Prévention du suicide: l’aide en santé mentale sera importante après la pandémie

MONTRÉAL — Si pour l’instant la pandémie de COVID-19 ne semble pas avoir d’impact sur le nombre de suicides au Québec, il sera important de fournir de l’aide en santé mentale au retour à la normale, signale Jérôme Gaudreault, le directeur général de l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS).

À l’occasion de la Semaine de prévention du suicide, qui s’amorçait dimanche, l’AQPS a fourni des informations préliminaires sur les conséquences de cet immense tourbillon sanitaire et social qui balaie le Québec et le monde depuis près d’un an.

Pour l’instant, les 85 coroners du Québec ne soupçonnent pas que la pandémie aura un impact sur les suicides, mais le portrait pourrait éventuellement changer, étant donné que 75 % des enquêtes de 2020 sont toujours ouvertes.

M. Gaudreault évoque plusieurs hypothèses pour expliquer cette apparente stagnation, dont la grande résilience de la population dans cette situation, l’avènement de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et l’espoir suscité par l’arrivée des vaccins.

«On sait que la pandémie, il va y avoir une fin, a-t-il soutenu samedi, en entrevue téléphonique. On sait que d’ici quelques mois, la situation devrait revenir à la normale. Or, c’est tout le contraire de la réalité d’une personne qui est suicidaire qui, elle, n’a plus d’espoir».

Et si l’aide en santé mentale est bienvenue actuellement, elle sera aussi importante après la pandémie, car la réalité de nombreuses personnes aura changé, avance M. Gaudreault.

«Il est fort probable que pour une partie de la population, le retour à la normale va être difficile. On pourrait avoir perdu des proches, à cause de la COVID, on pourrait avoir de la difficulté à se trouver un emploi», a-t-il expliqué.

«Ça se pourrait que certains sentent une pression d’autant plus grande de ne pas se sentir mieux, de ne pas constater de retour à la normale, malgré le fait que la société, elle, revienne à la normale.»

Très légère baisse des suicides

L’AQPS a aussi dévoilé lundi les plus récentes données sur le suicide, celles de 2018, obtenues avec la collaboration de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et du Bureau du coroner.

Le nombre de suicides avait très légèrement diminué en 2018, pour se situer à 1054, par rapport à 1058 en 2017. Cela équivaut tout de même à trois suicides par jour.

Les populations les plus touchées sont les hommes et les femmes âgés de 50 à 64 ans.

L’association dispose aussi de données sur le nombre d’hospitalisations liées au suicide. En 2019, elles avaient modestement diminué, mais elles demeuraient élevées, surtout quant aux garçons de 15 à 19 ans, pour qui l’on a plutôt observé une augmentation.

Chaque année, on recense plus de 3600 hospitalisations liées à des tentatives de suicide. À noter que ces données ne tiennent pas compte des tentatives qui ne nécessitent pas d’hospitalisation.

Pour une stratégie nationale

Alors que le nombre de suicides demeure assez stable depuis une dizaine d’années, M. Gaudreault plaide pour l’adoption d’une nouvelle Stratégie nationale de prévention du suicide.

«Au début des années 2000, il y a eu une Stratégie nationale du suicide qui a été mise en place au Québec et (…) ça a permis de réduire du tiers le nombre de décès par suicide, entre 2000 et 2007», a-t-il souligné.

Dans le cadre de cette stratégie, le gouvernement avait réorganisé les services pour les personnes suicidaires, une ligne d’écoute avait été créée et des campagnes de sensibilisation avaient été déployées.

«On considère qu’il serait important de revenir avec une nouvelle stratégie parce que là, on stagne depuis maintenant dix ans, a-t-il indiqué. On juge que c’est important de revenir avec de nouvelles mesures qui vont nous permettre de connaître une nouvelle baisse significative.»

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