Plaidoiries finales au procès de Matthew Raymond, accusé d’un quadruple meurtre au NB

FREDERICTON — La Couronne et la défense ont conclu leurs plaidoiries, lundi, au procès du tueur de Fredericton Matthew Raymond. Les jurés devront bientôt se pencher sur la question au coeur de cette affaire: l’accusé savait-il qu’il tirait sur des êtres humains lorsqu’il a tué quatre personnes il y a deux ans? Ou ne voyait-il dans ses victimes que des démons venus le pourchasser? 

La procureure Darlene Blunston a déclaré au jury, lundi, qu’il y avait eu de la planification et de la prévoyance lorsque M. Raymond a acheté de grandes quantités de munitions, chargé un fusil semi-automatique — qui avait été modifié pour tirer plus de balles — et s’est barricadé dans son appartement de Fredericton avant de commencer à tirer sur des gens dans le stationnement sous sa fenêtre. 

Elle a plaidé que les gestes de M. Raymond avant et après la fusillade du 10 août 2018 étaient incompatibles avec ceux d’une personne mentalement dérangée en proie à des délires apocalyptiques. «Les preuves montrent plutôt que Matthew Raymond comprenait la nature de ses actes et savait qu’ils étaient mauvais», a déclaré Me Blunston. 

M. Raymond, âgé de 50 ans, a plaidé non coupable aux quatre chefs d’accusation de meurtre au premier degré, ses avocats faisant valoir qu’il ne devrait pas être déclaré criminellement responsable en raison d’un trouble mental. La Couronne et la défense ont convenu que M. Raymond est atteint de maladie mentale et qu’il est l’auteur de la fusillade. Le désaccord porte sur la question de savoir si, au moment de la tuerie, il comprenait ce qu’il faisait, savait à qui il faisait du mal et pouvait différencier le bien du mal. 

La fusillade a coûté la vie à Donnie Robichaud et Bobbie Lee Wright, ainsi qu’aux policiers municipaux de Fredericton Robb Costello et Sara Burns. Les deux civils mettaient des bagages dans leur voiture pour un voyage, et les deux policiers ont été abattus lorsqu’ils sont arrivés sur les lieux du crime. La tuerie a bouleversé la paisible capitale du Nouveau-Brunswick, où les crimes violents sont rares. 

Des «croyances fixes et fausses»

L’avocat principal de M. Raymond a plaidé lundi que l’accusé ne devrait pas être tenu criminellement responsable parce que son client croyait vraiment être la cible de démons au moment des faits. Nathan Gorham a déclaré aux jurés que la fusillade était une «tragédie indicible» qui avait coûté la vie à quatre innocents. Mais il a plaidé que M. Raymond ne comprenait pas alors l’impact de ses actes et qu’il était incapable de juger que ses gestes étaient mauvais. 

Me Gorham a présenté au jury des témoignages, des saisies d’écran de l’ordinateur de M. Raymond et des écrits de l’accusé qui illustrent, selon lui, comment ses «croyances fixes et fausses» l’ont conduit dans un monde délirant de démons, de diables et de serpents. 

Il a déclaré que la vie de l’accusé avait été «mise à nu» pour le tribunal, alors que son état mental déclinant avait été retracé de 2017 jusqu’à la fusillade en 2018. Me Gorham a affirmé que M. Raymond était devenu obsédé par d’étranges théories du complot, y compris la croyance que la Terre était plate ou que les zèbres et les vaches noires et blanches n’existaient pas. Il a soutenu que M. Raymond croyait avoir un don divin de détecter les démons au sein de la population et qu’il avait recueilli des photos de politiciens et de célébrités qui, selon lui, appartenaient au royaume des ténèbres. 

Selon Me Gorham, il n’y a «pas d’autre motif pour les meurtres que le fait que M. Raymond croyait être attaqué par des démons». 

Matthew Raymond avait reçu une balle dans l’abdomen pendant l’opération policière pour le capturer le jour de la fusillade. Or, la procureure Blunston a déclaré au jury que les infirmières qui s’occupaient de lui à l’hôpital de Fredericton l’avaient trouvé calme et lucide: peu de temps après avoir repris connaissance, il demandait un avocat. 

Elle a aussi plaidé qu’il y avait trop d’incohérences dans la façon dont Matthew Raymond avait agi pour porter à croire qu’il était délirant et incapable de comprendre le mal qu’il avait fait. 

Le procès reprend mardi matin, avec les directives du juge Larry Landry au jury. 

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