Procès d’Éric Salvail: la présumée victime est contre-interrogée

MONTRÉAL — La présumée victime d’Éric Salvail, Donald Duguay, a subi mardi le genre de traitement que craignent les victimes d’agression sexuelle devant les tribunaux.

Le contre-interrogatoire de Me Michel Massicotte, qui représente l’accusé, a atteint son paroxysme lorsque celui-ci a tenté de faire admettre au témoin qu’il mentait pour attirer l’attention.

Invoquant les sorties de Donald Duguay devant les journalistes, son passage à l’émission Tout le monde en parle, sa création d’un site internet pour venir en aide aux victimes d’agression sexuelle, Me Massicotte a lancé: «N’est-il pas exact de dire qu’à travers tout ça, ce que vous cherchiez et ce que vous cherchez toujours, c’est de l’attention?»

«Non», a répondu l’homme de 47 ans.

«Et n’est-il pas exact que, pour obtenir cette attention, vous êtes prêt à mentir et à dire des faussetés?», a poursuivi le juriste de sa voix tonitruante, ce qu’a nié fermement et calmement le témoin.

Blâme sur la victime

Me Massicotte a terminé l’exercice avec la lecture de courriels vitrioliques de Donald Duguay à la procureure de la Couronne, Me Amélie Rivard, et à l’une des enquêteures affectée à son dossier, où le témoin se plaignait de la lenteur des procédures et mettait en cause, en des termes très peu élogieux, la compétence de Me Rivard. Cette lecture, selon l’avocat de la défense, visait à démontrer «l’égoïsme» de Donald Duguay.

Plus tôt dans la journée, Me Massicotte lui avait reproché de ne pas s’être défendu convenablement contre son client alors que celui-ci était présumément dans une position vulnérable avec son pantalon baissé et, surtout, de ne pas avoir fui plutôt que de lui tourner le dos dans la salle de bains où l’agression sexuelle présumée aurait eu lieu.

Éric Salvail est accusé d’agression sexuelle, séquestration et harcèlement sexuel à l’endroit de l’homme de 47 ans.

Donald Duguay allègue avoir été séquestré et agressé sexuellement par Éric Salvail en octobre 1993, soit il y a près de 27 ans, dans une salle de bains de Radio-Canada, après plusieurs mois d’avances, de harcèlement sexuel et d’attouchements inappropriés sur les lieux de travail. Il a porté plainte contre l’animateur en 2017.

Il a ainsi fait l’objet d’un contre-interrogatoire très serré de près de deux jours après son témoignage principal. Avant de lancer ces charges ultimes, Me Massicotte était revenu à la charge à répétition, tentant de le mettre en contradiction sur une foule de menus détails entourant les événements.

À la recherche de contradictions

L’avocat chevronné a passé au peigne fin chacun des éléments où il a pu trouver le moindre écart entre le témoignage de M. Duguay au procès, son témoignage en enquête préliminaire ainsi que ses déclarations écrites aux policiers et sa déposition sur vidéo. Ces éléments portaient entre autres sur la disposition de la salle de bains de Radio-Canada où l’agression sexuelle aurait eu lieu, sur chaque geste précis posé par l’un ou l’autre lors de la bousculade qui serait survenue au moment de l’agression présumée.

Donald Duguay a toutefois expliqué qu’il souffre de stress post-traumatique et que la reconstitution des détails de sa mémoire des événements est relativement récente et attribuable au travail réalisé avec son psychologue et son psychiatre.

Le procès se poursuivra mercredi. Quatre témoins dont l’identité ne peut être dévoilée en raison d’un interdit de publication ont été convoqués par la Couronne. On ne sait pas encore si Éric Salvail choisira de témoigner ou non pour sa défense.

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