Procès d’Éric Salvail: son avocat a plaidé que le plaignant n’est pas crédible

MONTRÉAL — Les accusations portées contre Éric Salvail n’ont absolument aucun fondement, a plaidé mercredi son avocat, en peignant un portrait peu favorable du plaignant, décrit comme un homme capable de mentir, de répandre des faussetés et même de se parjurer.

«Son témoignage n’est pas crédible et ne peut être retenu. Donc mon client doit bénéficier du doute raisonnable», a fait valoir Me Michel Massicotte d’une voix forte et assurée dans une salle de cour du palais de justice de Montréal. 

Il n’a pas épargné les détails ni ses mots pour miner la version du plaignant: «un témoignage qui ne tient pas la route», ainsi que sa personnalité: «il a des traits narcissiques». Quant à l’agression alléguée, il s’agit selon lui «d’une pure invention».

Éric Salvail, âgé de 51 ans, est accusé d’agression sexuelle, de séquestration et de harcèlement pour des gestes qui remonteraient à 1993 sur la personne de Donald Duguay, un ex-collègue de travail.

Me Massicotte, un plaideur chevronné, a tenté mercredi de convaincre le juge Alexandre Dalmau de la Cour du Québec de prononcer trois fois le verdict «acquitté».

Plus précisément, l’ex-animateur vedette Éric Salvail a été accusé d’avoir séquestré et agressé sexuellement Donald Duguay dans une salle de bains de Radio-Canada, après plusieurs mois d’avances, de harcèlement, de commentaires sexuels et d’attouchements inappropriés sur les lieux de travail. 

M. Duguay a porté plainte contre l’ex-animateur en 2017 et a lui-même demandé à être identifié publiquement.  

Le producteur et animateur a témoigné à son procès et nié en bloc toutes les allégations dont il a fait l’objet. Il a même qualifié de «farfelu» l’épisode d’agression sexuelle et de séquestration relaté par Donald Duguay. 

Pour faire acquitter son client, Me Massicotte a cherché à démontrer que les gestes reprochés à M. Salvail ne se sont jamais produits – il est donc normal que son client ne garde qu’un vague souvenir de Donald Duguay, a-t-il dit.

L’avocat a aussi attaqué le témoignage de M. Duguay, qu’il juge être truffé d’exagérations et d’ajouts qu’il n’avait pas mentionnés auparavant.

Me Massicotte se sert de deux armes pour attaquer le témoignage du plaignant: l’agenda personnel d’Éric Salvail, mais surtout, son dossier d’employé à Radio-Canada où toutes ses journées de travail sont notées, ainsi que les départements de la société d’État où il travaillait ces jours-là.

Ce dossier est la «seule preuve objective et indépendante», a clamé le procureur. «Une mine d’information qui va corroborer son témoignage.»

Le criminaliste s’en est donc allégrement servi dans sa plaidoirie. 

Au sujet de ce jour lors duquel l’accusé – qui travaillait juste derrière lui au courrier – se serait retourné et aurait exhibé son pénis devant le plaignant le 3 juin 1993? Le dossier d’employé montre qu’Éric Salvail ne travaillait pas au courrier ce jour-là.

L’agression alléguée dans les toilettes qui se serait déroulée le 29 octobre 1993? Éric Salvail a quitté Radio-Canada le 14 août, a lancé Me Massicotte.

De plus, Donald Duguay a ajusté sa version après sa plainte, a-t-il souligné. Ayant initialement déclaré aux policiers se souvenir d’«avoir été plaqué au mur entre deux urinoirs» lors de cette agression alléguée, il a dit à l’enquête préliminaire qu’il n’y en avait finalement qu’un seul. Me Massicotte a rappelé au juge que son explication était que ce fait lui était revenu, après un travail sur sa mémoire post-traumatique avec un psychologue. Il a alors confronté M. Duguay, lui lançant qu’il est retourné voir la toilette lors de son passage comme invité à l’émission «Tout le monde en parle» et a ensuite ajusté sa version à la réalité.

M. Duguay a alors rétorqué qu’il avait envoyé un courriel aux enquêteurs de police pour préciser qu’il n’y avait qu’un seul urinoir, bien avant sa présence à l’émission. Sauf que les enquêteurs n’ont jamais reçu de tel courriel, a signalé le procureur.

Il se sert de son prétendu «stress post-traumatique» comme d’une bouée quand il est coincé, avance-t-il.

Et même si Donald Duguay prétend qu’il avait peur d’Éric Salvail, il a pris le temps de laver ses mains avant de sortir de la salle de bain, a proféré le procureur. «Éric Salvail n’est pas un matamore», n’importe qui aurait pu sortir des toilettes facilement, a-t-il ajouté.

Le juge Dalmau a alors mis le procureur en garde: «Il n’y a pas de victime « parfaite »», ni de façon «raisonnable» d’agir: «Tout le monde ne réagit pas de la même façon».

Jeudi, c’est au tour de la procureure de la Couronne, Me Amélie Rivard, de présenter sa plaidoirie.

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