Pour un discours sur le corps axé sur la fonction plutôt que l’apparence

MONTRÉAL — De plus en plus de voix s’élèvent contre la pression d’avoir un corps parfait et contre les images corporelles irréalistes qui circulent sur les réseaux sociaux. 

D’ailleurs, une enquête de Léger réalisée au Québec pour l’organisme ÉquiLibre révèle que 69% des répondants estiment qu’il «y a trop de commentaires sur le poids et l’apparence des gens sur les réseaux sociaux» et 58% que les médias parlent trop de poids.

«Cette lassitude face au discours sur le poids démontre bien l’évolution des mentalités et la sensibilisation des gens aux méfaits de la culture des diètes», se réjouit Andrée-Ann Dufour-Bouchard, nutritionniste et porte-parole d’ÉquiLibre.

«En même temps, ce n’est pas la faute aux réseaux sociaux en tant que tel, nuance Mickaël Bergeron, journaliste et auteur. Autant qu’ils sont un problème en servant de propagateur pour des normes sociales comme le poids idéal, autant c’est une plateforme qui peut servir à les déconstruire.»

En réaction au culte de la minceur s’est imposé le mouvement de la positivité du corps, il y a de cela quelques années. «Ça visait surtout à démontrer la diversité corporelle et à promouvoir l’amour de son corps, explique Mme Dufour-Bouchard. Mais ça entretenait l’idée que le corps doit être trouvé beau, que celui-ci doit être aimé; c’est un objectif qui peut être difficile à atteindre pour certaines personnes.»

«Il y a une vague commune vers la bienveillance envers soi, envers l’autocompassion, ça fait tellement du bien c’est rafraîchissant! s’exclame la blogueuse bromontoise Karine Nadeau, qui a souffert de troubles de compulsivité alimentaire pendant vingt ans. On peut tellement être bien dans notre corps dans notre tête. La beauté, ça se joue pas juste par le physique.»

Un nouveau discours a donc émergé plus récemment, celui-là en lien avec la fonctionnalité du corps, préférée à son apparence. «La réponse à la positivité du corps est la neutralité corporelle, où on reconnaît plutôt que notre corps est capable d’accomplir plusieurs choses. Bref, on aime ce qu’il nous permet de faire plutôt que ce dont il a l’air», résume Mme Dufour-Bouchard.

«Cette manière de percevoir notre corps peut nous encourager différemment à prendre soin de lui dans une optique différente que de vouloir changer sa silhouette, ajoute-t-elle. Ainsi, on va être moins porté à restreindre le nombre de calories qu’on ingère, mais à vouloir mieux manger; on va vouloir faire de l’exercice non pas pour maigrir, mais pour être plus en forme, par exemple.»

La formule gagnante, oui de se trouver beau comme on est, mais en même temps, t’es capable d’aimer ton corps sans être capable d’aimer toutes les parties de ton corps, convient Karine Nadeau. Mon corps m’a offert deux enfants; je l’apprécie aujourd’hui. Mes bras, je les aime pas, mais en même temps, grâce à eux je peux jouer de la guitare, prendre mes enfants dans mes bras, serrer les gens que j’aime.»

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Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière de la Bourse de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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