Procès d’Ugo Fredette: le jury est confiné et doit décider du verdict

SAINT-JÉRÔME, Qc — Le sort d’Ugo Fredette, accusé de deux meurtres au premier degré, est désormais entre les mains du jury.

La juge Myriam Lachance de la Cour supérieure, qui a présidé son procès, a ordonné le confinement des 12 jurés en fin d’après-midi mercredi. Ils ne rentreront pas à la maison tant qu’ils n’auront pas rendu un verdict unanime — ou auront échoué à s’entendre.

Leur tâche ne sera pas simple.

Les neuf hommes et trois femmes devront choisir entre quatre verdicts possibles pour la mort de Véronique Barbe, l’ex-conjointe de l’accusé, et quatre pour celle d’Yvon Lacasse, un homme de 71 ans qui a croisé le chemin de Fredette après que celui-ci eut pris la fuite à travers le Québec en septembre 2017, emmenant avec lui un enfant.

Fredette, âgé de 44 ans, avait été arrêté le lendemain en Ontario, avec la voiture de M. Lacasse.

Mme Barbe a été retrouvée sans vie chez elle à Saint-Eustache, baignant dans son sang. Quant à M. Lacasse, son corps a été retrouvé dans un fossé. Il avait plusieurs fractures au visage.

Ugo Fredette a admis avoir causé leur mort, mais a témoigné qu’il n’avait jamais eu l’intention de les tuer.

Toute la journée de mercredi, la magistrate a donné ses directives au jury, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Les jurés peuvent reconnaître Ugo Fredette coupable du meurtre au premier degré de Véronique Barbe commis dans un contexte de harcèlement criminel ou de séquestration, de meurtre au deuxième degré ou encore d’homicide involontaire, notamment si le jury retient que l’accusé a été provoqué par sa victime.

Pour Yvon Lacasse, les quatre possibilités de verdict sont les suivantes: meurtre au premier degré car il s’agit d’un meurtre prémédité, meurtre commis lors de la séquestration de l’enfant (alors assimilé à un meurtre au premier degré par le Code criminel), meurtre au deuxième degré ou encore homicide involontaire.

Le meurtre au premier degré entraîne automatiquement une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans, la peine la plus lourde prévue au Code criminel.

«Faites appel à la logique et au bon sens», a dit la juge aux jurés, leur rappelant de ne se baser que sur les faits et la preuve présentée dans la salle de cour.

«Vous ne devez pas vous laisser influencer par l’opinion publique», a-t-elle aussi averti.

Elle a rappelé qu’il revient à la Couronne de prouver, hors de tout doute raisonnable, chacun des éléments des crimes reprochés. «Ugo Fredette n’a pas à prouver quoi que ce soit.»

Mort de Véronique Barbe

La Couronne a plaidé que Véronique était harcelée par son ex-conjoint qui refusait de quitter la maison pour de bon. Elle avait peur pour sa vie, a tenté de démontrer Me Steve Baribeau, le procureur de la Couronne, notamment à l’aide des dizaines de messages insistants que l’accusé lui a envoyés la veille du drame. Si ce harcèlement est prouvé, il peut permettre de faire condamner l’accusé pour meurtre au premier degré. C’est le cas aussi de la séquestration: la poursuite soutient que l’accusé a empêché la femme de 41 ans de sortir de la maison et que le meurtre s’est produit dans cette suite d’événements.

L’accusé n’acceptait pas la rupture et c’est pourquoi il l’a tuée de 17 coups de couteau, a martelé le procureur de la Couronne.

Mais l’avocat de l’accusé, Me Louis-Alexandre Martin, a fait valoir que son client avait été provoqué par Mme Barbe.

Cette défense de provocation pourra être évaluée par les jurés, mais il y a des conditions pour qu’elle soit retenue, a détaillé la magistrate mercredi. Il faut que la conduite de la victime ait été de nature à priver une personne ordinaire de la capacité de se maîtriser. Il faut que cette conduite «provocante» de la victime soit soudaine, et que l’accusé ait «agi sous l’impulsion du moment».

Ugo Fredette a témoigné que le 14 septembre 2017, la victime a tenté de le pousser en bas d’un escalier lors d’une chicane et a cherché à lui donner un coup de couteau. Il a dit aux jurés être devenu très en colère et «dans tous ses états». Avec toute la colère accumulée en lui, et les gestes violents qu’elle a posés, «le chaudron a explosé», a témoigné l’homme.

Véronique Barbe n’a pu donner sa version des faits de cette journée-là avant de mourir.

Mort d’Yvon Lacasse

Pour la poursuite, l’histoire est claire: l’accusé avait besoin d’un autre véhicule que le sien pour poursuivre sa fuite sans trop se faire remarquer. Il a ciblé M. Lacasse dans une halte routière de Lachute et l’a battu à mort: il s’agit donc d’un meurtre prémédité.

Mais Ugo Fredette a présenté une autre version: il s’y est arrêté pour faire ses besoins et en revenant à son camion, il a vu la victime tenir les mains de l’enfant et tenter de le tirer dans sa voiture, alors que le bambin résistait. Croyant que l’enfant allait se faire enlever, il a attaqué l’homme et une bataille a suivi.

La Couronne plaide aussi que le meurtre s’est produit alors que l’enfant était séquestré par l’accusé.

Les jurés débuteront leurs délibérations jeudi matin, pendant qu’Ugo Fredette attendra leurs verdicts.

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