Prévenir le suicide en commençant par une promesse collective

MONTRÉAL — Le suicide n’est pas une option. Pourrait-on faire de cette affirmation, une promesse à soi-même à laquelle adhèrent 8,6 millions de Québécois? C’est ce que souhaite l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) et son PDG Jérôme Gaudreault qui témoignait lundi dans le cadre de l’enquête publique du Bureau du coroner sur la thématique du suicide au Québec.

De l’avis de M. Gaudreault, une vaste campagne déployant des ressources sur tous les plans et s’étalant sur plusieurs années pourrait mener à un profond changement de culture dans la société québécoise afin que le suicide ne soit plus perçu comme une solution à la souffrance.

«C’est lorsque chacun d’entre nous prendra l’engagement tant individuellement que collectivement que le suicide n’est pas une issue acceptable à la détresse qu’un changement profond pourra s’opérer», a-t-il déclaré devant la coroner Me Julie-Kim Godin au palais de justice de Trois-Rivières.

Il a souligné qu’en quelques décennies de campagnes de sensibilisation soutenues, de changements législatifs et de transformation des comportements, le Québec a réduit le nombre de décès sur les routes de près de 1500 en 1980 à 347 en 2021. À titre comparatif, on recense en moyenne 1100 décès par suicide chaque année au Québec.

Pourrait-on réussir le même tour de force avec les morts par suicide?

C’est en quelque sorte le raisonnement que soumet le PDG de l’AQPS qui déplore que la prévention du suicide n’ait jamais fait l’objet d’une véritable campagne d’envergure nationale. Pour ajouter au malaise, même la Semaine nationale de prévention du suicide ne bénéficie pas d’un financement public récurrent et doit miser sur des commanditaires pour survivre.

Jérôme Gaudreault rappelle que lorsqu’on a décidé collectivement d’agir sur les routes, on a bougé sur tous les fronts. On a agi sur la loi, sur la sensibilisation, sur la sécurité des routes, la sécurité des voitures, on a surveillé davantage l’alcool au volant et les résultats sont spectaculaires.

Si l’on transposait cette stratégie à la cause du suicide, M. Gaudreault voudrait que l’on mette l’emphase sur la notoriété des ressources d’aide, la déstigmatisation de la détresse, la valorisation de demander de l’aide et la promotion des facteurs de protection. 

«On n’a jamais eu la chance d’avoir cet impact», regrette-t-il.

La situation pourrait cependant changer si la Stratégie nationale de prévention du suicide, dévoilée le mois dernier, est éventuellement mise en application. On y prévoit notamment l’investissement de 65 millions $.

En entrevue à La Presse Canadienne après sa présentation, M. Gaudreault est revenu sur la notion d’«interdit social» qui pesait autrefois sur le geste de s’enlever la vie. Sous le poids de la religion et même de la loi qui en faisait un crime, il n’était pas question de passer à l’acte.

Si cet interdit social est tombé en même temps que le joug de l’Église, M. Gaudreault croit que l’on peut le ranimer d’une autre façon, par un resserrement du filet social. Selon lui, les cercles familiaux, les cercles d’amis, les équipes sportives, les groupes de collègues ou groupes sociaux doivent servir d’autant d’occasions de parler de prévention et d’opportunités de tendre la main pour obtenir de l’aide.

L’enquête publique présidée par Me Godin en est à la phase des recommandations et représentations. Ces travaux visent ultimement à ce que la coroner formule des recommandations aidant à prévenir d’autres drames.

Rappelons que cette enquête publique avait été ordonnée par la coroner en chef du Québec, Me Pascale Descary, en septembre 2019, à la suite des décès de Mikhaël Ryan, Joceline Lamothe, Suzie Aubé, Jean-François Lussier, Marc Boudreau et Dave Murray.

Si vous êtes en détresse et cherchez à obtenir de l’aide, plusieurs ressources sont disponibles:

– Tel-Jeunes: https://www.teljeunes.com/Accueil

– Suicide Action Montréal: 1 866 277-3553

– www.suicide.ca

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.