Plusieurs Afro-Canadiens ont servi au cours des deux Guerres mondiales

OTTAWA — Quand on s’interroge sur l’expérience des soldats noirs dans l’armée canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale, le nom d’Allan Bundy doit venir à la surface.

Il était l’un des nombreux Canadiens noirs qui ont dû surmonter la discrimination et le racisme pour se battre pendant la Seconde Guerre mondiale, raconte l’historien du Musée canadien de la guerre, Andrew Burtch.

Son histoire met également en lumière la longue présence du racisme dans l’armée.

Allan Bundy n’était âgé que de 19 ans quand lui et un ami blanc nommé Soupy Campbell se sont rendus au centre de recrutement d’Halifax pour s’engager dans l’Aviation royale canadienne à titre de pilotes, peu de temps après le début de la Seconde Guerre mondiale.

Mais, seul M. Campbell a été admis. Son ami a eu l’impression que sa candidature avait été rejetée à cause des attitudes racistes du recruteur. De tels incidents étaient courants pendant la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle le propre père de M. Bundy avait servi dans la seule unité entièrement noire du Canada, le 2e Bataillon de construction.

M. Bundy ne savait pas à l’époque, mais l’Aviation royale et la Marine refusaient de recruter des Afro-Canadiens ou des Asiatiques, sauf pour les emplois les plus modestes. Cette discrimination n’a jamais été publique, mais la plupart des emplois ne pouvaient être attribués qu’à des sujets britanniques de race blanche ou de «pure ascendance européenne».

Lorsque la conscription a été imposée quelques années plus tard, l’Armée canadienne a appelé M. Bundy. Celui-ci désirait toujours s’engager comme pilote. Il l’a dit à l’agent de la GRC qui s’est rendu chez lui pour lui demander pourquoi il n’avait pas répondu à la convocation de l’armée.

«Je lui ai dit que j’étais allé m’engager dans l’armée de l’air en 1939 et que si la balle qui me tue n’est pas assez bonne pour l’armée de l’air, alors elle n’est pas non plus assez bonne pour l’armée, arrêtez-moi», racontera M. Bundy.

Peu de temps après, il est retourné au centre de recrutement. Mais cette fois-là, en raison d’un manque de pilotes et de membres d’équipage qualifiés, l’ARC avait commencé à ouvrir ses portes aux Noirs canadiens et à d’autres membres des minorités visibles.

Même après avoir été recruté et formé, M. Bundy a été confronté à une nouvelle forme de racisme: aucun des navigateurs blancs ne voulait servir sur son Bristol Beaufighter.

Heureusement pour lui, un sergent du nom Elwood Cecil Wright s’est porté volontaire. M. Bundy a pu alors devenir le premier Canadien noir à effectuer une mission de combat pendant la guerre.

Au cours de leur première mission, les deux hommes ont coulé une paire de navires ennemis au large des côtes norvégiennes. Ils réaliseront 42 autres missions ensemble avant la fin de la guerre et M. Bundy rentra chez lui à Halifax.

Le Musée canadien de la guerre attribue à M. Bundy et à des dizaines d’autres Canadiens noirs qui ont servi dans l’ARC pendant la Seconde Guerre mondiale le mérite d’avoir contribué à «changer les attitudes envers les minorités visibles dans l’armée et dans la société canadienne».

Kathy Grant est la fondatrice du Legacy Voices Project, un groupe qui cherche à faire connaître la contribution des Noirs qui ont servi pendant les deux guerres mondiales. L’un d’entre eux était le père de Mme Grant, Owen Rowe, qui avait quitté la Barbarde pour se porter volontaire au sein de l’armée canadienne. C’est lui qui lui avait demandé de lancer un projet commémoratif.

Selon elle, la guerre a aidé à ouvrir la voie à davantage de droits et de libertés pour les Canadiens noirs.

Certains, comme Lincoln Alexander, qui est devenu lieutenant-général de l’Ontario, ont pu profiter des bénéfices offerts par Ottawa aux anciens combattants. Beaucoup se sont également sentis habilités à lutter pour leurs droits et ont trouvé des alliés parmi d’anciens camarades d’armes blancs.

«Ils voulaient que les choses changent, dit Mme Grant. Ils s’indignaient du fait qu’on leur refusait leurs droits après qu’ils aient fait le sacrifice de leur vie. C’était un grand changement l’ensemble du Canada.»

L’ironie que ces Canadiens noirs et asiatiques ont été victimes de discrimination à une période où le pays combattait le fascisme et l’intolérance à l’étranger n’a pas été perdue pour les historiens, au fil des ans.

Le ministère des Anciens Combattants n’a pas de documents officiels sur le nombre de Canadiens noirs qui ont servi pendant les deux guerres mondiales, bien qu’il estime qu’environ 2600 ont servi pendant la Grande Guerre et plusieurs milliers d’autres pendant celle qui a suivi.

Selon le ministère, ces soldats sont rentrés chez eux «avec une conscience accrue de la valeur de la liberté et du droit d’être traités sur un pied d’égalité».

Ce combat se poursuit dans certaines parties des Forces armées canadiennes aujourd’hui.

Les hauts responsables de la défense ont présenté des excuses cet été pour leur lenteur à répondre aux questions sur le racisme systémique dans l’armée quand le mouvement Black Lives prenait de l’ampleur. Ils ont promis d’agir.

Ils ont également établi une série d’ordonnances destinées à lutter contre la haine dans les rangs après plusieurs incidents très médiatisés impliquant des membres du service associés à des groupes extrémistes.

L’armée a également fait des progrès dans le recrutement d’un plus grand nombre de minorités visibles dans le cadre d’une volonté de se diversifier.

Environ 9,2% des membres des Forces armées canadiennes appartenaient à des minorités visibles en janvier, comparativement à 7,4% trois ans plus tôt. L’objectif des Forces est de compter une proportion de 11,8% de personnes provenant des minorités visibles en uniforme. Elles ont également des objectifs de représentation féminine et autochtone.

Mme Grant déplore que les histoires des Canadiens noirs dans l’armée ne soient pas bien connues, mais dit que l’attention a été plus grande ces dernières années.

«Il y a tellement de négativité envers les membres de notre communauté, dit-elle. Il y a tellement d’histoires d’hommes qui ont atteint de grands sommets après avoir servi. Il faut partager ces histoires. Souvent, on ne voit pas beaucoup de membres de notre communauté en vedette le jour du Souvenir. Cela commence à changer.»

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