Des indicateurs sur le français en légère baisse dans les données sur l’immigration

OTTAWA — La proportion d’immigrants arrivés au Québec au cours des récentes années qui ont une connaissance suffisante du français pour soutenir une conversation est en légère baisse depuis plusieurs années, indiquent des données publiées mercredi par Statistique Canada.

Leur pourcentage parmi les nouveaux arrivants qui se sont installés dans la province entre 2016 et 2021 est de 75,8 %, selon les chiffres tirés du plus récent recensement. C’est une baisse d’environ cinq points de pourcentage par rapport à la même mesure prise en 2016, pour les immigrants arrivés entre 2011 et 2016.

En effet, la proportion était alors évaluée à 80,7 %. Elle était mesurée à 80,8 % et à 77,7 % lors des recensements antérieurs, en 2011 et 2006.

Ces pourcentages incluent les nouveaux arrivants qui peuvent s’exprimer à la fois dans la langue de Molière et dans celle de Shakespeare. «Beaucoup d’entre eux avaient une langue maternelle autre que le français ou l’anglais», souligne en entrevue Éric Caron-Malenfant, directeur adjoint au centre de démographie de Statistique Canada.

Cette réalité est la même dans l’ensemble du Canada, où 69,4% des immigrants récents ont indiqué en 2021 avoir une autre langue maternelle. Cependant, plus de 60% de répondants ont déclaré parler régulièrement à la maison l’une ou l’autre des deux langues officielles. Or, seulement 4,5% ont signalé parler régulièrement le français à la maison.

Un autre indicateur linguistique, la première langue officielle parlée, a aussi subi une légère baisse au Québec, note M. Caron-Malenfant. En 2021, 54,5 % des immigrants récents avaient le français comme seule première langue officielle contre 60,5% en 2016. La proportion était de 58,8% en 2011 et de 54,2% en 2006, a précisé Statistique Canada.

En 2021, 25,5% n’avaient que l’anglais comme première langue officielle parlée au Québec et 14,7% ont identifié à la fois l’anglais et le français.

La première langue officielle parlée est déterminée en tenant compte de la langue maternelle, de la langue parlée à la maison et de la connaissance des langues officielles.

«Ce n’est pas nécessairement quelque chose qui va être fixe dans le temps», dit le directeur adjoint.

Statistique Canada a toutefois souligné, en dévoilant ses données mercredi, que «la connaissance ou l’utilisation prédominante du français ou de l’anglais oriente généralement les immigrants à l’une ou l’autre des deux communautés de langue officielle du Canada dans la sphère publique, et même dans la sphère privée».

L’agence gouvernementale s’attend à ce que des données à être dévoilées en novembre sur la langue en milieu de travail permettent d’avoir un portrait plus complet de l’intégration linguistique.

Près d’un Canadien sur quatre immigrant

Par ailleurs, les données révélées mercredi ont permis de savoir que les nouveaux arrivants représentent 23 % de la population canadienne, soit la plus forte proportion jamais vue dans l’histoire de la Confédération.

Ainsi, près d’une personne sur quatre au Canada était soit immigrante reçue, soit résidente permanente en 2021 ou l’avait été.

Statistique Canada indique que ce nouveau record fait du Canada le pays du G7 ayant la proportion d’immigrants la plus élevée au sein de sa population.

L’agence gouvernementale souligne que plus de la moitié de nouveaux arrivants reçus récemment sont issus de l’immigration économique. Statistique Canada estime que les nouveaux arrivants peuvent pallier la pénurie de main-d’œuvre «dans un certain nombre de secteurs et de régions à l’échelle du pays».

Au Québec, les programmes d’immigration économique sont du ressort du gouvernement provincial et 46,4 % des nouveaux arrivants récents en 2021 avaient été admis comme travailleurs qualifiés.

Par ailleurs, Statistique Canada relève que Montréal a accueilli une moins grande part de l’immigration en 2021 (12,2 %) qu’en 2016 (14,8 %), année du précédent recensement. Il s’agit de la baisse la plus marquée parmi les trois plus grands centres urbains canadiens.

Un plus grand nombre de nouveaux arrivants qu’auparavant s’établit hors des principaux centres urbains, comme la région d’Ottawa et de Gatineau, signale-t-on.

La proportion d’immigrants récents ayant choisi de s’établir en régions rurales, dans l’ensemble du Canada, compte pour seulement 3,2 %. 

Plus de 60% des nouveaux arrivants admis entre 2016 et 2021 sont nés en Asie. Le principal pays originaire de l’ensemble des nouveaux arrivants est l’Inde. En 2016, les Philippines arrivaient au premier rang et se classent désormais au deuxième.

Hélène Maheux, analyste principale chez Statistique Canada, fait remarquer que ce palmarès diffère au Québec, où les principaux pays d’origine sont la France, l’Algérie et la Syrie. Les immigrants nés dans un pays d’Afrique sont aussi beaucoup plus nombreux qu’ailleurs au pays, souligne-t-elle.

Par ailleurs, Statistique Canada évalue qu’environ le tiers des nouveaux arrivants – tant au Québec que dans l’ensemble du pays – avait une expérience préalable avant d’obtenir le statut de résident permanent. Ils peuvent, par exemple, avoir été travailleurs temporaires ou étudiants étrangers.

«On a remarqué dans les études qui ont été faites avec d’autres données que le recensement (…) que ça leur donnait un certain avantage. Par exemple on voit qu’ils ont des salaires plus élevés que les immigrants qui n’ont pas cette expérience préalable», affirme Mme Maheux.

Pour savoir comment un tel parcours en immigration peut influencer l’apprentissage du français et de l’anglais à long court et long terme, des analyses plus approfondies seraient nécessaires, estime M. Caron-Malenfant.

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