Prestation de 2000 $ et COVID-19: des clarifications sont demandées

MONTRÉAL — Des groupes de défense des chômeurs et des travailleurs pressent vendredi le gouvernement Trudeau de clarifier les dispositions qui ont trait à sa prestation d’urgence de 2000 $.

Et le premier ministre Justin Trudeau a confirmé que la Prestation canadienne d’urgence serait bel et bien imposable, réfutant ainsi une information qui avait circulé à la radio vendredi matin. Il n’y aura tout simplement pas de prélèvement à la source, comme c’est le cas pour un chèque de paie, par exemple.

«Il faut que le gouvernement donne des directives claires. On est dans le gris. On nage en plein brouillard», s’est exclamée en entrevue Me Kim Bouchard, présidente du Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi.

Cette prestation de 2000 $ par mois pendant quatre mois offre une aide d’urgence à ceux qui doivent cesser de travailler en raison de la COVID-19 et qui n’ont pas accès à un congé payé ou à une autre forme de soutien du revenu.

Elle aide également les travailleurs qui ont encore leur emploi, mais qui ne sont pas payés parce qu’il n’y a pas suffisamment de travail en ce moment et que leur employeur leur a demandé de ne pas venir travailler.

Bas salariés

De nombreux bas salariés ont poussé les hauts cris depuis, puisque leur salaire n’atteint même pas le niveau de cette Prestation canadienne d’urgence, même s’ils travaillent à temps plein. Théoriquement, donc, c’est un «désincitatif» au travail pour les bas salariés.

C’est le cas des préposés aux bénéficiaires qui travaillent dans des résidences privées et qui touchent 13 $ à 14 $ l’heure, d’employés d’entretien, du commerce de détail, notamment.

C’est vrai, comme l’a dit le premier ministre François Legault, que cette prestation fédérale ne vaut que pour quatre mois. Mais la demande est telle pour les préposés aux bénéficiaires que même si l’un démissionnait pour quelques mois, pour augmenter son revenu grâce à la prestation d’urgence, il parviendrait à se retrouver facilement un emploi de préposé après, ont fait valoir des syndicats qui les représentent.

«C’est vrai que c’est injuste pour quelqu’un qui travaille à bas salaire», admet Me Bouchard, mais elle y voit «une réponse extraordinaire» pour les travailleurs précaires, comme les étudiants qui avaient un emploi à temps partiel touchant 250 $ par semaine, et qui toucheront désormais 500 $.

Le problème, selon l’avocate, n’est pas la prestation d’urgence, mais les bas salaires. «Les employeurs devraient accoter la prestation d’urgence», opine-t-elle.

Elle relève aussi ce qu’elle voit comme une contradiction entre l’assurance-emploi et la prestation d’urgence pour ce qui est des départs volontaires dans certaines circonstances: «la loi sur l’assurance-emploi rend admissibles aux prestations les départs volontaires qui s’imposent comme seules solutions raisonnables. Des conditions de travail dangereuses pour la santé et la sécurité figurent parmi les motifs justifiant un départ volontaire, selon la Loi sur l’assurance-emploi».

Or, ce n’est pas le cas avec la prestation d’urgence, qui ne permet pas de tenter de justifier un départ volontaire. «La loi C-13 prévoit qu’un travailleur qui quitte volontairement son emploi sera exclu du bénéfice de la PCU, et ce, sans aucune possibilité d’expliquer les circonstances de son départ», souligne Me Bouchard.

Morneau commente

Pourtant, lorsqu’il a été interrogé à ce sujet, le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, a donné une autre interprétation des critères d’admissibilité à la prestation.

Interrogé à savoir si une caissière qui travaille dans une pharmacie — où il y a des gens potentiellement infectés qui entrent — pouvait démissionner parce qu’elle craint pour sa santé et toucher la prestation, il a répondu: «on doit assurer les gens que s’ils ne peuvent pas travailler, s’ils ne sont pas confortables avec le travail, s’ils restent chez eux, ils peuvent faire une application pour le bénéfice. Et les deux conditions importantes, c’est s’ils ont gagné 5000 $ dans l’année passée ou s’ils sont dans une situation où ils ne peuvent pas gagner l’argent en ce moment à cause de COVID-19.»

Les commentaires sont fermés.
Les plus populaires