Préposés pas assez payés, selon Legault: «ça va nous donner du gaz», dit le SQEES

MONTRÉAL — La déclaration du premier ministre François Legault, lundi, quant au fait que même à 17 $ l’heure, les préposés aux bénéficiaires ne sont pas suffisamment payés dans le privé a été une musique aux oreilles de la présidente du SQEES, Sylvie Nelson.

Le Syndicat québécois des employés de service, affilié à la FTQ, est le principal syndicat de préposés aux bénéficiaires dans le secteur privé. Il en représente 10 000 dans le privé et 6000 dans le public, notamment ceux des résidences Herron à Dorval et Floralies à LaSalle, dont il a été question récemment dans la crise du coronavirus.

Ce sont ses membres qui travaillent à 13 $ ou 14 $ l’heure dans des résidences privées pour personnes âgées.

Dans le cadre de la crise du coronavirus, le gouvernement Legault leur a accordé une prime temporaire de 4 $ l’heure, ce qui porte leur rémunération à 17 $ l’heure durant la crise.

Or, dans son allocution quotidienne sur la situation du coronavirus au Québec, lundi, spontanément, le premier ministre a affirmé que même à 17 $ l’heure, ceux-ci ne sont pas encore assez payés pour les tâches qu’ils font auprès des aînés. Il a aussi évoqué le problème de pénurie.

«Ça fait longtemps qu’on le dit», s’est exclamée Mme Nelson en entrevue. Mais entendre le premier ministre le dire lui-même, «ça va nous donner du gaz» pour revendiquer de meilleurs salaires, a-t-elle ajouté.

Certains syndicats du SQEES avaient même déjà fait la grève pour obtenir 15 $ l’heure à l’embauche.

Du temps pour écouter les résidents

Mais Mme Nelson réclame aussi «un méchant coup de barre», parce que les préposés, dans le privé, «n’ont plus le temps de parler aux résidents et de les écouter».

Ils en ont huit, neuf, dix à faire manger en un temps prescrit, puis doivent passer à une autre tâche, déplore la dirigeante syndicale.

Et «il nous faut des bras aussi», puisqu’il manque de personnel, vu les conditions de travail et l’ampleur des tâches. «Quand t’es deux et que tu devrais être cinq sur l’étage… Tu rentres chez toi après le travail, tu y repenses et tu as de la peine», relate Mme Nelson.

Elle invite aussi le premier ministre Legault à ne pas oublier les «autres» travailleurs des résidences privées, qui gagnent aussi 13 $ l’heure et qui ne sont pas préposés aux bénéficiaires: les préposés au service aux tables, à la buanderie, à la cafétéria, à l’entretien. Ils font tous partie de l’équipe, plaide Mme Nelson.

Résidence Herron

Quant à la résidence Herron de Dorval, où il y a enquête, Mme Nelson souligne que les résidents y paient 4000 $ et plus par mois, alors que les préposés touchent 14 $ à l’embauche, puis 15,61 $ après sept ans d’ancienneté.

«Il y en a qui se remplissent les poches et ce ne sont pas les employés et ce ne sont pas les résidents non plus. Ceux qui ont pour intérêts la bâtisse, le béton, la décoration et qui ne veulent pas payer leur monde et qui se plaignent de ne pas garder leur monde…», a tonné Mme Nelson.

Elle souligne par ailleurs que les deux représentantes syndicales de la résidence Herron sont elles-mêmes atteintes de la COVID-19 et «elles l’ont assez fort».

D’autres employés ont effectivement été mis en quarantaine, selon la consigne de la Santé publique, parce qu’ils ont été mis en contact avec des personnes infectées par le coronavirus.

«Le personnel n’a pas quitté comme ça», a-t-elle tenu à répliquer.