Procès d’Éric Salvail: négation en bloc des allégations

MONTRÉAL — Éric Salvail a nié en bloc, jeudi, toutes les allégations dont il fait l’objet.

Le producteur et animateur déchu, qui est accusé d’agression sexuelle, séquestration et harcèlement sexuel, a qualifié de «farfelu» tout l’épisode d’agression sexuelle et de séquestration raconté par la présumée victime, Donald Duguay.

En interrogatoire principal, l’accusé a répété à plusieurs reprises qu’il ne travaillait plus à Radio-Canada au moment où les gestes qu’on lui reproche auraient été posés, soit le 29 octobre 1993 dans une toilette de la société d’État.

Il a présenté des photos de lui-même prises en 1993 pour chercher à démontrer qu’à cette époque, à cinq pieds neuf pouces et 150 livres, «je n’avais pas, visiblement, la carrure et la façon imposante qu’il a racontée comme si je mesurais six pieds et que je pouvais dominer et retenir quelqu’un et en même temps défaire sa ceinture».

Quant aux épisodes de harcèlement répétés, dont un incident où il se serait exhibé au plaignant, il les a catégoriquement niés également, faisant valoir au lendemain du dépôt de l’ensemble de son dossier d’emploi à Radio-Canada qu’il ne travaillait pas au service du courrier.

«Je n’ai pas pris les fesses de M. Duguay en avril, en mai ou en juin 1993. Je ne travaillais pas au courrier», a-t-il affirmé. Il a ajouté que celui-ci ne pouvait pas l’avoir formé au service du courrier en 1993 puisqu’il avait déjà travaillé dans ce service en 1991.

Il a également fait valoir qu’il était invraisemblable qu’il prenne de tels risques, alors qu’il commençait à peine sa carrière.

En fait, Éric Salvail affirme que «la première fois que j’ai pris connaissance de son nom (celui de Donald Duguay), c’est lorsque j’ai reçu le courriel de Me (Amélie) Rivard», soit lorsque la procureure de la Couronne lui a signifié que des plaintes avaient été portées contre lui. Tout au plus a-t-il dit que «son visage me disait quelque chose» lorsque les policiers lui ont montré une photo.

Quant à la possibilité de lui avoir fait un commentaire grivois sur l’allure de son postérieur, Éric Salvail a simplement dit: «Je n’ai pas souvenir de ça, mais je ne l’exclus pas», tout en précisant que ce n’était certainement pas arrivé de façon répétitive.

En contre-interrogatoire par la suite, Éric Salvail a reconnu qu’il faisait très souvent ce genre de commentaire. «Je suis de ce genre-là, qui fait des commentaires comme ça: ça te va bien cette robe-là, ça te fait des beaux seins. Ça peut m’être arrivé de dire ça.»

«C’est dans mon humour. J’aime provoquer des malaises, ça m’est arrivé, mais ça s’arrête là.»

Il a affirmé que, même si ce genre de comportement serait anathème dans un milieu plus traditionnel, il était plus acceptable dans le milieu des médias. Il a toutefois ajouté ne jamais «avoir franchi la ligne», à son avis.

«La ligne, pour moi, c’est intentionnellement ou en ayant l’idée de blesser, l’idée de faire peur, l’idée d’agresser; ça n’a jamais été et fait partie de mes actions.»

La procureure, Me Rivard, a ensuite confronté Éric Salvail à la publication qu’il avait faite sur sa page Facebook au lendemain de l’article de La Presse, en 2017, où de nombreux témoins anonymes faisaient état de son comportement, un des exemples invoqués étant un moment où il aurait exhibé son sexe dans une réunion. «Ce truc-là, d’avoir exhibé mon pénis dans l’article de La Presse, je n’avais pas aucun souvenir de ça.»

Cette publication sur Facebook, qu’il endosse toujours pleinement aujourd’hui, avait été préparée par un spécialiste des relations publiques et on pouvait notamment y lire: «J’étais sous le choc et je ne prenais pas la pleine mesure de la situation, la pleine mesure de mes comportements problématiques, la pleine mesure du tort que j’ai pu causer à des personnes et la pleine mesure du nombre de personnes impactées par mes comportements.»

Me Rivard a fait valoir qu’il s’agissait là d’une admission qu’il avait des comportements problématiques.

Éric Salvail a expliqué que cette publication visait à «calmer le jeu au moment où tout s’écroule».

«J’ai perdu tout, professionnellement. Personnellement, c’est extrêmement difficile à vivre», a-t-il dit, expliquant qu’il avait commencé dès ce moment à consulter un psychologue, consultations qui se poursuivent à ce jour.

En fin de journée, jeudi, il a de nouveau nié avoir agressé Donald Duguay ou qui que ce soit d’autre.

Sa présence à la barre des témoins n’est désormais plus requise.

La suite des procédures a été fixée au 11 mars, moment où la Couronne annoncera si elle présente ou non une contre-preuve avant les plaidoiries qui, elles, ont été fixées au 30 avril.

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