Peut-on réduire l’empreinte écologique des événements sportifs à Montréal?

MONTRÉAL — Les spectateurs qui ont fréquenté, avant la pandémie de coronavirus, le stade du parc Jarry afin d’assister au tournoi de tennis montréalais se souviendront peut-être de la surprise qu’ils ont vécue en recevant pour la première fois ces drôles d’objets qui accompagnaient leur pointe de pizza ou encore leur salade devant une concession alimentaire, en attendant un match mettant en vedette Rafael Nafal, Milos Raonic ou encore Eugenie Bouchard.

Leur commande était accompagnée d’ustensiles en bois, et servie dans une assiette également biodégradable. C’est là l’une des nombreuses initiatives écologiques qui font maintenant partie des mœurs des amateurs de tennis montréalais. 

Ces initiatives, qui ont rapidement été adoptées par Tennis Canada, ne sont qu’un exemple de ce qui peut être fait par les organisateurs d’événements sportifs à Montréal pour contribuer à la protection de l’environnement et au développement durable.

«Chaque année, c’est incroyable le niveau de performance des organisateurs — du tournoi de tennis de Montréal — pour éliminer les déchets qui aboutissent au dépotoir. Tout ce qui rentre sur le site (du stade du parc Jarry) est réfléchi pour que ce soit recyclable ou compostable», a expliqué Caroline Voyer, la directrice générale du Conseil québécois des événements écoresponsables (CQEER).

«Vous savez, pour un événement sportif standard, environ 30 % des matières résiduelles vont éviter le dépotoir. Nous avons fait des sondages auprès d’événements qui se disent ‘éco-responsables’, et le taux de détournement des déchets tourne davantage autour du 75 ou 77 % généralement. Et le tournoi de tennis de Montréal vise plutôt 90 %, bon an, mal an», a-t-elle rappelé. 

Évidemment, de telles démarches écoresponsables entraînent des coûts supplémentaires aux organisateurs d’événements sportifs. Et ces initiatives sont d’autant plus importantes en temps de pandémie, avec la prolifération des masques à usage unique, notamment.

«On a vécu quelques événements sportifs l’année dernière au cours desquels les gens recevaient des masques recyclables. Encore faut-il avoir les bons bacs pour en disposer, et éduquer les gens pour s’assurer qu’ils les jettent au bon endroit. Et évidemment, il faut payer pour qu’une entreprise en dispose correctement», a poursuivi Voyer.

Concilier les aspects économique et environnemental

C’est dans ce contexte que Guillaume Proulx Goulet a pris conscience de l’énorme empreinte écologique des compétitions sportives et a souhaité mobiliser tous les acteurs visés vers la création de ressources spécifiques et l’instauration de normes plus sévères à atteindre.

«C’est une initiative très personnelle. Autant j’avais une passion pour l’événementiel sportif, autant j’avais un intérêt personnel pour l’environnement et le développement durable. C’est quelque chose qui a toujours été très important pour moi», a confié Proulx Goulet, qui organise des événements sportifs depuis une quinzaine d’années, dont le défunt Championnat de Montréal, un tournoi de golf du circuit des Champions, et deux finales des Jeux du Québec. 

«J’ai toujours trouvé ça difficile de travailler dans mon domaine, avec mes valeurs d’écoresponsabilité. Souvent, je me rendais compte que ce n’était pas compatible. Je devais faire des choix professionnels, qui allaient à l’encontre de mes valeurs personnelles. Et c’était difficile. Parce que les événements sportifs ont un lourd impact écologique», a-t-il expliqué.­ 

Proulx Goulet a ainsi développé un partenariat avec Voyer. Leur objectif avoué était de démontrer qu’il est possible de présenter des événements sportifs écoresponsables, calqués sur les Éco-Games en Europe.

«L’idée, c’est qu’il y ait un point zéro, une prise de conscience collective de l’enjeu», a résumé Voyer. 

Il y a de l’intérêt dans le milieu

Proulx Goulet et Voyer croient d’ailleurs que les organisateurs ne sont pas réfractaires à ces suggestions écoresponsables — bien au contraire. 

«Je suis agréablement surpris, depuis environ 2016, de la volonté des gens du milieu événementiel, a assuré Proulx Goulet. Et ils ont tous déjà de bonnes initiatives. Sauf qu’ils ne se parlent pas suffisamment, qu’ils ne partagent pas suffisamment leurs initiatives. C’est donc un peu ça l’objectif, qu’on se parle, qu’on s’entraide et qu’on devienne tous meilleurs ensemble.»

Le directeur général du tournoi de la Coupe Banque Nationale (anciennement Rogers), Eugène Lapierre, fera d’ailleurs partie des intervenants qui ont accepté l’invitation du CQEER à participer aux Rencontres éco-sportives.

Il s’agit d’une série de conférences et de panels sur l’impact des événements sportifs sur l’environnement, organisés en ligne à l’heure du midi, du 15 au 24 février prochain.

Signe de l’intérêt du milieu pour l’amélioration des pratiques écoresponsables dans les événements sportifs d’envergure, Proulx Goulet a indiqué qu’il comptait obtenir environ 50 inscriptions pour ces rencontres virtuelles — or, il est maintenant à environ 100 inscriptions. 

«C’est une première pierre. Ce sont les premiers états généraux où on fera le constat de la situation, on se parlera entre nous. Ça ne se réglera pas en deux semaines — on doit se conscientiser, et jeter les bases de quelque chose pour qu’on puisse commencer à s’attaquer tous ensemble à ce grand enjeu-là», a conclu Proulx Goulet.

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Pour plus d’informations, on peut consulter le site internet www.evenementecoresponsable.com.

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