Peu informés, les jeunes sont vulnérables aux abus en milieu de travail

MONTRÉAL — Comme beaucoup d’autres jeunes, Victor (nom fictif) connaissait mal ses droits en milieu de travail lorsqu’il a décroché l’un de ses premiers emplois, à l’âge de 22 ans. Ce qui devait n’être qu’un travail d’été est rapidement devenu un cauchemar.

Engagé par une petite entreprise montréalaise de peinture de bâtiments, dénichée sur Kijiji en mai 2019, il pensait avoir trouvé l’occupation parfaite pour les vacances scolaires, avec un salaire de «19 $ de l’heure».

Ses premiers doutes sont survenus lorsque l’un de ses collègues s’est blessé à la tête et qu’«il n’y avait pas de trousse de premiers soins» sur le chantier. «À un moment donné, je me suis brûlé la main» et «il n’y a eu aucun rapport envoyé à la CNESST», soit la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail.

Victor ne recevait pas de compensation les jours fériés. Il se rappelle aussi s’être fait plusieurs fois demander de «venir même s’il pleuvait», pour ensuite se faire renvoyer chez lui sans paye. Selon la CNESST, une personne qui se présente au travail doit être payée au minimum pour l’équivalent de «trois heures de son salaire habituel».

Les jeunes à risque d’abus

Des jeunes dont les patrons ne respectent pas les normes du travail, «on en voit chaque semaine» au Carrefour jeunesse emploi de l’Outaouais (CJEO), raconte la coordinatrice de projets et des communications, Véronique Bernier.

Bien que des cas extrêmes comme celui de Victor soient chose rare et que «la majorité, heureusement, c’est de bons employeurs», «il y a encore un certain nombre d’employeurs qui ne vont pas respecter les fameuses conditions de travail minimales», affirme-t-elle.

Ce sont 7000 clients de 16 à 35 ans que le CJEO rencontre chaque année. Ainsi s’accumulent des histoires de patrons qui «ne rémunèrent pas les pauses», qui «ne veulent pas payer les heures supplémentaires» ou qui exigent qu’un employé au salaire minimum «paye son uniforme».

«C’est certain que ces mauvais employeurs-là, ils jouent sur le fait que la jeunesse ne connaît pas tout pour en passer une petite vite», explique Mme Bernier. «Les jeunes, ils ne vont pas nécessairement déposer une plainte à la CNESST.»

Se rendre aux normes

Il y a quand même plus de 6000 employés de 15 à 24 ans qui ont fait une telle demande en 2019.

Victor est l’un d’eux. Dans le doute, il a décidé de s’informer sur le site internet de la CNESST. Après sa démission, en août 2019, il a revendiqué le statut de salarié et réclamé 500 $ pour ses jours fériés et ses déplacements impayés, ce que la CNESST lui a accordé.

Ça a été une démarche très difficile pour lui. «J’avais un stress physique, parce que ce gars-là était vraiment intimidant», confie-t-il, «j’étais rendu à « shaker » quand je lui parlais».

Dans un courriel adressé à Victor, son ancien patron affirme avoir «toujours été fiable» et «bien payer les gens qui ont travaillé» avec lui. Il mentionne cependant «qu’à cause de [la] demande de salarié» de Victor, il a fait l’objet d’une enquête et «reçu un avis de cotisation de 31 000 $ pour 2016 à 2019».

À ce jour, Victor attend encore de recevoir son formulaire T4. Son ancien patron lui réclame 300 $ en échange, soit le montant «qui aurait dû être enlevé de [ses] payes» selon la loi, ce qui est normalement la responsabilité de l’employeur.

Manque d’information

La quantité de cas problématiques semble varier d’une région à l’autre. Au Carrefour jeunesse emploi de Montréal, ville où Victor travaillait, le conseiller en emploi Bourama Keita affirme que «c’est rare qu’il y ait des abus», hormis «quelques cas de harcèlement». 

Il remarque cependant que «la très grande majorité des jeunes» ne connaissent pas leurs droits. «Souvent, ils ne savent même pas c’est quoi le salaire minimum», raconte-t-il.

Selon un sondage de la CNESST de 2019, ce ne sont que 58 % des Québécois qui possèdent «un degré de connaissance et de compréhension suffisant de [leurs] droits et responsabilités» au travail. Chez les jeunes, ce chiffre est inconnu.

Malgré tout, la pénurie de main-d’œuvre risque de faire pencher la balance du pouvoir dans le camp des employés. «Dans les prochaines années, ça va être le travailleur qui va quasiment passer en entrevue son employeur», déclare Véronique Bernier. Même si les jeunes connaissent peu leurs droits, ils auront la possibilité de choisir l’emploi qu’ils trouvent le plus agréable, ce qui risque de «frapper de plein fouet» les mauvais patrons.

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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