Plomb dans l’eau: Québec va resserrer la norme et impliquer les villes

Québec s’engage à réduire la concentration en plomb présente dans l’eau potable, mais il est difficile de dire quand et comment ce sera fait.

Le gouvernement a été incapable, mercredi, en rendant public son plan d’action sur le plomb dans l’eau, de préciser les objectifs de son projet, de fixer des échéances, d’évaluer les coûts de l’opération, voire d’envisager les résultats escomptés.

Surtout, il a été impossible de savoir si une partie de la population était exposée actuellement à des concentrations trop élevées de plomb dans l’eau potable qu’elle consomme.

Pour marquer l’importance de l’enjeu, trois ministres s’étaient pourtant déplacés pour la conférence de presse (Benoit Charette, Environnement, Lionel Carmant, Délégué à la Santé, et Andrée Laforest, Affaires municipales), accompagnés du directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda, alors que les médias ont rapporté ces derniers mois les résultats d’études démontrant des concentrations trop élevées de plomb dans les fontaines installées dans les écoles.

Tous ont livré à répétition le même message rassurant: l’eau potable consommée au Québec est d’excellente qualité.

«Il ne faut pas penser qu’en buvant de l’eau on se met en danger», a commenté M. Arruda.

Mais, du même souffle, tous voulaient aussi passer le message que la teneur en plomb dans l’eau était trop élevée et qu’il fallait s’attaquer à ce problème.

Québec va donc se conformer à la norme recommandée par Santé Canada et adopter un règlement visant à faire passer de 10 microgrammes à 5 microgrammes la teneur maximale en plomb jugée acceptable par litre d’eau potable. Les normes d’échantillonnage seront aussi resserrées.

Le ministre responsable, Benoit Charette, n’a pas pu dire quand ce serait fait ni comment ce serait appliqué.

Le problème d’une possible concentration trop élevée de plomb dans l’eau serait observable dans la tuyauterie de raccordement de certaines résidences au réseau de distribution de leur municipalité. On vise les habitations construites avant 1980.

La ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, demande donc aux municipalités de se doter d’un plan d’action qui visera à identifier les secteurs de leur ville où l’entrée de service des résidences peut poser problème.

Elle ne fixe cependant pas d’échéance aux villes pour s’exécuter et déposer leur plan d’action, ni pour effectuer les travaux de remplacement des conduits contenant du plomb, le cas échéant.

«Le plus tôt possible», a dit la ministre, cherchant à «laisser le temps aux municipalités».

«Ça ne peut pas se faire du jour au lendemain», a renchéri le ministre Benoit Charette, «ne serait-ce qu’au niveau des analyses de l’eau».

Car l’analyse des échantillons ne peut se faire qu’en été, a-t-il fait valoir.

Au total, l’opération pourrait nécessiter plusieurs années.

La ministre Laforest n’était pas davantage en mesure d’évaluer combien de municipalités pouvaient être touchées.

Le partage de la facture, qui pourrait s’annoncer salée, demeure tout aussi en eaux troubles. Tant pour les propriétaires de ces résidences aux prises avec des canalisations problématiques, tout comme pour les municipalités visées et l’ensemble des contribuables, le coût de l’opération demeure tout aussi inconnu et imprévisible.

La ministre Laforest est demeurée vague sur ce point, faisant valoir qu’il existait déjà des programmes d’aide pour éponger une partie des coûts que devront éventuellement acquitter les villes pour moderniser leurs infrastructures d’aqueducs.

Le montant de la facture, «on ne peut pas vous le déterminer aujourd’hui», a convenu Mme Laforest.

Mesures préventives

Pour justifier son plan d’action, tout en affirmant qu’il n’y avait aucun problème à consommer l’eau du robinet, le ministre Lionel Carmant a dit que le gouvernement avait une approche de prévention, pour protéger les populations plus vulnérables, comme les femmes enceintes et les enfants.

M. Carmant recommande donc aux personnes visées de prendre une série de précautions.

Ainsi, les gens qui habitent dans les secteurs qui seront identifiés comme problématiques devraient «faire couler l’eau au moins une minute» avant de la boire, surtout «le matin quand ils se réveillent, et au retour après le travail, quand l’eau a stagné un certain temps» dans les tuyaux.

Ils devraient aussi «cuisiner en utilisant de l’eau froide», puis changer régulièrement le tamis du robinet et «enlever les dépôts de plomb».

Les plus populaires