Mort de George Floyd: l’agent Chauvin a enfreint les règles, selon son chef

MINNEAPOLIS — Le directeur de la police de Minneapolis a déclaré lundi que l’agent Derek Chauvin, aujourd’hui congédié, avait enfreint les directives lorsqu’il a maintenu son genou sur le cou de George Floyd, même si le suspect avait cessé de résister et était en détresse respiratoire.

Le fait de continuer à s’agenouiller sur le cou de M. Floyd, alors qu’il avait les mains menottées derrière le dos et qu’il était allongé sur le ventre, ne correspondait «en aucune manière, de près ou de loin», à la politique ou à la formation du corps policier», a assuré le chef Medaria Arradondo. «Et ça ne fait certainement pas partie de notre éthique ou de nos valeurs.» 

M. Arradondo, premier Afro-Américain à diriger la police de Minneapolis, avait congédié l’agent Chauvin et trois autres policiers le lendemain de la mort de George Floyd, en mai dernier. Le mois suivant, il parlait de «meurtre» dans cette affaire qui a ébranlé les États-Unis et le monde entier.

Le chef Arradondo a témoigné lundi au début de la deuxième semaine du procès pour meurtre de Derek Chauvin, juste après le médecin de l’urgence qui avait prononcé le décès de M. Floyd. Le Dr Bradford Langenfeld a déclaré qu’il avait conclu à l’époque que le coeur de George Floyd s’était probablement arrêté en raison d’un manque d’oxygène. Le Dr Langenfeld, qui était un résident senior en service au Centre médical du comté de Hennepin, a tenté de réanimer M. Floyd. 

Les procureurs tentent de démontrer que c’est bien le genou du policier sur le cou de George Floyd qui a provoqué sa mort. Le docteur Langenfeld a déclaré que le coeur de M. Floyd s’était déjà arrêté à son arrivée à l’hôpital. Le médecin a déclaré qu’il n’avait été informé d’aucun effort sur les lieux de la part de passants ou de la police pour réanimer M. Floyd, mais que les ambulanciers lui avaient dit qu’ils avaient essayé pendant une trentaine de minutes.

Interrogé par le procureur Jerry Blackwell, le médecin a déclaré que sur la base des informations dont il disposait, la mort par asphyxie était «plus probable que les autres possibilités».

L’ex-policier Chauvin, âgé de 45 ans, est accusé de meurtre et d’homicide involontaire coupable. Le policier, blanc, est accusé d’avoir maintenu son genou sur le cou de l’homme, noir, âgé de 46 ans pendant 9 minutes et 29 secondes, alors que M. Floyd était allongé sur le ventre, menotté, devant un dépanneur du coin, où il aurait voulu tenté passer un faux billet de 20 $ pour acheter un paquet de cigarettes.

La défense soutient que l’agent Chauvin a fait ce pour quoi il avait été formé et que la mort de M. Floyd est liée à des drogues illégales et à ses problèmes de santé sous-jacents.

Gaz carbonique

L’avocat de M. Chauvin, Eric Nelson, a demandé au docteur Langenfeld si certains médicaments pouvaient provoquer une hypoxie – un manque d’apport en oxygène. Le médecin a reconnu que le fentanyl et la méthamphétamine, qui ont tous deux été trouvés dans le corps de M. Floyd, pouvaient avoir cet effet.

Le bureau du médecin légiste du comté a classé la mort de George Floyd comme un homicide, c’est-à-dire une mort aux mains d’autrui. Le rapport complet indique que M. Floyd est mort «d’un arrêt cardio-pulmonaire, complication d’une contention et d’une compression du cou» par un policier. Un rapport de synthèse a répertorié l’intoxication au fentanyl et l’utilisation récente de méthamphétamine sous «autres conditions importantes», mais pas sous «cause de décès».

En contre-interrogatoire de la défense, le docteur Langenfeld a déclaré que les niveaux de dioxyde de carbone dans le sang de M. Floyd étaient deux fois plus élevés que chez une personne en bonne santé, et il a convenu que cela pouvait être attribué à un problème respiratoire préexistant. Mais interrogé par le procureur, le médecin a déclaré que les niveaux élevés de CO2 étaient aussi compatibles avec un arrêt cardiaque.

M. Langenfeld a également raconté que ni lui ni les ambulanciers n’avaient administré un médicament, le Narcan, pour renverser les effets d’une surdose d’opioïdes. Le médecin a déclaré que cette procédure n’est pas utile lorsque le patient est en arrêt cardiaque.

Le médecin a aussi déclaré que «toute la période» qu’un patient passe en arrêt cardiaque sans manoeuvres de réanimation immédiates diminue les chances d’un bon résultat.

Usage de la force 

Au cours de cette deuxième semaine de procès, les procureurs devraient également se concentrer sur la formation qu’a reçue l’agent Chauvin en matière d’usage de la force.

Le chef Arradondo a précisé lundi que selon la politique de la police, les agents doivent utiliser des tactiques pour désamorcer une situation chaque fois qu’il est raisonnable de le faire, afin d’éviter ou de minimiser le recours à la force.

Vendredi dernier, le lieutenant Richard Zimmerman, le plus ancien officier du corps policier de Minneapolis, a qualifié la force utilisée ce jour-là de «totalement inutile». Les policiers n’avaient selon lui aucune raison de se sentir menacés par un homme qui avait les menottes aux poignets.

Le procureur Steve Schleicher a noté lundi que si certaines personnes peuvent devenir plus dangereuses sous l’influence de drogues ou d’alcool, d’autres peuvent en fait être «plus vulnérables». Le chef Arradondo a en effet reconnu que cela doit également être pris en considération lorsque les policiers décident de recourir à la force.

M. Arradondo a aussi déclaré que les policiers sont formés aux premiers soins de base, y compris les compressions thoraciques, et que les directives les obligent à demander une assistance médicale et à fournir l’aide nécessaire dès que possible avant l’arrivée des ambulanciers.

Or, selon des témoignages et des séquences vidéo, les policiers ont continué à retenir M. Floyd — l’agent Chauvin agenouillé sur son cou, un autre agenouillé sur son dos et un troisième tenant ses pieds — jusqu’à ce que l’ambulance arrive, même après qu’il soit devenu inerte. 

Les policiers ont également refusé l’aide d’un pompier de Minneapolis en congé qui voulait administrer les premiers soins ou dire aux agents comment le faire.

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Par Amy Forliti et Tammy Webber, The Associated Press

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