Prestation d’urgence: réactions mitigées des syndicats et des chambres de commerce

MONTRÉAL — L’annonce du versement d’une Prestation canadienne d’urgence de 2000 $ par mois pendant quatre mois aux travailleurs privés de salaire est reçue avec tiédeur tant par la partie syndicale que patronale.

En entrevue, le président de la FTQ, qui représente plus de 600 000 travailleurs au Québec, a souligné que 2000 $ par mois, soit 500 $ par semaine, c’est même inférieur aux prestations maximales d’assurance-emploi, qui sont de 573 $ par semaine.

«C’est pas beaucoup! C’est en bas de l’assurance-emploi. Nous, on se gratte la tête en regardant le montant», a commenté Daniel Boyer.

De même, il trouve les délais trop longs. Le portail sera ouvert le 6 avril — à tous en même temps — et les chèques devraient théoriquement être émis 10 jours suivant la demande. Il appréhende la cohue.

«Entre-temps, il y a le premier du mois qui s’en vient, les paiements à faire», souligne le dirigeant syndical.

Le scepticisme s’étend jusqu’au milieu des affaires. Selon Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), «personne n’y croit».

«On ne demande pas mieux que de se faire démontrer, dans un mois, qu’on a tort et que le système de l’assurance-emploi — et maintenant de l’Agence de revenu du Canada — ont réussi à livrer tous ces chèques rapidement», a lancé M. Leblanc.

La CCMM et la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) ont signé une déclaration conjointe, mercredi matin, dans laquelle ils demandent aux gouvernements de mettre en place des subventions salariales massives de l’ordre de 70 % à 80 % — à l’instar de ce qui se fait dans plusieurs États européens.

C’est d’ailleurs l’approche préconisée par le «Québec inc.» en ce moment, explique Charles Milliard, président-directeur général de la FCCQ en entrevue.

«J’ai parlé à beaucoup de chefs d’entreprises aujourd’hui — des petites, des grandes et des très grandes — et il y a un certain consensus que c’est de loin la mesure qui serait la plus simple, la plus sécurisante pour tout le monde», a fait valoir M. Milliard.

À cela, le ministre des Finances, Bill Morneau, a répondu que la PCU est une «subvention salariale livrée directement aux employés, aux gens» et que les entreprises n’auront pas à se défaire de leurs employés.

«Alors d’une façon, on soutient directement les employeurs. Ils seront juste dans une situation où, si un employé ne reçoit plus de revenus de leur compagnie, ils peuvent en fait être garantis que cet employé (…) recevra 2000 $ par mois pour quatre mois», a-t-il expliqué.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a salué le fait que les employeurs n’auront pas à mettre à pied leurs employés, même temporairement, pour qu’ils puissent bénéficier de ce nouveau programme.

Jasmin Guénette, vice-président aux affaires nationales à la FCEI, dit cependant qu’il reste «beaucoup de questions entourant les modalités d’application».

Même avis de la part de la FCCQ. «Il faut vraiment que les mesures soient le plus simples possible. (…) Malheureusement, les membres qui nous appellent (…) ne savent pas où donner de la tête», répond M. Milliard.

M. Boyer persiste et signe: «on veut des mécanismes qui aillent plus vite», qu’il s’agisse de faire appel aux services privés de paie qui font des dépôts directs dans les comptes en banque des travailleurs, des paiements aux employeurs qui reverseraient les prestations aux travailleurs mis à pied temporairement ou des déclarations d’impôt qui donnent accès aux coordonnées des travailleurs.

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