Procès d’Alek Minassian: son père subit un contre-interrogatoire serré

TORONTO — Le père de l’homme qui a tué 10 personnes dans l’attentat au véhicule bélier à Toronto en 2018 a nié, mardi, qu’il adaptait son témoignage pour aider son fils au procès.

Vahe Minassian, qui a été appelé à la barre par la défense, a subi le contre-interrogatoire intense de la Couronne, lors du procès qui se déroule par visioconférence.

Alek Minassian a plaidé non coupable à 10 chefs de meurtre au premier degré et 16 chefs de tentative de meurtre. Il a admis avoir planifié et mené l’attentat de 2018, mais il soutient qu’il devrait être déclaré non criminellement responsable en raison de troubles du spectre de l’autisme — une défense rare au tribunal.

La procureure Cynthia Valarezo s’est concentrée sur le témoignage que Vahe Minassian a livré lundi à propos d’un extrait de l’interrogatoire de son fils après l’attentat. La vidéo montre Alek Minassian, seul dans une pièce, après le départ de l’enquêteur. L’accusé se penche en avant et incline la tête; on croit entendre ce qui ressemble à des sanglots. 

Après avoir visionné l’extrait au procès, Vahe Minassian avait déclaré qu’il croyait que son fils marmonnait dans sa barbe — qu’il ne sanglotait pas, ne reniflait pas. Il a également affirmé qu’il n’avait jamais vu son fils pleurer de sa vie.

Or, ce témoignage différait de ce qu’il a dit à un psychiatre l’année dernière, lorsqu’on lui a demandé de commenter la vidéo, a déclaré Me Valarezo. Le père avait dit au médecin que son fils «s’effondrait et pleurait», a-t-elle affirmé.

«La raison pour laquelle vous changez vos déclarations est que vous faites de votre mieux pour dire devant ce tribunal ce qu’il a besoin d’entendre, selon vous, pour aider votre fils», a soutenu Me Valarezo.

«Ce n’est pas vrai», a répondu M. Minassian.

Lundi, il avait dépeint son fils comme un homme sans grande émotion, en raison d’un trouble du spectre de l’autisme. Il soutenait que son fils n’avait montré  aucuns remords, n’avait offert aucune excuse et ne comprenait pas que ce qu’il avait fait était mal.

La Couronne a contesté cette analyse, rappelant le témoignage de M. Minassian sur l’amour de l’accusé pour sa famille. «Vous vous rendez compte que les informations sur le manque d’émotion d’Alek ont ​​un impact important sur ce tribunal», a plaidé Me Valarezo.

«Ce n’était pas non plus une description précise de sa personnalité: j’ai simplement fait de mon mieux pour transmettre les souvenirs d’une vie», a répondu M. Minassian.

L’état d’esprit au moment des faits  

L’état d’esprit d’Alek Minassian au moment de l’attaque meurtrière constitue le seul enjeu dans ce procès. Le tribunal a appris la semaine dernière qu’un psychiatre embauché par la défense avait conclu que l’accusé avait une «façon de penser autiste» qui s’apparentait à de la psychose.

Pour plaider la non-responsabilité criminelle, la défense doit prouver, selon la «prépondérance des probabilités» — et non «au-delà de tout doute raisonnable» — qu’Alek Minassian souffrait d’un trouble mental qui a eu un impact sur ses actions, dans la mesure où il ne comprenait pas que ce qu’il faisait ce jour-là était mal.

L’avocat d’Alek Minassian, Boris Bytensky, a déclaré lundi que si son client peut comprendre intellectuellement ce qu’il a fait de mal, il ne peut pas le comprendre rationnellement. 

Autisme Canada a dénoncé mardi les «allégations flagrantes» faites par la défense au procès. L’organisme a noté, tout comme la défense d’ailleurs, que les personnes qui vivent avec un trouble du spectre de l’autisme sont beaucoup plus susceptibles d’être victimes qu’auteures de violence et d’intimidation.

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