Près de 200 000 Salvadoriens visés par la fin du statut de protection aux É.-U.

MONTRÉAL — L’administration du président Donald Trump a confirmé, lundi, la fin du programme de protection temporaire dont bénéficiaient les immigrants originaires du Salvador, ce qui forcera près de 200 000 Salvadoriens à quitter les États-Unis ou à faire face à la déportation.

Les Salvadoriens auront jusqu’au 9 septembre 2019 pour quitter le pays ou régulariser leur situation.

La secrétaire du département de la Sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen, a déclaré lundi que les dommages causés par le séisme de 2001 dans ce pays d’Amérique centrale ne justifiaient pas un nouveau prolongement du statut de protection temporaire. Elle a souligné que le Salvador avait reçu beaucoup d’aide internationale et que la plupart des infrastructures du pays avaient été reconstruites depuis le tremblement de terre.

Elle a indiqué que le délai de 18 mois donnait suffisamment de temps au Congrès pour qu’il se penche sur la question.

Les Salvadoriens représentent la plus importante population couverte par le programme de statut temporaire, et la possibilité qu’ils se tournent vers le Canada a été signalée par des diplomates canadiens établis aux États-Unis, après la vague migratoire de l’année dernière.

Dans le contexte où le statut de protection temporaire des Haïtiens était réévalué par l’administration Trump, l’été dernier, des milliers d’entre eux ont franchi la frontière de façon irrégulière pour demander l’asile au Canada.

Le député libéral fédéral Pablo Rodriguez, whip en chef du gouvernement, s’était rendu à Houston, Dallas, Los Angeles et New York pour passer le message que l’accueil n’était pas «automatique» au Canada.

«Mon message est le suivant: « Avant de quitter votre emploi, de retirer vos enfants de l’école, faites vos recherches… » Nous avons un système d’immigration robuste et structuré», a-t-il exposé.

Le gouvernement fédéral s’est préparé à la possibilité d’une nouvelle vague migratoire.

Des caravanes aménagées pour l’hiver ont été achetées et sont maintenant utilisées à la frontière de Saint-Bernard-de-Lacolle, au Québec. Et un plan de contingence — dont les détails n’ont pas été rendus publics — est prêt à être mis en application.

Un porte-parole du ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a indiqué récemment qu’il n’avait pas encore été mis en oeuvre.

«Le volume de personnes qui ont franchi la frontière de façon irrégulière à Lacolle récemment est comparable aux niveaux que nous avons vus cet automne», a écrit Scott Bardsley dans un courriel.

M. Rodriguez ne s’attend pas à ce que les Salvadoriens arrivent en grand nombre à la frontière canadienne. Les demandes d’asile déposées par des ressortissants salvadoriens ont crû l’an dernier, mais les Salvadoriens ne figurent pas parmi les dix nationalités ayant présenté le plus grand nombre de demandes.

Le Canada est encore mal préparé, selon Stéphane Handfield

Stéphane Handfield, avocat québécois ayant plaidé devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR), estime que le système canadien déjà embourbé serait «incapable» de gérer un pourcentage «même très minime» de ces Salvadoriens qui décideraient de demander l’asile au Canada.

«Plusieurs des dossiers qui avaient reçu une date d’audience pour le 1er juin 2018 ont déjà vu (…) cette audience être reportée à une date ultérieure, alors c’est sûr que si on prévoyait 25 000 nouveaux demandeurs d’asile dans un court laps de temps, on n’aurait pas le personnel suffisant présentement, tant au niveau de la commission de l’immigration qu’au niveau de l’Agence des services frontaliers», a soutenu M. Handfield, lundi, en entrevue téléphonique.

L’avocat en immigration a souligné que les observateurs étaient déjà conscients «en novembre ou en décembre 2016» des effets futurs de l’échéance des permis de séjour temporaire pour les Haïtiens et les Salvadoriens — en fait pour neuf communautés aux États-Unis.

«Je ne crois pas que c’est suffisant d’installer des maisons mobiles ou des tentes à la frontière pour accueillir ces gens-là. Il faut investir dans les ressources humaines auprès de l’Agence des services frontaliers du Canada, qui est l’organisme (responsable) d’accueillir les demandeurs d’asile et de faire les enquêtes de sécurité, et également les commissaires à la section de protection des réfugiés, qui est le tribunal compétent pour traiter ces demandes d’asile», a-t-il fait valoir.

M. Handfield a aussi relevé l’absence d’actions du gouvernement canadien concernant l’entente avec les États-Unis sur les tiers pays sûrs.

«Avec les Salvadoriens, ça va être la même situation (qu’avec les Haïtiens). Les gens ne se présenteront pas à un poste frontalier pour demander le statut de réfugié, car en vertu de l’entente, leur demande va être jugée irrecevable, et ils vont être refoulés en sol américain. Alors on les force d’une certaine façon à franchir de façon irrégulière la frontière», a-t-il affirmé.

M. Handfield a soutenu que le gouvernement fédéral pouvait suspendre temporairement et unilatéralement les dispositions de l’entente.

Selon lui, le Canada «dédouble les ressources humaines» nécessaires en contribuant au passage des demandeurs d’asile hors des postes frontaliers.

Par ailleurs, le Québec ne devrait pas représenter un «choix aussi naturel» pour les Salvadoriens venant au Canada, comme ce fut le cas pour les Haïtiens en raison de la langue et de la culture. Qui plus est, les Salvadoriens se trouvent davantage sur la côte ouest des États-Unis.

En novembre, l’administration Trump a mis fin au statut de protection temporaire des ressortissants d’Haïti et du Nicaragua. Les immigrants originaires du Honduras pourraient être les prochains à perdre leur statut spécial aux États-Unis.