Pour les militants transgenres, l’élection est source d’espoir et de crainte

La violence dont continuent à faire l’objet les personnes trans ajoute aussi à la nervosité de ceux qui défendent leurs droits.

Les militants transgenres sont tiraillés entre crainte et espoir à l’approche du scrutin du 3 novembre.

S’ils souhaitent la défaite du président Donald Trump, ils craignent aussi que son administration n’obtienne un nouveau mandat de quatre ans pendant lequel ils continueront à faire les frais de politiques hostiles.

«Les enjeux sont extrêmement élevés, a dit Shannon Minter, une avocate transgenre du National Center for Lesbian Rights. Il paraît évident que le président Trump compte utiliser toute la puissance de la présidence et de la branche exécutive pour infliger le plus de dommages possible à la communauté transgenre.»

Parmi les décisions de l’administration Trump décriées par les militants, on compte:

— Une interdiction presque totale du service militaire par les personnes trans

— L’appui de l’administration aux efforts pour interdire l’accès des filles trans aux sports scolaires féminins dans certains États, notamment dans l’Idaho et au Connecticut

— L’élimination proposée des protections antidiscrimination des personnes trans dans les abris pour itinérants et dans les écoles

La violence dont continuent à faire l’objet les personnes trans ajoute aussi à la nervosité de ceux qui défendent leurs droits.

On recense cette année les morts violentes d’au moins 33 personnes trans ou dont le genre est non conforme aux États-Unis, selon la Human Rights Campaign, une organisation LGBTQ nationale. C’est le bilan le plus lourd depuis que l’organisation a commencé à compiler des chiffres, en 2013.

Le 16 octobre, le rival démocrate du président Trump, l’ancien vice-président Joe Biden, a publié ce que la Human Rights Campaign considère être sa position la plus solide en appui à la communauté trans. Il a dénoncé la violence contre les personnes trans et lancé que M. Trump et son vice-président Mike Pence «ont alimenté les flammes de la transphobie».

La Maison-Blanche a refusé, dans un échange de courriel, de commenter les propos de M. Biden.

«On dirait que chaque jour nous devrons affronter de nouvelles horreurs au sujet de l’avenir et des types d’attaques dont nous faisons l’objet», a déploré Chase Strangio, un des responsables des questions trans au sein de l’American Civil Liberties Union.

Même s’il s’inquiète des conséquences possibles d’un deuxième mandat Trump, M. Strangio est encouragé par un jugement de la Cour suprême en juin, à 6 contre 3, confirmant que les gais, lesbiennes et personnes trans sont protégées de la discrimination par le Civil Rights Act de 1964.

La plaignante dans cette affaire, Aimee Stephens, avait été virée de son emploi dans un salon funéraire de Détroit après que son employeur eut appris qu’elle était trans.

M. Strangio est toutefois préoccupé par la nomination de plus de 200 juges fédéraux par M. Trump, et par la confirmation possible de la juge conservatrice Amy Coney Barrett à la Cour suprême. Il y voit l’émergence d’un appareil judiciaire peu sympathique aux droits de la communauté trans.

«Si Trump perd, j’espère voir des agences fédérales renverser plusieurs des politiques antitrans de son administration, a-t-il dit. Mais on peut aussi s’attendre à devoir défendre devant des juges de plus en plus hostiles des politiques favorables aux personnes trans.»

Le dernier droit avant l’élection est source d’excitation et d’appréhension pour la militante trans Sarah McBride, une porte-parole de la Human Rights Campaign depuis plusieurs années qui brigue un siège au Sénat du Delaware.

Elle a facilement remporté la primaire démocrate dans son district de la région de Wilmington et devrait devenir la première personne trans membre de n’importe quel Sénat étatique aux États-Unis.

Mme McBride est liée de longue date à la famille politique la plus connue du Delaware. Elle a été membre des campagnes de feu Beau Biden pour le poste de procureur général. Le père de Beau, Joe Biden, a écrit la préface de son autobiographie.

«Je suis très au fait du contraste entre le président que nous pourrions avoir (M. Biden) et le président que nous avons en ce moment, a dit Mme McBride. Jamais dans le combat pour l’égalité des personnes trans n’y a-t-il eu de moment empreint d’autant de potentiel et d’autant de risque.»

Kris Hayashi, le patron de l’organisation californienne Transgender Law Center, anticipe plus de boulot pour les militants trans au niveau des États, même si une victoire de M. Biden devait se traduire par des politiques plus favorables à la communauté trans.

«On verra probablement des législatures continuer à adopter — et même accentuer — les politiques Trump au niveau étatique, avec plus de lois pour interdire aux personnes trans l’accès aux sports, aux soins médicaux ou aux installations publiques», a-t-il indiqué dans un courriel.

Une telle loi adoptée dans l’Idaho interdirait aux athlètes trans qui s’identifient comme une femme d’être membres d’équipes féminines commanditées par les écoles, les collèges et les universités publics.

L’American Civil Liberties Union a contesté la loi devant les tribunaux au mois d’avril. Un juge fédéral en a bloqué l’application pendant que la cause est entendue.

Le juge David Nye a expliqué que l’interdiction imposée aux athlètes trans «contraste fortement avec les politiques des organisations athlétiques d’élite qui régissent le sport aussi bien nationalement qu’internationalement».

Shannon Minter, l’avocate du National Center for Lesbian Rights, a fait remarquer que le juge Nye a été nommé par M. Trump, et elle a souligné la «décision incroyablement positive et réfléchie» du juge.

«Ça a été un rappel puissant que même les juges conservateurs, et par extension les gens en général, tiennent à la justice et à l’inclusion», a-t-elle dit.

L’administration Trump est intervenue en appui à la loi de l’Idaho, le département de la Justice faisant valoir qu’elle ne contrevenait pas à la Constitution des États-Unis. L’administration y est allée d’une intervention similaire en mars, lors d’une poursuite fédérale au Connecticut.

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