Procès Charest: une dixième présumée victime raconte son histoire

SAINT-JÉRÔME, Qc – Lors d’un voyage de ski de deux mois en 1996, l’une des élèves de Bertrand Charest a construit un igloo avec de la neige à l’extérieur du chalet pour lui échapper, a-t-elle raconté mardi au procès pour agressions sexuelles de l’ex-entraîneur de ski.

La femme a raconté qu’elle avait perdu sa virginité avec M. Charest pendant ce voyage en France, dans la chambre de celui-ci. Elle avait 15 ans.

M. Charest serait venu la chercher et aurait commencé à l’embrasser lorsqu’ils étaient assis tous les deux dans sa chambre. Elle dit ne plus se souvenir comment ses sous-vêtements lui ont été retirés, ajoutant qu’il s’agissait d’une expérience «douloureuse».

Bertrand Charest, 51 ans, fait face à 57 chefs d’accusation, notamment pour agression sexuelle et abus de confiance à l’endroit de 12 présumées victimes qui étaient âgées de 12 à 19 ans au moment des faits allégués.

La femme qui a pris la parole mardi était la dixième victime présumée appelée à la barre depuis le début du procès, le 2 mars. Elle a témoigné devant le juge alors que l’accusé était caché d’un rideau blanc pour qu’elle ne puisse pas le voir.

La femme a relaté qu’elle fuyait son entraîneur pendant le voyage en Europe. Elle a affirmé qu’elle s’était parfois cachée dans les bois et dans un igloo qu’elle avait construit.

La présumée victime a soutenu que M. Charest avait refusé de l’entraîner lorsqu’elle avait repoussé avances sexuelles. Elle a admis qu’elle aurait dû avoir le courage de refuser les avances son ex-entraîneur, mais qu’elle n’avait pas eu la force de le faire.

La présumée victime dit qu’elle aspirait alors à participer aux Olympiques et que l’indifférence de son entraîneur pendant des années charnières d’entraînement aurait pu être potentiellement dévastatrice pour sa carrière.

Depuis l’âge de 12 ans

Elle a indiqué que les attouchements de l’accusé avaient commencé alors qu’elle avait 12 ans, peu après leur première rencontre.

Lors d’une période d’entraînement en 1993, M. Charest aurait glissé sa main entre ses cuisses alors qu’elle montait un escalier. Elle a aussi dit pendant son témoignage qu’il avait également touché ses fesses pendant une partie de basketball alors que personne ne regardait.

L’entraîneur aurait poursuivi ses avances en 1996 et en 1997, selon le témoignage de la femme. M. Charest l’aurait invitée chez lui à plusieurs reprises pendant cette période pour avoir des relations sexuelles.

La femme a précisé qu’ils n’avaient jamais utilisé de condoms pendant leurs rapports.

Elle a soutenu qu’elle avait trouvé le courage de lui dire d’arrêter à l’été 1997. Elle était seule avec lui à l’aéroport de Toronto et ils avaient manqué leur vol de correspondance vers la Nouvelle-Zélande, a-t-elle raconté. Selon son témoignage, il avait loué une chambre avec un seul lit. Il aurait alors tenté des rapprochements avec elle, ce après quoi elle aurait quitté la chambre pour passer une partie de la nuit dans le bain.

La procureure de la Couronne Nathalie Tremblay a demandé à la femme si c’était la dernière fois qu’elle avait refusé ses avances. Elle a répondu par l’affirmative, ajoutant qu’elle était à ce moment-là «libre».

En contre-interrogatoire, l’avocat de la défense Antonio Cabral lui a demandé si elle avait retiré quelque chose de positif de son entraînement avec M. Charest. Elle a rétorqué que c’était «l’enfer».

Me Cabral a indiqué qu’elle lui avait pourtant offert une photo d’elle en Italie qu’elle avait signée en remerciant son entraîneur «pour tout» et en y ajoutant des «x», pour signifier des bises. Elle a affirmé qu’elle voulait simplement poursuivre sa carrière et «cacher ce qui se passait».

Bien que Bertrand Charest ait travaillé chez Canada Alpin de 1996 à 1998, certaines accusations liées au témoin de mardi et à d’autres victimes alléguées concernent des incidents présumés qui seraient survenus avant son association avec l’organisation nationale.