Près de 4500 membres des Forces armées attendent un logement militaire

OTTAWA — Des milliers de membres des Forces armées canadiennes et leur famille partout au pays attendent un logement militaire, selon le ministère de la Défense nationale, ce qui pousse des officiers régionaux à sortir des sentiers battus pour loger leurs troupes.

Selon de nouveaux chiffres fournis à La Presse Canadienne, près de 4500 militaires et leur famille figuraient en juillet dernier sur une liste d’attente de l’Agence de logement des Forces canadiennes.

Cette situation illustre le problème que le chef d’état-major de la Défense, le général Wayne Eyre, a déjà qualifié de pénurie importante de logements abordables pour les militaires canadiens. Il avait aussi soutenu que la pénurie de logements abordables était l’une des principales doléances des militaires.

Le ministère de la Défense nationale dispose d’environ 12 000 logements militaires disponibles à la location sur ses bases et escadres des Forces canadiennes, mais en avril, le général Eyre déclarait que de 4000 à 6000 unités supplémentaires étaient nécessaires.

La liste d’attente compte maintenant 700 noms à la base navale d’Esquimalt, en Colombie-Britannique, ce qui a poussé le commandant local à laisser les nouveaux marins vivre dans leurs quartiers d’entraînement pendant des mois après la fin de leur formation.

«Je le fais par empathie et par souci de la position dans laquelle se trouvent nos nouveaux marins», a expliqué le capitaine de vaisseau Jeffrey Hutchinson.

Les autres bases et escadres avec de longues listes d’attente comprennent Halifax, Comox, en Colombie-Britannique, ainsi qu’Ottawa, Borden, Petawawa, Kingston et Trenton, toutes en Ontario.

À la 19e Escadre Comox, les membres des Forces armées ont été avisés plus tôt cette année qu’ils peuvent communiquer avec l’organisme Habitat pour l’humanité s’ils ont besoin d’aide pour trouver un logement.

Le ministère de la Défense nationale a souligné qu’il y a cinq ans, l’Agence de logement des Forces canadiennes avait proposé de construire 1300 nouvelles unités sur 10 ans. Il allait envisager des «options de livraison alternatives» telles que des baux et des partenariats public-privé pour le reste.

Mais au cours des cinq années qui ont suivi depuis cette proposition, seules 132 unités ont été construites à travers le pays.

Selon le consultant immobilier Ben Myers, les prix des loyers dans la plupart des marchés n’ont pas suivi la baisse des prix des logements stimulée par les récentes hausses des taux d’intérêt. Il estime que la moyenne nationale des loyers en août était de 1959 $, supérieure au précédent record de 1954 $ datant de septembre 2019.

M. Myers a expliqué que certains locataires choisissent de rester sur place au lieu d’acheter une maison uniquement pour voir sa valeur baisser à mesure que les prix des logements baissent.

«Cela fait en sorte que certains de ces acheteurs potentiels restent sur le marché locatif, s’ils étaient déjà locataires, et réduisent en quelque sorte l’offre disponible», a-t-il souligné en entrevue avec La Presse Canadienne.

M. Myers croit que la tendance pourrait s’inverser lorsque les loyers deviendront plus élevés et les prix des maisons plus bas, de sorte qu’il sera plus logique d’acheter que de louer, mais le moment exact où cela se produira reste un mystère.

Nombreux déménagements

La recherche de logements abordables n’est pas unique aux membres des Forces armées canadiennes, mais ceux qui servent en uniforme sont souvent obligés de vivre dans certaines communautés et de déménager souvent.

Un rapport interne de l’unité du moral et du bien-être de l’armée, en 2018, a révélé qu’un membre des forces armées sur quatre doit déménager chaque année en raison de besoins de formation ou opérationnels.

Le vice-amiral Angus Topshee, commandant de la Marine royale canadienne, a reconnu qu’il existe un problème avec le logement, au moment où il cherche à recruter 1300 marins.

«Le défi pour la marine est que nous recrutons des gens de partout au Canada, puis nous les déplaçons vers deux endroits qui ont parmi les plus fortes augmentations des coûts de logement et les taux d’inoccupation les plus bas», a-t-il rappelé.

«Victoria a toujours été plus chère qu’Halifax, mais au cours des deux dernières années, nous avons vu les taux d’inoccupation chuter à Halifax et les prix monter en flèche.»

Le vice-amiral Topshee a ajouté que le problème affecte aussi les marins plus expérimentés qui avaient précédemment quitté leurs propriétés locatives lors d’un déploiement en mer de six mois.

Il a souligné qu’en plus de construire davantage de logements militaires, la marine cherchait à travailler avec les communautés locales pour trouver des solutions.

«Nous espérons que les provinces, le gouvernement fédéral et les municipalités vont se réunir et trouveront comment créer suffisamment de logements pour tous les Canadiens.»

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