«Portrait» de l’économie: Ottawa prévoit un déficit record de 343,2 milliards $

Ottawa prévoit que le déficit fédéral sera de 343,2 milliards $ pour l’année financière 2020-2021.

C’est ce qui ressort du «portrait» de l’économie et des finances publiques présenté par le ministre des Finances, Bill Morneau, mercredi après-midi.

Il s’agit du déficit le plus important de l’histoire du Canada. Ce chiffre est largement dû aux programmes gouvernementaux pour aider les particuliers et les entreprises à traverser la pandémie de COVID-19.

S’exprimant devant les médias, mercredi après-midi, le ministre Morneau s’est dit bien conscient de l’ampleur du déficit associé à son nom, mais n’a pas semblé être déstabilisé face à ce constat.

«C’était quoi l’autre choix?» a répliqué le grand argentier du pays en réponse à un journaliste qui le questionnait à ce sujet.

«Nous sommes vraiment dans une situation extraordinaire où c’est absolument nécessaire de protéger les gens, de protéger les emplois pour l’avenir de notre pays. Nous avons fait les investissements parce que c’était nécessaire et de cette façon, on va avoir une économie dans l’avenir pour nous et pour nos enfants», a-t-il insisté.

Le «portrait» économique prévoit 212 milliards $ en soutien direct aux travailleurs et aux entreprises, 19 milliards $ en soutien pour la santé et la sécurité des Canadiens et 85 milliards $ sous forme de reports de paiements d’impôts, de taxes et de droits de douane.

Le ministre Morneau a confirmé que le gouvernement compte accélérer la transition de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) vers la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC), pour ceux qui auront des emplois, et le retour vers l’assurance-emploi, pour ceux qui n’en auront pas.

«La PCU va diminuer, la subvention salariale va augmenter en importance et le système d’assurance-emploi va recommencer», a-t-il résumé.

Dans son document, le gouvernement fédéral prévoit qu’il n’en coûtera pas plus de 80 milliards $ pour la PCU, qui offre 500 $ par semaine aux personnes ayant perdu leur revenu dû à la COVID-19. Le programme a récemment été prolongé, passant de 16 à 24 semaines pour les prestataires.

En date du 28 juin, plus de 53 milliards $ avaient été versés en PCU à quelque 8,16 millions de particuliers.

La subvention salariale, en comparaison, a été beaucoup moins populaire. Les plus récents chiffres font état de 18 milliards $ versés dans le cadre de ce programme, alors que le gouvernement fédéral prévoit verser 82,3 milliards $ aux employeurs admissibles, selon son «portrait» dévoilé mercredi.

M. Morneau a dit qu’un employé sur quatre du secteur privé bénéficie de la subvention salariale et se dit convaincu que ce chiffre sera appelé à augmenter avec des «changements» qui seront annoncés dans les prochains jours.

Ce portrait dévoilé mercredi était le premier aperçu des finances publiques depuis la mise à jour économique et budgétaire de 2019. Le ministre des Finances ne s’est pas engagé à déposer un budget en bonne et due forme cette année, estimant la situation trop fluide.

Il a cependant écarté l’option de l’austérité pour contrôler l’ampleur du déficit.

«Notre approche va être des investissements dans l’avenir et pas les coupures et pas les changements dans notre système d’impôts. Vraiment, c’est le temps de considérer comment on peut assurer un niveau de croissance», a-t-il dit.

Réactions

«On ne s’attendait pas à grand-chose, mais le gouvernement a réussi à nous décevoir», a réagi Gabriel Ste-Marie, porte-parole du Bloc québécois en matière de finances, après le dépôt du document de 186 pages.

Comme les autres partis d’opposition, les bloquistes espéraient que le gouvernement fédéral présente un plan plus précis pour la relance de l’économie notamment et qu’il partage ses plans dans l’éventualité où il modifierait les programmes d’aide existants.

«Comme on dit, le diable est dans les détails. Nous, ce qu’on veut, c’est que les gens qui ne peuvent pas travailler à cause de la pandémie aient un soutien (…), mais en même temps, on veut un incitatif au retour à l’emploi», a lancé M. Ste-Marie.

«Le « portrait » présenté aujourd’hui indique clairement que Justin Trudeau n’a aucun plan pour aider les Canadiens à retourner travailler ou pour relancer notre économie», a réagi Andrew Scheer, chef du Parti conservateur, mercredi après-midi.

M. Scheer estime que les libéraux auraient dû offrir, comme le proposent les conservateurs, une «prime de retour au travail». Les bloquistes sont aussi en faveur de cette idée qui consisterait à retenir 50 sous de la PCU pour chaque dollar gagné au travail au-delà de 1000 $.

Il s’agit d’une demande maintes fois répétée par le monde des affaires, qui considère que la PCU dans sa forme actuelle représente un frein à la reprise économique.

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) considère qu’il est primordial de revoir les critères entourant l’admissibilité à la PCU et la PCUE pour étudiants et se dit toujours en attente des nouveaux critères d’admissibilité entourant la subvention salariale pour entreprises.

«Nous comprenons qu’il s’agit d’une crise exceptionnelle qui nécessite des dépenses publiques colossales pour passer au travers de cette crise et être en mesure de rebondir. Maintenant, il faut s’assurer de prendre les mesures nécessaires à la relance économique», a déclaré Charles Milliard, président-directeur général de la FCCQ.

Les néo-démocrates auraient plutôt aimé voir dans ce «portrait» de l’économie un engagement à lutter contre l’évasion fiscale et une taxe imposée aux plus riches pour générer plus de revenus à l’État.

Peter Julian, porte-parole néo-démocrate en matière de finances, a aussi déploré que l’aide promise aux personnes handicapées n’ait pas encore vu le jour, malgré des promesses en ce sens. La mesure figure d’ailleurs dans le document du gouvernement fédéral.

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), de son côté, a salué les mesures prises jusqu’à maintenant, mais a rappelé qu’elles n’ont pas «une durée de vie illimitée».

«La crise sociale a montré que notre filet social n’est pas suffisant pour soutenir les plus démunis de la société. Il est grand temps de réfléchir à la question du soutien du revenu lorsque la Prestation canadienne d’urgence et la Subvention salariale d’urgence du Canada prendront fin», a fait valoir le secrétaire général de la FTQ, Denis Bolduc.

Le porte-parole de la Fédération canadienne des contribuables, Aaron Wudrick, a pour sa part dit sur les réseaux sociaux que son organisation devra se trouver un nouveau compteur pour calculer la dette fédérale, qui dépassera les 1000 milliards $ dans la prochaine année, puisque sa machine ne peut pas afficher autant de chiffres.

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