacré à l’histoire des Noirs. Mais il admet que ce sera une tâche difficile: il y a eu des tentatives infructueuses par le passé, et le terrain est maintenant une propriété privée.

«Notre héritage et l’héritage de ceux qui ont enduré pour nous amener à ce jour… Je trouve toujours qu’il est essentiel que nous leur rendions hommage et que nous conservions ces souvenirs», a soutenu M. Shelton en entrevue cette semaine.

De nos jours, cet héritage n’est pas largement connu. La Montréalaise Akilah Newton, directrice générale d’un organisme artistique à but non lucratif, affirme que l’histoire canadienne des Noirs devrait être davantage enseignée dans les écoles. Mais selon elle, la ville pourrait aussi faire plus pour célébrer leur riche histoire.

Mme Newton a écrit des livres pour les jeunes sur les personnalités et les communautés historiques noires canadiennes, et chaque mois de février, elle participe à une tournée du Mois de l’histoire des Noirs pour parler aux étudiants. Elle dit que parfois, lorsqu’elle évoque la Petite-Bourgogne (Little Burgundy), les étudiants l’associent à une chaîne de magasins de chaussures du même nom, mais pas au quartier historique.

«Il est important de comprendre ses racines, car la communauté noire était florissante à Montréal pendant de nombreuses années, a-t-elle expliqué en entrevue. Nous avions cet endroit incroyable à Montréal que les gens ne connaissent pas.»

Une histoire riche

L’arrivée de la communauté noire dans le quartier était intrinsèquement liée à l’essor du chemin de fer à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, avec l’arrivée d’hommes noirs pour travailler comme porteurs.

Ces résidants d’origine ont créé d’importantes institutions comme l’église Union United, établie en 1907, qui est toujours en plein essor juste à l’ouest de la frontière de la Petite-Bourgogne.

Le quartier est peut-être mieux connu pour ses liens avec la musique, notamment les pianistes légendaires Oscar Peterson et Oliver Jones, tous deux fils de cheminots. Le secteur abritait également des clubs de jazz comme le Rockhead’s Paradise.

«C’était une petite communauté, mais elle a eu un grand impact», a souligné Dorothy Williams, historienne et professeure qui a beaucoup écrit sur la Petite-Bourgogne.

À une époque où la mobilité n’était ni facile ni rapide, a-t-elle déclaré, «les institutions noires qui ont commencé à se développer étaient toutes centrées là-bas».

La situation a changé lorsque la ville a démoli une partie du quartier dans les années 1960, lors de la construction de l’autoroute Ville-Marie, dispersant les familles noires à travers la ville.

«Ça a laissé une véritable cicatrice, ça a en fait dispersé la communauté noire», a affirmé Steven High, professeur d’histoire à l’Université Concordia.

Dans le quartier, il y a des rues et des parcs nommés en l’honneur d’icônes de la communauté, ainsi que des peintures murales à l’effigie de personnalités aussi influentes que Peterson, Jones et feu Daisy Peterson Sweeney, une professeure de musique influente et la sœur d’Oscar Peterson.

Selon M. High, certaines contributions de la communauté sont sous-estimées, comme le rôle des syndicats dirigés par des Noirs fondés par des porteurs de chemin de fer.

«Aujourd’hui, on ne peut pas parler de la Petite-Bourgogne sans parler d’Oscar Peterson, d’Oliver Jones, de Rufus Rockhead, a indiqué M. High. Mais il y a une histoire cachée de résistance collective dont les gens ne parlent pas: le premier syndicat noir d’Amérique du Nord formé par des porteurs, parce que 90 % des hommes noirs travaillaient dans les chemins de fer.»

Combler un vide

Pour ceux qui cherchent à faire revivre le centre communautaire, un plan visant à inclure un espace consacré à l’histoire des Noirs du Canada et de Montréal aiderait à combler ce vide.

«Il nous manque un endroit qui célèbre notre histoire, que nous pouvons appeler chez nous, que nous pouvons appeler notre propre centre culturel», a déclaré Victor Paris, un cadre bancaire qui a grandi à l’extérieur de Montréal, mais qui a passé son adolescence au centre à apprendre la musique et jouer au basketball.

«Le (centre) était l’épicentre de la culture noire, donc cela signifie beaucoup pour les gens de retrouver cet espace — le quartier qui était le nôtre, dont nous avons été dépossédés, et cette propriété particulière qui était notre maison, dont nous avons été dépossédés.»

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