Peu de chance d’un large mouvement contre la circoncision des enfants au Canada

TORONTO — Une campagne pour l’interdiction de la circoncision des bébés et des enfants a pris forme en Islande et au Danemark, mais il s’agit d’une idée beaucoup trop radicale pour qu’elle soit envisagée au Canada, selon des observateurs.

Malgré un nombre réduit de circoncisions, plusieurs Canadiens demeurent des partisans convaincus du droit à l’excision totale ou partielle du prépuce — et pas seulement pour des motifs religieux, souligne Minoo Derayeh, professeur des droits de la personne à l’Université York.

L’universitaire, spécialiste des religions, fait valoir que la plus grande diversité de population du Canada rend un tel enjeu politisé plus difficile à réconcilier avec une identité nationale enracinée dans la tolérance et le libéralisme.

«Nos lois sur l’immigration tendent davantage vers le multiculturalisme, ce qui fait que nous faisons tous partie de la mosaïque et que cela fait partie de l’identité des gens», explique Mme Derayeh, soulignant qu’il serait difficile pour un juif ou un musulman de ne pas voir une telle chose comme un affront à sa foi.

Un groupe canadien de défense des droits des juifs a condamné le mouvement dans des pays nordiques cette semaine, affirmant qu’il «ne pouvait pas y avoir de communauté juive sans circoncision».

«Bien que cela soit proposé en utilisant un langage des droits de la personne, il s’agit plutôt d’un déni de droits — c’est le déni de droits religieux», affirme en entrevue Michael Mostyn, chef de la direction de B’nai Brith Canada.

Le Parlement en Islande a présenté un projet de loi controversé sur des restrictions en fonction de l’âge, le mois dernier, qui criminaliserait le fait de circoncire un bébé pour des motifs autres que la santé du nourrisson. Le projet de loi argue que les garçons ne sont pas en mesure de donner «un consentement informé à une intervention physique irréversible».

Au moins 400 médecins ont appuyé le projet de loi, mais des groupes religieux à travers le monde tentent de contrer la mesure, craignant qu’une adoption n’incite des politiciens dans d’autres pays à proposer leurs propres restrictions.

Au Danemark, des militants opposés à la circoncision font circuler une pétition pour forcer leur gouvernement à envisager une loi similaire. Ils soutiennent avoir obtenu près de la moitié des 50 000 signatures requises pour présenter un projet de loi qui établirait l’âge minimal pour la procédure à 18 ans.

Le fondateur du groupe Canadian Foreskin Awareness Project — disant militer pour le droit de tous les enfants à grandir avec des organes génitaux intacts — affirme qu’il ne serait pas surpris de voir l’adoption de l’une de ces propositions dans ces pays, soulignant que la circoncision n’est pas aussi ancrée profondément dans la culture européenne qu’en Amérique du Nord.

Tout de même, Glen Callender croit que beaucoup de choses devraient se passer avant qu’un tel mouvement ne prenne ancrage en Amérique du Nord, où il estime que la «vaste majorité des circoncisions ne sont pas fondées sur la religion».

«C’est toujours présenté comme si le garçon allait se sentir différent s’il n’était pas comme son père», soutient M. Callender, affirmant que la circoncision est aussi ancrée chez des parents non pratiquants.

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