Produits chimiques dangereux: les détaillants canadiens accusent un retard

OTTAWA — Un nouveau rapport conclut que les grands détaillants canadiens accusent un retard par rapport aux entreprises américaines au chapitre de l’élimination des produits chimiques dangereux contenus dans les produits qu’elles vendent.

Des groupes écologistes publient leur quatrième rapport annuel sur la manière dont 43 détaillants américains et canadiens gèrent les produits chimiques toxiques ou dangereux, liés parfois à des cancers ou des lésions à certains organes. Ces détaillants possèdent plus de 190 000 magasins ou restaurants aux États-Unis et au Canada.

Quatre des cinq entreprises canadiennes de la liste ont reçu des notes inférieures à la moyenne. Métro, Sobeys (IGA) et Restaurant Brands International ont reçu la note «F» (échec), tandis que Canadian Tire obtient la note D+. Loblaw, qui tente d’éliminer progressivement les produits d’hygiène et de beauté de marques maison contenant des phtalates et du triclosan, conserve sa note de C. Canadian Tire a notamment retiré certains produits chimiques toxiques des décapants de peinture et des produits en contact avec les aliments.

Aucune de ces entreprises canadiennes n’a répondu mardi à une demande de commentaires sur le rapport.

Les géants américains de la rénovation résidentielle Home Depot et Lowe’s (qui a acheté Rona) ont obtenu le mérite d’avoir promis d’éliminer les produits chimiques nocifs des tapis et carpettes d’ici la fin de l’année.

Les entreprises alimentaires Whole Foods et Panera Bread ont quant à elles promis de faire de même avec les emballages et les contenants d’aliments à emporter. Pour la deuxième année consécutive, quatre détaillants américains se classent au premier rang en recevant les notes les plus élevées pour protéger les clients des produits et emballages toxiques: Apple (A+), Target (A), Walmart (A) et IKEA (A-).

Muhannad Malas, du groupe écologiste «Environmental Defence», partenaire canadien de cette étude, se dit déçu des notes obtenues par les détaillants d’ici. Ces résultats, selon lui, démontrent la nécessité pour Ottawa de réviser enfin la Loi canadienne sur la protection de l’environnement. «Dans le secteur de la vente au détail, nous constatons une amélioration continue aux États-Unis quant aux mesures concernant les produits chimiques toxiques», a-t-il déclaré. «Au Canada, nous ne constatons pas vraiment d’amélioration.»

M. Malas souligne que les lois et les réglementations ne sont pas plus strictes aux États-Unis pour les produits chimiques, et que la plupart des mesures sont volontaires. Mais si les entreprises canadiennes ne le font pas d’elles-mêmes, a-t-il déclaré, la Loi canadienne sur la protection de l’environnement pourrait alors être utilisée pour tenter de résoudre le problème. «On pourrait croire que la réglementation en vigueur au Canada n’encourage pas les détaillants à aller au-delà du niveau réglementaire», a-t-il déclaré.

«Beaucoup d’exemptions»

Selon lui, le Canada devait être plus sévère en ce qui concerne les «produits chimiques extrêmement préoccupants», y compris des substances telles que les polyfluoroalkyles (PFAS) et les bisphénols. Ces produits chimiques sont utilisés pour renforcer les emballages en plastique ou pour imperméabiliser les emballages, les tapis ou les matériaux de construction. Ils ont également été associés dans un certain nombre d’études à des cancers, à des lésions du foie et des reins, à l’obésité, à des perturbations hormonales, à des problèmes de thyroïde et à la stérilité.

Certains des produits chimiques figurent sur une liste de substances interdites, mais M. Malas rappelle qu’il existe de nombreuses exemptions, y compris dans de nombreux produits manufacturés importés, ce qui rend la prohibition inutile.

Il a déclaré que certaines des solutions de remplacement élaborées pour remplacer les produits chimiques interdits se révélaient tout aussi mauvaises, mais n’ont même pas encore été évaluées par le gouvernement canadien.

Ottawa a commencé sa révision obligatoire quinquennale de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement en 2016, mais a décidé de reporter toute modification jusqu’au scrutin fédéral d’octobre.

M. Malas espère que la Loi sur la protection de l’environnement sera prioritaire une fois que le nouveau cabinet aura été nommé mercredi. Les changements seront complexes et nécessiteront de nombreuses consultations. Il s’inquiète que, si le projet de loi n’est pas présenté immédiatement, le gouvernement minoritaire pourrait tomber avant même que la loi ne soit adoptée.

Le comité de l’environnement des Communes a formulé 87 recommandations visant à améliorer la loi en 2017, notamment une meilleure gestion des produits chimiques toxiques. La ministre de l’Environnement, Catherine McKenna — qui pourrait bien hériter d’un nouveau portefeuille mercredi — s’était engagée à apporter certains changements, par exemple en empêchant le remplacement d’un produit chimique jugé toxique par une solution de rechange aussi néfaste.

Les scientifiques aimeraient notamment que le fardeau de la preuve soit inversé: obliger les fabricants à prouver que leurs produits sont sécuritaires, alors que présentement, ce sont les consommateurs ou les écologistes qui doivent dénoncer les risques. Mme McKenna ne s’est jamais engagée à emprunter cette voie.

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