Des groupes déplorent l’inaction sur la violence contre les femmes autochtones

Des militants à travers le pays ont livré un message similaire à Ottawa un an après la publication d’un plan national pour mettre fin à la violence contre les femmes et les filles autochtones: le gouvernement fédéral n’a pas respecté ses engagements.

«C’est avec une profonde déception et frustration que je dis que le manque de responsabilité au cours de l’année écoulée est stupéfiant et inacceptable», a déclaré vendredi Hilda Anderson-Pyrz, présidente du Cercle national des familles et des survivantes.

«C’est une honte nationale et c’est aussi dangereux. Chaque jour d’inaction dans ce domaine conduit directement à la perte tragique de vies humaines et à de nouvelles violences», a-t-elle fait valoir.

Mme Anderson-Pyrz a pris la parole lors d’un événement à Gatineau, marquant la première année du plan et le troisième anniversaire d’un rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées qui décrivait 231 appels à la justice. Le ministre des Relations Couronne-Autochtones Marc Miller, la ministre des Services aux Autochtones Patty Hajdu et le ministre de la Justice David Lametti étaient également présents.

Le Cercle national des familles et des survivantes avait espéré que le plan et un document de «voie fédérale» l’année dernière allaient constituer une nouvelle avenue pour placer les familles au centre des efforts visant à mettre fin aux obstacles systémiques et à la discrimination.

Mme Anderson-Pyrz dit que cela n’a pas été le cas.

«Les membres de familles touchés et les survivantes ne sont pas de simples symboles de cette crise. Nous avons une richesse d’expérience vécue, d’expertise et de connaissances qui devraient être au centre de toutes les actions visant à mettre fin à la violence fondée sur le sexe et la race», a-t-elle affirmé.

«Sans la volonté politique de créer un changement transformateur, ce génocide se poursuivra», a-t-elle déclaré.

Mme Anderson-Pyrz a fait référence à cinq femmes autochtones qui ont été retrouvées mortes cette année.

Tytiana Janvier, du nord de l’Alberta, est décédée en mars de ce que la police a qualifié de surdose de drogue.

Les restes de Chelsea Poorman ont été retrouvés dans une maison de Vancouver en avril. Elle était disparue de sa Première Nation de la Saskatchewan depuis 2020.

Rebecca Contois, Doris Trout et la propre nièce de Mme Anderson-Pyrz, Tessa Perry, ont été retrouvées mortes à Winnipeg le mois dernier. La police a déclaré les femmes victimes d’homicide.

Au moins 89 femmes et filles autochtones ont été tuées depuis la publication du rapport final de l’enquête, selon les données de l’Observatoire canadien du fémicide pour la justice et la responsabilisation.

L’organisme a indiqué que le nombre est une sous-estimation, car il n’inclut pas les décès suspects, les femmes qui ont disparu et certains cas probables dans lesquels les victimes autochtones n’ont pas été identifiées.

Ottawa a publié vendredi son propre rapport d’étape sur les travaux achevés entre le 1er avril 2021 et le 31 mars 2022, dans plusieurs domaines prioritaires définis par l’enquête.

«Les choses n’avancent pas assez vite, mais elles avancent», a déclaré M. Miller.

L’anniversaire n’était pas l’occasion de se féliciter les uns et les autres, a-t-il ajouté, car les femmes et les filles autochtones n’ont toujours pas le droit fondamental à la sûreté et à la sécurité dans leurs communautés.

Le rapport d’étape indique que plus de 25 ministères et organismes mettent en œuvre le plan par l’entremise de programmes, de financement et de politiques nouvelles ou renouvelées.

Les nouveaux programmes incluent le soutien aux familles et aux survivantes, les espaces culturels, la santé et le bien-être et les langues, indique le rapport.

Il n’y a pas encore eu la création d’un organisme de surveillance pour représenter les intérêts des familles, des survivantes et des communautés autochtones. M. Miller a déclaré qu’il n’y avait aucune excuse à cela et que le gouvernement y travaillait.

L’Association des femmes autochtones du Canada a publié sa propre analyse selon laquelle il y a eu des engagements de financement, mais peu a été fait pour soutenir directement les survivantes et les familles.

«Nous entendons dire que cela ne se traduit tout simplement pas par l’aide requise sur le terrain», a déclaré la directrice générale Lynne Groulx.

«Trois ans se sont écoulés. C’est très décourageant pour les membres des familles qui ont besoin de voir de l’action», a-t-elle ajouté.

Un groupe représentant les femmes métisses a annoncé qu’il se dissociait du rapport d’étape fédéral.

L’organisation a déclaré vendredi dans un communiqué que le rapport avait été précipité et ne décrivait pas pleinement l’absence d’action tangible.

«Nous soutenons les voix des organisations nationales et provinciales de femmes autochtones, a déclaré la présidente de Les Femmes Michif Otipemisiwak, Melanie Omeniho. Nos voix ont été réduites au silence dans ce qui ne peut être décrit que comme une prétention politique.»

Le premier ministre Justin Trudeau a réaffirmé l’engagement de son gouvernement à travailler avec les survivants, les familles, les communautés et d’autres partenaires.

«Nous n’oublierons jamais ceux qui ne sont jamais rentrés à la maison et nous honorerons leur mémoire en travaillant sans relâche pour bâtir un avenir meilleur, où chacun est à l’abri de la violence. Aux femmes, aux filles et aux personnes 2ELGBTQQIA+ autochtones, aujourd’hui et chaque jour, nous vous soutenons dans la récupération de votre pouvoir et de votre place», a-t-il déclaré dans un communiqué.

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