Pétrole: Ottawa reste coi sur de possibles tarifs contre Riyad ou Moscou

OTTAWA — Le ministre des Ressources naturelles du Canada s’entretiendra avec ses homologues américain et mexicain avec l’objectif de créer un front commun avant les pourparlers des plus grandes économies du monde visant à mettre fin aux guerres mondiales des prix du pétrole.

Mais la vice-première ministre Chrystia Freeland refuse de dire si le Canada envisage d’imposer des droits d’importation sur le pétrole d’Arabie saoudite ou de Russie s’ils ne parviennent pas à un accord pour limiter la production afin de répondre à la chute draconienne de la demande mondiale de pétrole.

Le président américain Donald Trump menace de lancer de tels tarifs de son côté, mais dans une conférence de presse quotidienne sur la situation de la COVID-19, Mme Freeland n’a pas voulu répondre à deux questions directes posées sur la position du Canada.

Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, a déclaré la semaine dernière qu’il aimerait voir une solidarité nord-américaine sur l’imposition d’un tarif à toute importation de pétrole étranger sur le continent.  

Jason Kenney réclament également une politique énergétique commune en Amérique du Nord pour combattre les pratiques prédatrices de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

«J’ai déjà commencé à en discuter avec les autorités américaines», a révélé M. Kenney le 1er avril dernier.

Le ministre des Ressources naturelles, Seamus O’Regan, s’entretiendra par téléphone avec ses homologues américain et mexicain jeudi, avant que les ministres de l’énergie du G20 ne discutent également à distance, vendredi matin.

Chrystia Freeland souligne que la collaboration avec les États-Unis représente une part essentielle de la stratégie énergétique du Canada en raison du caractère imbriqué des deux industries.

Elle refuse toutefois de se prononcer sur l’enjeu des tarifs.

«Nous sommes très attentifs sur ce dossier. Il s’agit d’un enjeu important pour le Canada et pour le monde», a-t-elle dit.

Les prix mondiaux du pétrole ont chuté ces dernières semaines, la COVID-19 ayant éviscéré la demande, puis l’Arabie saoudite et la Russie ont refusé de restreindre la production, augmentant ainsi des approvisionnements en pétrole dont le monde ne peut faire usage actuellement.

Mme Freeland a affirmé que la situation était terrible pour le Canada, alors que le coût de production d’un baril de pétrole est plus du double de celui de l’Arabie saoudite et légèrement plus élevé qu’en Russie.

Selon les données de 2019 compilées par Statistique Canada, le pétrole produit aux États-Unis compte pour près des trois quarts des importations au Canada en 2019. L’Arabie saoudite arrive au deuxième rang avec une part de 15 % et la Russie est troisième avec 3 %.

L’industrie des hydrocarbures représente environ 7 % de l’économie du Canada et plus de 800 000 emplois. Par ailleurs, le budget 2020 de l’Alberta s’appuie sur des prévisions d’un prix de pétrole beaucoup plus élevé.

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