Procès: trois ex-collègues d’Éric Salvail ont rapporté des attouchements non désirés

MONTRÉAL — Le procès d’Éric Salvail a repris lundi avec le dépôt de déclarations faites aux policiers par trois de ses anciens collègues de travail. Ils y font état de propos sexuels déplacés, d’attouchements non désirés de la part de l’ex-animateur vedette qui se serait aussi exhibé devant l’un d’entre eux. «Il a dépassé la ligne», a déclaré l’un des hommes.

On les attendait en personne au palais de justice de Montréal, mais ils ont tous trois finalement témoigné par le biais de leurs déclarations enregistrées par la police en mars.

Éric Salvail subit actuellement son procès pour agression sexuelle, harcèlement et séquestration de Donald Duguay, pour des événements qui se seraient déroulés en 1993.

La défense a renoncé à son droit de contre-interroger les trois hommes. Leurs déclarations sont donc acceptées telles quelles par le juge Alexandre Dalmau de la Cour du Québec.

L’objectif de la Couronne avec ces nouveaux témoins était le suivant: Éric Salvail a témoigné lors de son procès qu’il n’est pas le genre de personne à commettre les actes reprochés par Donald Duguay. Ce faisant, il a ouvert la porte à un débat sur sa supposée «bonne réputation» et la vision positive de lui-même qu’il a offerte, avait argumenté auparavant la procureure de la Couronne, Me Amélie Rivard, pour avoir le droit de faire entendre ces témoins supplémentaires.

Ils devaient ainsi servir à réfuter le témoignage de l’accusé à ce sujet, et à attaquer sa crédibilité. Éric Salvail n’est toutefois pas en procès pour les gestes relatés par les trois hommes et aucune accusation n’a été déposée contre lui à ce sujet.

La version offerte par l’accusé a dérangé l’un des témoins: «De voir qu’il niait en bloc, qu’il n’a jamais dépassé la ligne, ça m’a beaucoup agacé», peut-on entendre dans la bande audio.

L’accusé de 51 ans n’était d’ailleurs pas présent au palais de justice de Montréal lundi: il a écouté le déroulement des procédures par visioconférence.

Les trois hommes ne peuvent être identifiés en vertu d’un ordre de la Cour. Ils n’ont pas porté plainte à la police: ce sont plutôt les enquêteurs qui ont demandé à leur parler. Une version audio de leurs témoignages — caviardée pour ne pas identifier d’autres personnes, entre autres — a été déposée au dossier de la Cour.

L’un de ces hommes a raconté une fin de journée au travail lors de laquelle Éric Salvail est entré dans un bureau où il se trouvait seul. L’accusé s’est approché de lui par-derrière, et a entré sa main dans son pantalon, jusqu’à lui toucher les testicules.

«C’était intense», a-t-il raconté aux enquêteurs.

Il l’a repoussé et s’est dirigé vers l’ascenseur pour quitter les bureaux. Éric Salvail l’a suivi dans le corridor et a baissé ses pantalons pour exhiber son pénis, a-t-il relaté.

Un autre a raconté que dès le premier jour où il a rencontré l’accusé, les allusions sexuelles ont commencé, telles que «je suis sûr que tu as un beau pénis», ou encore, «es-tu circoncis?».

C’était répétitif, a-t-il dit, soulignant qu’il était «sur son cas».

Il s’est dit «agacé» par le comportement de l’animateur, mais qu’il ne se sentait pas «agressé». Mais un jour, il est allé trop loin, a-t-il poursuivi.

Alors qu’il gérait une crise médiatique, Éric Salvail s’est approché de lui, l’a saisi par en arrière et s’est frotté contre lui.

«Là, ça a été trop pour moi», a dit l’homme qui rapporte l’avoir poussé vigoureusement. «Il a dépassé la ligne. Ce n’était pas de l’humour bon enfant.»

Il raconte que l’ex-animateur l’a aussi suivi aux toilettes un jour — il a fermé la porte et cela s’est terminé là — et qu’à une autre occasion il lui a lancé un pénis de plastique au visage.

Un troisième homme qui a témoigné a relaté son premier contact avec l’accusé: «il est passé derrière moi et m’a saisi une fesse». Puis, il lui a décrit les gestes sexuels qu’il voulait poser sur lui, comme lui faire une fellation. Des années plus tard, dans un autre boulot, Éric Salvail s’est assis à califourchon sur lui, devant d’autres employés.

Selon lui, Éric Salvail aimait choquer et déstabiliser les gens, une formule qui lui réussissait bien dans son travail d’animateur de foule.

Après avoir suivi la première portion du procès, il était d’avis que l’accusé s’en «sortait facilement». «Il n’est pas blanc comme neige.»

Après le dépôt de ces déclarations, Me Rivard a déclaré sa preuve close.

Le procès et les procédures

Les faits reprochés à Éric Salvail sont les suivants: Donald Duguay allègue avoir été séquestré et agressé sexuellement en octobre 1993, soit il y a près de 27 ans, dans une salle de bains de Radio-Canada, après plusieurs mois d’avances, de harcèlement, de commentaires sexuels et d’attouchements inappropriés sur les lieux de travail. À une autre occasion, l’accusé lui a exhibé son sexe, a témoigné M. Duguay.

Il a porté plainte contre l’ex-animateur en 2017 et a lui-même demandé à être identifié publiquement.

Éric Salvail a témoigné à son procès et nié en bloc toutes les allégations dont il a fait l’objet. Il a même qualifié de «farfelu» l’épisode d’agression sexuelle et de séquestration raconté par Donald Duguay. L’homme a de plus fait valoir à plusieurs reprises qu’il ne travaillait plus à Radio-Canada au moment où les gestes qu’on lui reproche auraient été posés dans une toilette de la société d’État.

Le procès a débuté en février à Montréal et a duré quatre jours.

La preuve étant complétée, les plaidoiries débuteront mercredi. Deux jours sont prévus. L’accusé ne devrait pas être présent, car il prévoit écouter les représentations par visioconférence.

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