Procédures d’extradition: Nygard tente toujours d’obtenir sa libération sous caution

WINNIPEG — Les procureurs fédéraux ont plaidé mercredi que la gravité des allégations qui visent Peter Nygard aux États-Unis l’emporte sur tout risque pour sa santé auquel le magnat canadien de la mode serait confronté derrière les barreaux.

Peter Nygard, âgé de 79 ans, a été arrêté le mois dernier à Winnipeg en vertu de la loi sur l’extradition. Il fait face à New York à neuf chefs d’accusation, dont trafic sexuel et extorsion. Détenu depuis le 14 décembre, il demande au tribunal d’être libéré sous caution pendant les procédures d’extradition. 

Scott Farlinger, pour le Procureur général du Canada, a plaidé mercredi au tribunal que M. Nygard avait élaboré depuis des dizaines d’années tout un système de coercition dans le but de soutirer des relations sexuelles pour lui et pour d’autres.

«Il y a un niveau de préméditation, de coordination et de planification», a déclaré Me Farlinger. Le procureur a ajouté que les structures financières complexes des entreprises de M. Nygard lui permettraient de fuir la justice — il a d’ailleurs l’habitude de ne pas se présenter au tribunal, a-t-il dit. 

De plus, les autorités américaines ont allégué qu’il avait déjà interféré avec l’administration de la justice en soudoyant des témoins, a plaidé le procureur.

Mais l’avocat de M. Nygard a soutenu que son client n’avait pas l’intention de fuir le Canada et qu’il était de toute façon trop malade pour voyager. 

Drôle de caution, soutient le procureur

Me Jay Prober a estimé que le plan de mise en liberté sous caution proposé prévoyait que M. Nygard aurait un endroit où loger et qu’il respecterait ses conditions de libération sous caution. Me Prober a par ailleurs fait valoir que la santé de son client était en danger derrière les barreaux.

Deux anciens employés de M. Nygard ont proposé au tribunal de s’assurer que le magnat de la mode respectera ses conditions à Winnipeg. Or, le procureur Farlinger a démoli cette proposition. Steve Mager, le directeur de la construction de Nygard, qui a offert sa maison en garantie, a un casier judiciaire, et Me Farlinger soutient qu’il ne pourrait pas consacrer le temps nécessaire pour surveiller M. Nygard pendant sa libération.

Par ailleurs, le tribunal a appris que Greg Fenske, un ancien dirigeant d’entreprise, n’avait pas lui-même de propriété à offrir en garantie. Selon Me Farlinger, la maison que M. Fenske propose pour héberger M. Nygard a en fait été achetée avec l’argent du magnat de la mode, ce qui «va complètement à l’encontre du concept même de cautionnement».

M. Nygard a comparu mercredi par visioconférence à Winnipeg depuis le centre correctionnel où il est détenu depuis son arrestation, le 14 décembre. Il portait une chemise grise et avait ses longs cheveux gris et blancs attachés en chignon derrière la tête.

Manque de documents, plaide la défense

Les autorités américaines accusent M. Nygard d’avoir usé de son influence dans l’industrie de la mode pour attirer des femmes et des adolescentes, avec la promesse de devenir mannequin ou d’obtenir d’autres avantages financiers. Les procureurs américains soutiennent que pendant 25 ans, le magnat de la mode a ciblé des femmes et des filles mineures issues de milieux économiques défavorisés et les a agressées sexuellement, de force. Me Prober rappelle que son client nie toutes ces allégations.

La totalité des documents d’extradition des procureurs américains ne devrait pas être fournie aux autorités canadiennes avant le mois prochain. Les avocats de M. Nygard plaident qu’il est injuste de le maintenir en détention sans ces informations.

M. Nygard est visé aux États-Unis par une action collective impliquant 57 femmes qui ont toutes des versions similaires. Deux de ses fils ont par ailleurs intenté contre lui une poursuite distincte, affirmant que leur père avait «organisé» pour chacun d’eux, alors adolescents, une relation sexuelle avec une femme. 

Peter Nygard avait fondé sa petite entreprise de mode en 1967 à Winnipeg; elle est passée d’une participation partielle dans un fabricant de vêtements pour dames à une marque vendue dans les magasins du monde entier. Il a démissionné de ses fonctions de président de l’entreprise lorsque le FBI a mené une perquisition dans ses bureaux de New York en février dernier.

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