Gestion de la pandémie en CHSLD: Rapport accablant de la commissaire à la santé.

QUÉBEC — Le gouvernement Legault a failli à la tâche durant la première vague de la pandémie de COVID-19 au moment de gérer la crise survenue dans les centres d’hébergement de personnes âgées, selon la commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay.

L’effet conjugué de plusieurs facteurs a provoqué une crise sans précédent dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), de même que dans les résidences privées: l’absence de stratégie globale visant à offrir une qualité uniforme de soins, la désorganisation générale des soins et services dispensés aux aînés et le manque d’information rendue accessible aux gestionnaires pour qu’ils puissent prendre les bonnes décisions, au bon moment.

En 2020, durant les premiers mois de la pandémie, soit de mars à août, pas moins de 5157 personnes âgées vivant en centre d’hébergement sont décédées, soit 90% du total des décès reliés à la COVID survenus au Québec, rappelle la commissaire, dans un rapport accablant, qui braque un projecteur sur d’importantes lacunes observées dans l’organisation des soins ayant mené à l’hécatombe survenue durant cette période, une hécatombe qui aurait pu être évitée, selon elle.

«Il s’agit probablement de l’une des pires crises que le Québec moderne ait jamais connues, sinon la plus grave d’entre toutes», conclut Mme Castonguay dans son mot de présentation.

Le rapport publié jeudi, comptant une cinquantaine de pages, est un rapport préliminaire, dressant principalement une série de constats sur ce qui s’est produit alors. Le rapport final, qui formulera des recommandations au gouvernement, est attendu d’ici la fin de l’année.

Une suite d’«occasions manquées»

C’est en août 2020 que le gouvernement avait confié à la commissaire le mandat d’évaluer la performance du gouvernement et du réseau de la santé, en regard de la crise ayant frappé plus particulièrement les centres d’hébergement pour ainés.

Pour mener à bien sa tâche, la commissaire a voulu entendre les acteurs du réseau de la santé ayant vécu la situation de l’intérieur. Selon les résultats d’une consultation menée auprès d’une centaine d’entre eux, il appert que selon eux «la gestion de la première vague de la pandémie a porté une atteinte importante à la dignité et à l’intégrité des personnes âgées, en raison d’une aggravation de leur santé physique et psychologique».

La commissaire en conclut qu’on a pu assister à une suite d’«occasions manquées de prendre de bonnes décisions» aux moments cruciaux, et elle ajoute que les conséquences de tous ces rendez-vous ratés ont été «excessivement graves».

Elle rappelle notamment qu’au cours des 20 dernières années, donc sous plusieurs gouvernements, de nombreux rapports ont été produits sur les lacunes dans la gestion des services offerts en centre d’hébergement, mais que peu ont fait l’objet d’un suivi ou de correctifs. Les problèmes étaient donc connus depuis longtemps «et la crise les a exacerbés», note-t-elle, estimant que la responsabilité du fiasco devait être «collective».

Hier comme aujourd’hui, «la gouvernance des soins et des services de longue durée n’a fait l’objet que de peu d’attention dans les grandes préoccupations des gouvernements successifs. On observe aussi qu’aucun mécanisme n’a été prévu afin d’assurer la capacité de l’État à financer à long terme les soins et les services de longue durée», déplore-t-elle.

Notamment, la création des CISSS et des CIUSSS, orchestrée par l’ancien gouvernement libéral, n’a rien fait pour améliorer la situation, selon elle, se disant convaincue que «l’intégration des soins et des services, ainsi que l’amélioration des systèmes d’information, n’ont pas généré les résultats espérés».

Proposer des solutions

Chose certaine, les gestionnaires du réseau étaient mal outillés pour accomplir leur mission. «L’absence ou le manque d’informations a nui à une gestion efficace de la crise», qu’il s’agisse par exemple de gérer les horaires des employés, ou d’avoir l’heure juste sur les réserves et les besoins d’équipements de protection individuelle du personnel soignant.

D’ici la fin des travaux, la commissaire dit vouloir comprendre pourquoi le Québec n’a pas su mieux protéger les aînés vulnérables au plus fort de la pandémie. Elle s’engage à proposer des solutions au gouvernement pour éviter qu’une telle situation se reproduise. «J’avais alors, et j’ai toujours, la ferme volonté de comprendre pourquoi notre système n’était pas prêt à faire face à cette première vague. Je souhaitais aussi découvrir ce qui a empêché la mise en place de changements qui auraient pu sauver des vies afin d’être en mesure de proposer des solutions permettant de mieux répondre aux besoins de nos ainés.»

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a réagi par communiqué, en affirmant que déjà «plusieurs éléments contenus dans ce rapport ont été mis en œuvre dans la gestion des 2e et 3e vagues de la pandémie».

Depuis des mois, les partis d’opposition réclament du gouvernement une véritable enquête publique indépendante pour faire toute la lumière sur la crise survenue dans les CHSLD, jugeant que Mme Castonguay n’avait peut-être pas les coudées franches pour aller au fond des choses. 

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