Pikangikum: «ces gens ne doivent pas être morts en vain», plaide un chef

Un chef régional autochtone de l’Ontario estime que l’incendie qui a fait neuf morts dans une réserve du nord de cette province, mardi soir, devrait pousser Ottawa à améliorer les conditions de vie «dignes du tiers-monde» dans des dizaines de réserves au pays.

Le chef régional Isadore Day estime que ces victimes ne devraient pas être mortes en vain, et qu’il faut agir immédiatement.

Six adultes et trois jeunes enfants, tous de la même famille, sont morts dans l’incendie de leur maison à Pikangikum. Dans une page publiée sur les médias sociaux pour une collecte de fonds, on identifie les victimes comme étant: Gilbert et Annette Strang, leur fils Gilbert et sa femme Sylvia Peters ainsi que leur fille Faith et son mari Dietrich Peters, avec leurs trois enfants — Ireland, quatre ans, Aubree, deux ans, et Amber, huit mois.

On ignore encore la cause de l’incendie mais les enquêtes des coroners sur des drames similaires survenus dans d’autres communautés autochtones ont permis de déterminer des constantes: des maisons complètement délabrées, qui ne répondent pas aux codes du bâtiment actuels, souvent sans eau courante — et sans détecteur de fumée.

Qui plus est, ces petits bungalows hébergent souvent plusieurs générations d’une même famille, ce qui alourdit évidemment le bilan des morts en cas d’incendie.

Et les incendies se propagent rapidement puisque ces communautés sont mal équipées pour lutter contre les flammes. Les enquêtes précédentes ont noté que dans les communautés qui avaient la chance de pouvoir compter sur des camions d’incendie, on ne trouvait pas assez de pompiers volontaires qualifiés pour les utiliser efficacement.

«La plupart de ces maisons sont des pièges mortels», soutient le chef Day, qui estime qu’à Pikangikum, plus de 90 pour cent des maisons n’ont même pas l’eau courante. «Alors, imaginez des bornes-fontaines!…»

Un rapport interne du gouvernement fédéral sur la couverture d’assurance des communautés autochtones, obtenu par La Presse Canadienne grâce à la Loi sur l’accès à l’information, a conclu que près de la moitié des communautés des Premières Nations du pays disposent de peu de protection contre les incendies — voire pas du tout. Elles doivent en fait s’en remettre entièrement à des pompiers volontaires inexpérimentés et inefficaces.

Selon ce rapport, déposé en 2011, le taux d’incidence des incendies dans les communautés autochtones est de 2,4 fois plus élevé que dans le reste du pays. Les Autochtones courent ainsi 10 fois plus de risques de mourir dans l’incendie de leur maison qu’ailleurs au Canada.

Le porte-parole néo-démocrate en matière d’affaires autochtones et du Nord, Charlie Angus, estime que les enquêtes sur les incendies précédents tracent déjà la voie pour des améliorations majeures dans les infrastructures. «Nous ne pouvons plus nous contenter de hausser les épaules devant de telles tragédies ou d’improviser des solutions temporaires. Les condoléances doivent faire place à un engagement concret», a-t-il soutenu jeudi.