Pierre Poilievre promet une nouvelle loi contre le jargon gouvernemental

OTTAWA, Ill. — Le candidat Pierre Poilievre livre l’une de ses dernières batailles dans la course à la chefferie du Parti conservateur du Canada (PCC). 

La dernière cible de l’autoproclamé défenseur de la liberté d’expression est le jargon utilisé par la bureaucratie fédérale.

Dans une nouvelle vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le favori apparent dans la course à la direction promet de promulguer ce qu’il appelle la «Loi sur le langage clair», qui, selon lui, mettrait fin au jargon gouvernemental, y compris dans les documents législatifs.

M. Poilievre a commencé son annonce en invoquant les mots d’Antoine de Saint-Exupéry, le célèbre auteur français du «Petit Prince», qui a écrit une ligne sur la perfection.

«La perfection est atteinte non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer», a cité M. Poilievre.

«Malheureusement, nos gouvernements ne font rien d’autre qu’ajouter, et ajouter, et ajouter de la paperasse et des formulaires et une bureaucratie sans fin», a-t-il poursuivi.

Selon M. Poilievre, la loi garantirait que les publications gouvernementales soient plutôt rédigées en phrases simples et directes, mais il n’a pas expliqué comment une telle loi fonctionnerait – ni comment le projet de loi lui-même serait rédigé sans utiliser de jargon.

La loi habiliterait également le vérificateur général à analyser les publications gouvernementales pour détecter la présence de jargon administratif, et fournirait aux Canadiens un site web gouvernemental où ils pourraient signaler tout charabia, a-t-il indiqué.

Il a déclaré que la loi obligerait aussi le gouvernement à embaucher des rédacteurs capables d’écrire clairement et à adapter la formation linguistique bilingue des fonctionnaires afin de s’assurer qu’ils apprennent les mots les plus faciles à comprendre.

Une politique de Trudeau en 2016

Quant à savoir pourquoi une telle mesure est nécessaire, M. Poilievre soutient que les documents gouvernementaux, y compris les formulaires, sont inutilement compliqués parce que les fonctionnaires qui les rédigent utilisent un langage trop technique, ce qui crée des obstacles pour les petites entreprises qui doivent les lire.

Tout ce temps passé à essayer de comprendre ce que disent les documents s’additionne, a fait valoir le candidat dans la course à la direction du Parti conservateur.

Le gouvernement fédéral a déjà une politique sur la nature de ses communications, avec des règles stipulant que ses messages doivent être clairs et non partisans. La politique est entrée en vigueur en 2016, au début du mandat du premier ministre Justin Trudeau.

L’ancien président américain Barack Obama a également fait de la simplification du langage une priorité lors de son premier mandat à la Maison-Blanche, en signant le Plain Writing Act en 2010.

L’annonce de M. Poilievre jeudi a déclenché un rare moment d’accord avec Jean Charest, l’ancien premier ministre du Québec que M. Poilievre a fustigé tout au long de la course pour être déconnecté du parti actuel.

Dans une brève déclaration écrite, la porte-parole de M. Charest, Laurence Tôth, a écrit: «Nous saluons cette annonce de politique.»

Tasha Kheiriddin, l’une de ses coprésidentes de campagne, a déclaré que bien qu’elle aime l’idée en principe, elle pense que la promulgation d’une loi visant à simplifier le langage du gouvernement ne ferait qu’augmenter la bureaucratie.

C’est «plus de gouvernement pour simplifier le gouvernement, ce que je trouve une approche étrange de la part de M. Poilievre», a-t-elle déclaré.

Utiliser moins de mots: M. Poilievre semble vouloir en faire une affaire personnelle, car il s’est plaint de l’utilisation du jargon par les politiciens dans un discours prononcé il y a plus de dix ans.

En 2009, alors que l’éminent conservateur n’avait à son actif que cinq ans de mandat au Parlement, il a conseillé les jeunes conservateurs sur la valeur d’apprendre à communiquer comme moyen de faire avancer leur carrière politique.

M. Poilievre, qui figure parmi les politiciens canadiens les plus suivis sur les réseaux sociaux, se plaignait alors du peu de gens sur la colline du Parlement qui savaient écrire et parler d’une manière que les Canadiens ordinaires pouvaient comprendre.

«Ce n’est pas leur responsabilité de déchiffrer un langage excessivement verbeux», a-t-il déclaré à propos des électeurs.

M. Poilievre expliquait à son auditoire en 2009 que la meilleure façon d’apprendre à communiquer clairement était d’écrire pour les journaux — qui prennent des idées complexes et utilisent un langage simple pour les expliquer aux lecteurs — et de frapper aux portes.

L’habileté de M. Poilievre en tant que communicateur est l’une des raisons pour lesquelles ses partisans disent qu’ils le soutiennent. Sa campagne indique qu’elle a vendu plus de 300 000 adhésions et de nombreux conservateurs s’attendent à ce qu’il soit élu le prochain chef du parti le 10 septembre.

Les résultats du vote seront annoncés ce soir-là lors d’un congrès à Ottawa.

Le parti a annoncé jeudi que l’événement mettra en vedette un visage familier en tant que conférencier invité spécial : Peter MacKay.

L’ancien ministre fédéral est un vétéran du mouvement, dit le parti, ayant mené l’ancien Parti progressiste-conservateur fédéral à fusionner avec l’Alliance canadienne en 2003, qui a donné naissance au Parti conservateur du Canada moderne.

M. MacKay a décidé de ne pas se joindre à la course à la direction cette année, affirmant qu’il remboursait toujours les dettes de campagne de la course à la direction de 2020, qu’il avait perdue face à l’ancien chef Erin O’Toole.

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