Peuples autochtones: le projet de loi de Saganash franchit une étape importante

OTTAWA — Le député néo-démocrate Roméo Saganash aura attendu deux ans avant que son projet de loi sur les droits des peuples autochtones soit adopté à la Chambre des communes, mais c’est l’aboutissement du travail d’une vie qu’il célébrait mercredi.

«Ça fait presque 34 ans que je travaille sur ce dossier, a-t-il raconté. Un parcours de 34 ans qui a commencé à Genève au Palais des Nations pour se terminer au Parlement ici aujourd’hui.»

«C’est une bonne nouvelle non seulement pour les peuples autochtones et leurs droits fondamentaux, mais également pour l’ensemble des Canadiens parce que ça va nous permettre de nous engager sur la voie de la réconciliation pour vrai», a-t-il ajouté.

Le projet de loi C-262 qu’il avait déposé en 2016 a été adopté en troisième lecture avec l’appui des libéraux et devra maintenant cheminer au Sénat. Seuls les conservateurs ont voté contre.

Cette législation vise à harmoniser les lois canadiennes avec la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Elle appelle le gouvernement à «rejeter toute forme de colonialisme» à leur égard et à adopter «un modèle contemporain fondé sur la bonne foi et sur les principes de justice, de démocratie, d’égalité, de non-discrimination, de bonne gouvernance et de respect des droits de l’Homme».

«Je trouve ça assez aberrant qu’il y ait des parlementaires qui ne croient pas aux droits de la personne des premiers peuples du pays», a dénoncé M. Saganash.

«On fait très bien avec nos Premières Nations, ce n’est pas à l’ONU à nous dire quoi faire», s’est défendu le député conservateur Gérard Deltell.

La Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones avait été adoptée sans enthousiasme en 2010 par le gouvernement conservateur de Stephen Harper, qui lui avait d’abord opposé une résistance pendant trois ans.

Elle dresse une liste des droits individuels et collectifs des peuples autochtones et aborde de nombreuses questions comme les terres traditionnelles, l’autodétermination, l’identité, la langue et l’éducation. Ses 46 articles prônent notamment l’égalité et le respect.

Pour Roméo Saganash, c’est l’aboutissement du travail d’une vie. Il avait participé à la rédaction de la Déclaration à Genève qui a débuté en 1984 et a duré 23 ans.

Après son point de presse mercredi, il a serré sa fille dans ses bras dans le foyer de la Chambre des communes. Tous deux étaient étranglés par l’émotion.

«Je n’ai pas eu de père», a expliqué Mahité Saganash en détaillant tous les sacrifices que sa famille avait faits pour faire avancer les droits des Autochtones.

Cette jeune militante de 23 ans s’est dite prête à reprendre le flambeau. «Je suis très émue, je suis très excitée, mais je suis aussi très terrifiée parce que le travail qui va suivre repose beaucoup sur les épaules de la jeunesse», a-t-elle confié.

«Il va falloir éduquer les jeunes dans nos communautés à savoir ce qu’est la Déclaration, quels leviers ça nous donne pour contrer la Loi sur les Indiens», a-t-elle ajouté.

Le premier ministre Justin Trudeau avait promis lors d’un discours à la Chambre des communes en février de défaire 150 ans de colonialisme en concrétisant la Déclaration des Nations unies. L’un de ses objectifs à long terme est d’abroger la Loi sur les Indiens qu’il avait alors qualifiée de «discriminatoire et paternaliste».

La décision du gouvernement d’acheter l’oléoduc Trans Mountain pour 4,5 milliards $ vient toutefois jeter de l’ombre sur cette promesse.

Lors de la période des questions, Roméo Saganash a accusé le gouvernement d’«imposer l’expansion d’un oléoduc malgré l’opposition forte et croissante des peuples autochtones». Il espère que le gouvernement respectera leur droit de donner un consentement éclairé sur toute activité sur leurs territoires comme le prévoit la Déclaration des Nations unies.

«Je comprends qu’il y a des communautés autochtones qui sont opposées à cet oléoduc, mais il y a aussi des communautés autochtones qui sont en faveur de cet oléoduc et du développement qui va venir avec», a répondu Justin Trudeau en ajoutant que son gouvernement travaillait avec toutes ces communautés et qu’il était engagé envers la réconciliation.