Pointé du doigt pour une éclosion, un médecin réclame une enquête

Après des mois de harcèlement et de remarques racistes, un médecin au centre d’une controverse sur la COVID-19 qui a secoué le Nouveau-Brunswick affirme que sa vie a complètement changé.

Le Dr Jean Robert Ngola, un médecin d’origine congolaise, dit que les allégations voulant qu’il ait le «patient zéro» d’une éclosion l’ont placé sous des projecteurs inconfortables.

«Depuis mai, tout a changé dans ma vie», lance-t-il.

Le Dr Ngola demande que le Nouveau-Brunswick enquête sur son cas afin de s’assurer que personne d’autre ne subira un sort similaire

Le 27 mai, à la suite d’une éclosion à Campbellton, au Nouveau-Brunswick, le premier ministre Blaine Higgs avait condamné un travail de la santé «irresponsable». L’affaire avait été confiée à la GRC. Quarante personnes avaient été atteintes par le coronavirus. L’éclosion avait entraîné deux décès.

Des fuites ont ensuite révélé que le Dr Ngola, un médecin de famille qui travaillait au Nouveau-Brunswick à cette époque, était le principal suspect. Les médias sociaux avaient divulgué que l’homme avait été déclaré positif à la COVID-19.

Le Dr Ngola dit avoir dû subir du harcèlement et des railleries racistes, en ligne et en personne, après que l’enquête eut révélé qu’il s’était rendu au Québec.

Avant de subir un test, il s’était rendu à Montréal pour aller chercher sa fille pendant que la mère se rendait en Afrique assister à des funérailles.

Sur le chemin du retour au Nouveau-Brunswick, il a rencontré deux collègues dans la région de Trois-Rivières, a indiqué son avocat Joël Étienne. Le Dr Ngola ne s’est pas placé en isolement à son arrivée, contrairement aux directives provinciales, mais le médecin a dit que cela était conforme à la pratique d’autres médecins de son hôpital.

Le Dr Ngola a été suspendu. Il a ensuite dû déconnecter son téléphone des gens qui le harcelaient et lui disaient de «retourner en Afrique» et de le traiter de «réfugié».

Même s’il avait déjà prévu de venir s’installer au Québec, il a dû hâter son départ parce qu’il ne sentait plus en sécurité à Campbellton.

«J’étais l’un des bons médecins, je pense, dans cette petite ville. Tout le monde me connaissait à Campbellton, dit-il. Mais dans ma propre ville, je ne pouvais plus travailler. Même maintenant, je ne peux pas aller chez moi.»

Le Dr Ngola s’est dit réconforté par la lettre d’appui que lui ont récemment envoyée des collègues de partout au pays. C’est un signe qu’il «n’est pas seul», souligne-t-il. Si la GRC a abandonné son enquête, le médecin fait toujours face à une accusation d’avoir contrevenu à la Loi sur les mesures d’urgence du Nouveau-Brunswick. Il devrait comparaître le 26 octobre.

«C’était tellement émouvant, reconnaît le Dr Ngola en parlant de la lettre. J’ai pleuré.»

La lettre était une initiative de Danusha Foster, une médecin de famille de l’Ontario qui estime que le Dr Ngola a été la cible d’«attaques injustes.»

La Dre Foster a utilisé les réseaux sociaux pour convaincre des centaines de collègues de signer la lettre. Il s’agissait d’une manifestation privée de soutien. Les autres signataires n’ont pas accepté que leur nom soit dévoilé.

Aujourd’hui, Me Étienne et ses associés demandent une enquête sur le traitement du cas du Dr Ngola. Après son premier test positif, le médecin a reçu trois diagnostics négatifs, indiquant peut-être un faux positif, fait valoir son équipe, ce qui l’empêcherait d’avoir déclenché une éclosion.

Ses avocats affirment que la province a failli à ses responsabilités de protéger la vie privée du Dr Ngola et d’effectuer une recherche des contacts appropriée pour l’éclosion de Campbellton.

Selon le Dr Ngola, une enquête est nécessaire pour protéger d’autres personnes qui pourraient se trouver dans des circonstances similaires au cours de la pandémie.

«Nous devons savoir ce qui s’est passé pour empêcher [cette situation] à l’avenir, car la discrimination n’est ni tolérable ni acceptable au Canada», formule-t-il.

Au Québec

Le médecin pratique maintenant à Louiseville, en Mauricie, et l’hostilité qu’il a affrontée à Campbellton a été remplacée par un accueil chaleureux

Yvon Deshaies, le maire de la ville, dit que ces concitoyens qui ont rencontré le Dr. Ngola à la clinique d’urgence locale sont heureux de l’avoir dans la région.

M. Deshaies dit qu’il n’est pas toujours facile d’attirer des médecins dans de plus petites villes comme la sienne, alors la perte du Nouveau-Brunswick est un gain pour sa région.

«Il est venu ici et j’en suis content, constate M. Deshaies. Les gens qui ont eu la chance de le rencontrer sont satisfaits du Dr Ngola.»

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