Procès d’Éric Salvail: sa version est invraisemblable et incohérente, dit la Couronne

MONTRÉAL — Si la défense a attaqué la crédibilité du plaignant, la procureure de la Couronne a répliqué avec les mêmes armes jeudi: elle s’en est prise au témoignage d’Éric Salvail, qu’elle a qualifié «d’invraisemblable et d’incohérent», et qui devrait être rejeté «dans son intégralité».

«Vous ne devriez rien retenir de ce qu’il a dit», a fait valoir Me Amélie Rivard au juge Alexandre Dalmau de la Cour du Québec. Il a menti pour se donner une image faussement positive, a-t-elle ajouté.

Le sort d’Éric Salvail est désormais entre les mains du juge: il va rendre son verdict le 18 décembre prochain.

C’était au tour de Me Rivard de plaider, jeudi, dans une salle de Cour du palais de justice de Montréal. Elle a déployé les arguments pour tenter de convaincre le juge de condamner l’ex-animateur vedette Éric Salvail pour agression sexuelle, séquestration et harcèlement. 

Sa défense repose sur son témoignage, a-t-elle souligné, mais «l’accusé ne mérite pas d’être cru et de soulever un quelconque doute».

L’ex-animateur et producteur de 51 ans est accusé pour ces gestes qui remonteraient à 1993 sur la personne de Donald Duguay, un ex-collègue de travail. 

Il a témoigné qu’Éric Salvail l’a séquestré et agressé sexuellement dans une salle de bains de Radio-Canada, après plusieurs mois d’avances, de commentaires sexuels et d’attouchements inappropriés sur les lieux de travail.  

Le plaignant a présenté un récit crédible, sincère, fiable à tous les niveaux et évidemment émotif. «Il y a peut-être certaines irrégularités (dans son témoignage), mais ce sont des éléments périphériques», a soutenu Me Rivard. Il doit être cru, tranche-t-elle.

La procureure de la Couronne s’est aussi abondamment servie de la contre-preuve qu’elle a offerte au juge lundi.

Les déclarations faites aux policiers par trois anciens collègues de travail d’Éric Salvail ont été déposées au procès. Ils y font état de propos sexuels déplacés, d’attouchements non désirés de la part de l’ex-animateur vedette, qui se serait aussi exhibé devant l’un d’entre eux.

Éric Salvail dit que mettre la main aux fesses est un geste qu’il pose uniquement avec des amis? Un de ces hommes a relaté qu’il lui a saisi une fesse le premier jour où il l’a rencontré.

Éric Salvail a témoigné qu’il n’aurait jamais posé de tels gestes de harcèlement car son travail est tout pour lui, et qu’il n’aurait pas pris le risque de nuire à son avancement professionnel? Ces trois hommes ont témoigné d’attouchements non consentis et de propos déplacés à une époque où l’accusé n’était pas encore connu.

Éric Salvail a dit qu’il n’est pas le genre de personne à agresser les gens et qu’il n’a agressé personne dans sa vie? Ces trois hommes ont témoigné de ce qu’ils ont subi, dont un qui a raconté que l’accusé a enfoncé sa main dans ses pantalons jusqu’à lui toucher les testicules, a martelé la procureure de la Couronne.

Le témoignage de l’accusé «est tout à fait non crédible vu la contre-preuve», a lancé Me Rivard.

La défense

Mercredi, l’avocat d’Éric Salvail, Me Michel Massicotte, s’est affairé à miner la version des faits relatée par le plaignant. Il a peint un portrait peu flatteur de sa personne: Donald Duguay est un homme capable de mentir, de répandre des faussetés et même de se parjurer. Les gestes reprochés ne se sont jamais produits, a-t-il insisté.  

Éric Salvail avait choisi de témoigner à son procès criminel. Il a nié en bloc toutes les allégations dont il a fait l’objet. Il a même qualifié de «farfelu» l’épisode d’agression sexuelle et de séquestration relaté par Donald Duguay.

L’ex-animateur a notamment fait valoir qu’il n’a jamais reçu de formation de M. Duguay pour la salle de courrier et que lors de la prétendue agression dans les toilettes le 29 octobre, il ne travaillait même plus à Radio-Canada: son dernier jour était le 13 août.

Sauf que: il a travaillé après cette date pour l’émission «L’enfer c’est nous autres», produite par Radio-Canada, a plaidé Me Rivard, qui a tenu à rectifier ses prétentions dans sa plaidoirie. Son lien d’emploi était maintenu, un fait qu’il a finalement admis du bout des lèvres, a déclaré la procureure. Et puis, il a reconnu être retourné à la Tour de Radio-Canada après le 13 août pour voir des amis ou pour assister à des réunions de production. 

Quant à la formation pour la salle de courrier, l’accusé n’a «aucune idée» qui la lui a donnée, mais est «convaincu» que ce n’était pas Donald Duguay. 

«La certitude avec laquelle il témoigne, c’est invraisemblable et incohérent.»

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