Phénix: le syndicat de la fonction publique dénonce l’absence de plan précis

MONTRÉAL — Au lendemain de l’annonce par Ottawa de son intention d’abandonner le controversé système de paye Phénix, le syndicat représentant les fonctionnaires fédéraux dénonce une fois de plus l’absence de plan précis de la part du gouvernement fédéral pour corriger la situation.

Depuis l’implantation de Phénix il y a deux ans, des employés ont été poussés à la faillite, d’autres ne sont plus capables d’effectuer leurs paiements hypothécaires et certains vivent une détresse émotionnelle intense, rappelle Magali Picard, vice-présidente exécutive régionale de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) pour le Québec.

Plutôt que d’annoncer des mesures concrètes, le ministre des Finances, Bill Morneau, a glissé quelques lignes dans son budget, déposé mardi, annonçant son intention d’abandonner le système de paye Phénix.

Mais avant d’y arriver, Ottawa devra encore engloutir des centaines de millions de dollars dans ce système défaillant, conçu par la firme IBM.

Peu rassurés par cette annonce «timide», des fonctionnaires ont sorti slogans et pancartes, mercredi. Par centaines, ils ont fait entendre leurs voix dans plusieurs villes du pays, soulignant du même coup le «deuxième anniversaire du fiasco Phénix».

En entrevue à La Presse canadienne, Mme Picard s’indigne du manque d’engagement du gouvernement, qui est resté «très vague» en dévoilant «un budget d’apparence».

«Le problème avec le budget, c’est qu’il n’y a absolument aucun plan concret, relève-t-elle. Il n’y a rien pour répondre aux centaines de milliers de travailleurs et travailleuses qui n’ont pas de paye actuellement ou qui ne reçoivent pas les bons montants.»

Certains fonctionnaires n’ont effectivement pas été payés ou n’ont reçu qu’une partie de leur paye, mais d’autres ont reçu des sommes astronomiques dans leur compte — des sommes pouvant aller jusqu’à 100 000 $ dans certains cas. Et c’est sans compter les nombreux retraités qui ont continué à être payés, contre leur gré.

Une situation qui peut sembler emballante à première vue, mais qui est loin d’être réjouissante.

Lorsque ces employés ou retraités ont contacté le gouvernement pour leur faire part de ces erreurs, celui-ci leur aurait demandé d’être patients, puisqu’il souhaitait d’abord régler les cas de fonctionnaires non payés.

Mais lorsqu’Ottawa s’est dit prêt à être remboursé, le gouvernement a plutôt réclamé à ses employés ou retraités les sommes brutes des montants versés en trop, qui se sont accumulés à chaque paye. «On leur demande de rembourser la partie brute qu’ils n’ont jamais eue à défaut de quoi leur salaire sera saisi. C’est inacceptable», s’insurge Mme Picard.

Des situations qui causent un stress énorme sur les fonctionnaires et leurs familles. «On n’a jamais vu les travailleurs de l’État face à une détresse aussi grande que celle-ci», s’attriste-t-elle.

«Les répercussions sont partout», lance Mme Picard, citant au passage la dégradation de la cote de crédit des employés touchés, l’impact sur les allocations familiales versées par le gouvernement, les modifications aux calculs des pensions alimentaires, etc.

«Certains ne sont plus capables de payer leur loyer, leur véhicule, d’autres empruntent pour faire l’épicerie, leur carte de crédit ou leur marge de crédit sont utilisées à pleine capacité», relate-t-elle. Plusieurs fonctionnaires ont d’ailleurs été contraints à déclarer faillite, selon le syndicat.

Pour démontrer son engagement à résoudre concrètement le problème, l’Alliance de la fonction publique du Canada demande au gouvernement de cesser de réclamer aux fonctionnaires qui ont été trop payés de rembourser le montant brut, un montant plus élevé que ce qu’ils ont reçu.

Le syndicat réclame également un dédommagement pour tous les fonctionnaires fédéraux. «Pour ceux qui ont des problèmes avec Phénix et pour tous les autres parce que ce n’est absolument pas normal qu’un travailleur ait peur à chaque paye de ne pas avoir son salaire», fait valoir Mme Picard. Les trois quarts des employés fédéraux auraient eu des démêlés avec Phénix.

Enfin, l’AFPC souhaite qu’Ottawa embauche plus de spécialistes en rémunération et que ceux-ci reçoivent une formation complète pour qu’un seul conseiller puisse régler l’entièreté du dossier d’un fonctionnaire.

Alors, combien de temps faudra-t-il avant que la situation revienne à la normale et qu’un nouveau système soit implanté? «Des années», selon Mme Picard.

Elle espère que d’ici là, la lumière sera faite sur cette saga. «Qui a donné le « go » au gouvernement pour aller de l’avant avec cet outil-là? Comment ça se fait qu’on a acheté Phénix alors que cet outil avait été un fiasco en Australie? Quelle est la responsabilité d’IBM? Quelle est la responsabilité de l’État?» Autant de questions qui restent encore sans réponses pour les contribuables canadiens.